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Culture

« Amour et information », des micro-récits d’un monde englouti dans l’entropie informationnelle

Hanen Hattab

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Crédit photo ©Bruno Guérin

« Amour et information » est une production de La Banquette arrière en codiffusion avec La Manufacture. Elle joue au théâtre La Licorne le 12, 19 et 22 mai.

Sur une scène épurée les neuf interprètes, Amélie Bonenfant, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau, enchaînent des conversations deux par deux. Habillés de complets gris, leurs histoires semblent décontextualisées, rapportées par des personnages aux apparences unifiées, aseptisées.

L’attention est ainsi dirigée vers un flux de paroles intenses. Après quelques temps, les dialogues s’avèrent fragmentaires et sans lien diégétique les uns avec les autres. Ils présentent des topiques sur les révélations, le secret, les souvenirs désenfouis et inventés, les facultés encyclopédiques, etc. Exprimant le rapport à la fonction mémorielle, les conversations forment ainsi des blocs de signifiants détachés qui se suivent et se chevauchent sans s’entrecroiser. Ils racontent des anecdotes ordinaires ou rapportent des scénarios cauchemardesques inspirés de dystopies imaginaires ou réelles modernes.

Des projections d’images de détails microscopiques créées sur place relient les bribes d’histoires. On y voit des matières en mouvement qui passent chacune d’un état à un autre.

Crédit photo ©Bruno Guérin

Les interprètes ont dompté avec beaucoup d’énergie les passages hâtifs et brusques d’un rôle à un autre. Ils ont su ainsi figurer la mise en scène, réalisée par Fréderic Blanchette, qui veut engloutir le public dans un amas de signifiants, d’informations nous dit le titre de la pièce. L’œuvre est une adaptation et un croisement des textes Top Girls (1982) et Far Away (2000) de Caryl Churchill, une des plus célèbres dramaturges britanniques de sa génération, traduits pour la première fois au Québec par Blanchette.

« Amour et information » a reconduit la discontinuité narratologique et l’imaginaire de la catastrophe de Far Away, en plus des portraits psychosociaux de Top Girls. Dans cet ensemble qui connote un univers schizophrénique, les jeux emphatiques très bien ficelés et répartis, et les personnages atteints d’analgésie morale et physique mettent l’accent sur la fragilité émotionnelle et la confrontent à la raison pratique.

Avec les illustrations d’organismes naturels, l’œuvre a réussi à créer des espaces intrigants, essentiels selon René Magritte pour indiquer sans dévoiler sa face mystérieuse.

Au fil des conversations les interprètes enfilent des vêtements différents mais n’embrassent pas pour autant des personnages précis. Ils restent indéterminés et pluriels à l’image des informations qui fusent sur la toile et qui influencent selon le synopsis la perception du monde.

Pour plus d’informations sur l’œuvre et les représentations ici : https://theatrelalicorne.com/lic_pieces/amour-et-information/

Crédit photo:
Crédit photo ©Bruno Guérin

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Culture

« 2040: L’an/demain », le futur comme si vous y êtes

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À l’occasion de la 16e édition de la Nuit blanche, le centre Phi organise des activités nocturnes qui plongeront les visiteurs dans l’an 2040.

L’événement est gratuit et commence à 21h.

La programmation de la nuit « 2040: L’an/demain » questionne l’avenir de l’humanité à la lumière des dernières études scientifiques sur les changements climatiques.

La programmation multidisciplinaire invite les festivaliers à vivre des expériences immersives et multisensorielles. En plus des installations numériques et des performances musicales, le centre abritera une station de «nourriture du futur».

Les visiteurs pourront s’imaginer dans un cadre post-apocalyptique en dégustant « des aliments dits durables, tels que des protéines alternatives et des légumes et fruits «rescapés» », dans la station Énergie Naak.

Pour en savoir plus sur l’événement ICI

Lire aussi : On va de moins en moins voir des films québécois

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Culture

On va de moins en moins voir des films québécois

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Alors que la 37e édition des Rendez-vous Québec Cinéma approche (20 février-2 mars), les statistiques de 2018 montrent que le public a été moins attiré par les films québécois. De plus, la chute de fréquentation des salles obscures du Québec se poursuit depuis 2009. En 2018, la province a enregistré une baisse de 2 % par rapport à 2017.

L’Institut de la statistique du Québec a publié ce mercredi, 13 février, les résultats de l’Enquête sur les projections cinématographiques. Comme un peu partout dans le monde, on va de moins en moins au cinéma.

En outre, les chiffres ont révélé que les cinémas ont vendu moins de tickets pour les films québécois (- 0,8 M d’entrées) et américains (- 0,2 M) par rapport à l’année passée. Par ailleurs, l’on constate un attrait pour les films britanniques (+ 0,6 M).

Malgré la baisse enregistrée, les films québécois ont comptabilisé un plus grand taux d’occupation des fauteuils, se chiffrant à 12,2 %, par rapport à l’ensemble des films non québécois (9,5 %).

Quelles sont les préférences des Québécois ?

Le public est toujours plus friand de film de genre. En 2018, les films d’aventures ont attiré plus de spectateurs. Les Québécois ont été nombreux à regarder les films suivants : Avengers : La guerre de l’infini, Panthère noire, Monde Jurassique : Le royaume déchu et Jumanji : Bienvenue dans la jungle.

Ainsi pour la quatrième année consécutive le genre aventure a connu une hausse de fréquentation qui s’élève à 23 %. En parallèle les genres suivants ont observé un chute des entrées : le drame (- 12 %), la comédie (- 16,3 %) et l’animation (- 18 %).

Lire aussi : Prix Écrans canadiens 2019 : Tous les longs métrages en nomination pour le prix du meilleur film sont du Québec

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Culture

« L’homme de Hus », un être de chair et de bois ?

Hanen Hattab

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Dans un nuage de sciure de bois, un homme coriace tente de maîtriser le déséquilibre spatial d’une peuplade d’objets en bois. Il les superpose, les organise, les entrecroise et les chevauche. C’est Camille Boitel, qui serait semble-t-il « L’homme de Hus », le titre de la représentation qui se déroule du 11 au 16 février à La Chapelle Scènes Contemporaines.

En essayant de manipuler une chaise, une table, une échelle et des empilades de tréteaux, l’interprète infatigable enchaîne les maladresses, les faux-pas, les gestes inintentionnels, les réactions absurdes et les opérations complexes et sans fins.

Ses trois compagnons lui viennent en aide, ramassent derrière lui. Bref, ils sont là apparemment pour remettre de l’ordre dans un capharnaüm en mouvement. Elle est déroutante cette création, signée Camille Boitel et Bénédicte Le Lamer, où les protagonistes interpellent des choses anodines avec autant de sensualité que de brutalité maîtrisée au millimètre près.  

Il faut savoir d’abord que les scènes n’illustrent pas seulement les épreuves physiques que subit le personnage principal. Son parcours dégage une poésie spatiale et existentielle qui joue avec les ratages contrôlés et la création des obstacles pour soi-même.

Gags et autres surprises menaçantes

Ces accidents de la vie courante, son versant entropique et la rupture de son continuum, amènent Camille à exécuter des acrobaties qui apparaissent spontanées. Les gestes de maladresse et les flips sont en fait orchestrées afin d’alterner sans disloquer le chorégraphique et l’improvisé.

Chaque action ratée survient comme un gag, mais avant cela l’artiste, dans sa camisole déchirée, aurait tenu en haleine son public par des figures risquées et menaçantes. Ses intrusions côté spectateurs arrivent comme un danger imminent et se dénouent en subjugations et soulagements.

Crédit photo Olivier Chambrial

Après un enchaînement de jeux qui ont provoqué craintes, tensions et rires, l’histoire s’avére encore plus palpitante avec l’entrée du personnage globuleux et des machines primitives en bois. À ce stade s’est confirmée le caractère clownesque et grave admirablement joué par Camille.

L’élément sensoriel que la mise en scène dépeint notamment par les bruits de fracassements et de grincements s’est décliné en morceaux de charbon qui échappent du corps aux gesticulations comiques. Cette parenthèse fantastique amène à interroger l’ontologie des personnages. Sommes-nous face à des êtres de chair ou des créatures surnaturelles ? À cette question, les vers de Camille peuvent apporter un petit éclairage :

« l’homme de Hus vient d’avant, de très loin avant,

Il se raconte de manière préhistorique,

dans l’obscurité, avec le corps et la matière,

il se raconte sans se dire, en ayant lieu. »

Infos et billetterie ICI

Lire aussi : Prix Écrans canadiens 2019 : Tous les longs métrages en nomination pour le prix du meilleur film sont du Québec

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