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Au Bon coin – Le Speakeasy : Gangsters et Os à la moelle

Saoud Maherzi

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Le Speakeasy à Montréal. Crédit Photo: Diane Kissmile

Sur la rue McGill dans le Vieux Montréal, une crèmerie comme toute autre. J’y rentre, c’est là qu’on m’a dit de venir. Un certain Nicolas me salue, prend mon manteau, et me dirige vers une grande porte comme celles qui mènent aux cuisines avec écrit dessus « Réservé aux employés ». Il l’ouvre et je rentre au Speakeasy.

Tout de suite, l’ambiance vous charme. En haut, perché au-dessus de tout, un DJ lance une musique funky, du James Brown, des Bee Gees, pour le temps des fêtes. D’habitude « c’est plus jazzy », me dit Nicolas. Sur des murs verts de chrome, des photos de gangsters des années 1920-1930, des fusils et une pancarte « Manners Maketh Man », et des têtes d’animaux empaillés. C’est la planque de la virilité masculine déchue. Le mobilier est marron foncé et la lumière tamisée. L’ambiance prohibition est garantie. Nicolas, c’est l’un des copropriétaires de l’endroit. Pilote de formation venu directement de Saint-Martin, il a travaillé dans des restaurants pendant ses études, puis il a continué laissant les avions « pour le plaisir ». À la table, on me tend deux bouquins, un dictionnaire Oxford et un livre d’histoire illustrée : C’est les menus. À la page 120 du dictionnaire, on trouve les alcools.

Au Speakeasy. Crédit Photo: Diane Kissmile

Pour commencer, Nicolas me propose le cocktail de la maison, Le Speakeasy, « tu verras, il me dit, c’est de l’alcool et de l’alcool ». Effectivement, du rhum ambré, de l’amaro et du bitter à l’orange servi dans un verre à whisky en cristal. Pour le reste, comme pour le cocktail, je laisse Nicolas choisir pour moi. « En entrée, il me dit avec son accent du MIDI de Saint-Martin, l’Os à la Moelle pour toi et le Gravlax de saumon pour Mademoiselle ».

Oui, parce qu’il y a une dame avec moi, Diane, la photographe. Je sirote mon speakeasy. Autour, des gens très classes, comme le lieu, discutent, rient, savourent leur plat. L’entrée arrive : un Os à la Moelle serti d’escargots grillés avec son chutney à la coriandre. Une effusion de saveurs qui me fait manger plus lentement, histoire de profiter de chaque bouchée. Diane est aussi conquise par son gravlax de saumon. Quand je finis mon Os, le serveur arrive avec un shot de vodka à la main. Il me dit de mettre l’Os démoellé – i.e. dont j’ai bouffé la moelle –  dans la bouche, et verse la vodka dans le creux. Fort sympathique, il me dit « on fait ça avec cette entrée ». Eh bien, parfait !

Les cuisiniers du Speakeasy à l’oeuvre. Crédit Photo: Diane Kissmile

Pour le plat, on me propose la poitrine de canard. Diane prend le Tataki de thon. La poitrine de canard débarque devant moi. Le lieu, fidèle à son coté man’s club, ne lésine pas sur la quantité. Le serveur, toujours le même, me présente savamment le plat :

« Alors monsieur, vous avez la poitrine de canard, entière, rôtie avec sa polenta gratinée, poudre de fois gras, et en dessous le pesto de chou rouge et fromage bleu et les betteraves rôties ».

Avec cela, un verre de vin californien que j’avais préféré – que les français ne s’étouffent pas – à un bordeaux. Le canard était majestueux, bien cuit, saignant à l’intérieur, bien cuit à l’extérieur, le pesto et la betterave amenant de la fraîcheur au plat qui en devient léger. Diane me fait goûter le Tataki de thon. Fondant !

Un dessert au Speakeasy, Crédit Photo: Diane Kissmile

Quand on a fini, le serveur prend nos assiettes et revient poser une petite cuillère. « C’est pour que vous repartiez avec un petit goût sucré » : un dessert. Pendant qu’on attendait celui-ci, Madame Le Chef, Marie-Anne Bédard est venue nous saluer et discuter un peu avec nous, pour nous éclairer sur le menu, en promettant de futures surprises. Ensuite, sur une planche en bois, arrivent des churros avec leur sauce au chocolat et une crème brulée. Après avoir avalé les churros, je m’attaque à la crème brûlée. Probablement, la meilleure que je n’ai jamais dégustée. Une onctuosité infernale en dessous d’un sommet croquant et caramélisée. Cela termine de me conquérir.

Pour finir, je ferai miens les mots de #Zone4GamersYoutube qui, sur Google commente : ‘’Le concept, la nourriture, les cocktails, le service, tout est une réussite’’.

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Le Speakeasy à Montréal. Crédit Photo: Diane Kissmile

Diplômé de HEC Montréal, Saoud a écrit depuis 2013 dans divers médias. Il dédie le plus clair de son temps libre à la lecture, l’écriture et à la boxe trouvant une cohérence dans l'unité de ces activités. "Find what you love and let it kill you" - Bukowski

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La Société St-Jean Baptiste, pour un Québec libre et francophone

Saoud Maherzi

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La SSJB de Montréal a été fondée par le journaliste Ludger Duvernay le 8 mars 1834. Photo: Avant-Première MTL

La Société St-Jean Baptiste (SSJB) a commencé au milieu du XIXème siècle comme une envie de donner accès au savoir à la population francophone du Canada. Ça a commencé par un souffle de culture et de savoir-faire pour et par les Canadiens français. Afin d’en savoir plus sur cette Société dont l’apport à l’Histoire du Québec est indéniable, nous sommes allés à la rencontre de son président, Me Maxime Laporte.

Au coin de Sherbrooke et Saint-Urbain, une grande bâtisse s’élève. En haut de la façade, deux drapeaux sont hissés : le fleurdelisé et le drapeau des patriotes. Devant la, demeure, une petite statue du général De Gaulle, enfin de son buste. Avant même d’entrer, le ton est donné. À l’intérieur, un décor très chic, boisé et massif. Des livres, des portraits à la gloire du Québec sont mis de l’avant. Je suis reçu par un réceptionniste. On me dirige vers un salon luxueux, le temps que M. Laporte arrive.

On nous amène au salon Lionel Groulx, où l’on s’assoit pour une longue discussion. La discussion traversera les années, les dates clés du Québec, les luttes et l’évolution de la SSJB. Au départ, la population francophone ‘’n’était pas suffisamment éduquée’’, elle n’avait pas accès aux hautes sphères de la société qui était en grande partie la chasse gardée de la ‘’bourgeoisie coloniale anglaise’’. Il fallait ‘’structurer’’ la société du Bas Canada d’alors, et mettre en place des actions pour ‘’outiller’’ cette population. À partir de ce souffle de savoir, la SSJB va susciter la création ‘’des Hautes Études Commerciales, de la première école de théâtre, de la première école technique, bien avant polytechnique’’. Mais pas seulement, au-delà de la quête de connaissance, la Société va s’employer à créer diverses structures au sein de la société et qui influeront sur le quotidien de la population : ainsi, ‘’les premières caisses d’épargne, les premières mutuelles d’assurance-vie’’. Me Laporte rapporte également que la SSJB a été à l’origine du premier mouvement féministe francophone, au début du XXème siècle, avec la Fédération Nationale de Saint Jean Baptiste, qui participera au mouvement pour le droit de vote des femmes.

Me Maxime Laporte, président de la Société St-Jean Baptiste. Photo: Avant-Première MTL

Aujourd’hui, la SSJB revendique deux choses cruciales qui bâtissent et régissent son activité : D’abord, l’indépendance du Québec. Leur vision, nous dit Me Laporte, s’inscrit dans une défense ‘’du droit des peuples à l’autodétermination’’. Il faut que chaque peuple puisse ‘’s’épanouir dans leur culture, s’épanouir politiquement, s’épanouir économiquement’’ (sic). Ensuite, second fondement, la langue française. Pour le président de la SSJB, il faut que le français soit ‘’véritablement la langue commune au Québec’’. Il invoque dans ce sens une ‘’résistance à l’anglicisation’’.

‘’Je suis convaincu que les Québécois vont se réveiller’’

Pour mener tout cela à bien, la Société ne lésine pas sur les moyens, et tente d’inclure ses actions dans diverses sphères de l’activité publique. En économie, elle s’organise autour d’associations syndicales, ou des fondations comme la Fondation pour la langue française qui regroupe notamment des gens d’affaires. En politique, elle tente d’imposer le respect au gouvernement canadien en lui intentant divers procès. La SSJB se pose également en mécène de la culture québécoise. Elle décerne divers prix littéraires et culturels comme le prix Ludger-Duvernay du nom du fondateur de la Société et qui, d’après le site internet, récompense ‘’une personne qui s’illustre dans le domaine de la littérature’’ : littérature francophone bien entendu. Parmi les lauréats, on retrouve notamment Dany Laferrière, Gérald Godin et Jacques Godbout.

Ludger-Duvernay, fondateur de la SSJB. Photo: Avant-Première MTL

Lorsqu’on parle d’histoire du Québec, Maxime Laporte retient ‘’[qu’] on a été conquis et annexé par la force au Canada, il ne faut pas l’oublier. Ensuite de cela, tous les dictats constitutionnels qui se sont imposés à nous, nous ne les avons jamais avalisés’’. Pour M. Laporte, ‘’il faut comprendre les Québécois qui ont une réticence envers le multiculturalisme canadien’’ puisque ce même multiculturalisme finit par ‘’alimenter l’état d’affaiblissement de l’identité québécoise, de la cohésion nationale québécoise : un affaiblissement qui est déjà une réalité pour nous depuis très longtemps’’.

Ainsi, selon le président de la SSJB, malgré l’émancipation relative des Québécois en politique et en économie, malgré qu’ils aient obtenu, ‘’de peine et de misère’’, une forme d’autonomie politique, ‘’nous survivons, […] la langue française survit’’. Les divers problèmes du statut provincial du Québec ne sont pas réglés. Me Laporte invoque le projet Énergie Est sur lequel le Québec n’avait ‘’aucune prise’’, et déclare : ‘’si ça, ce n’est pas du colonialisme, je me demande ce que c’est ?’’.

La défense de la langue française est le second fondement de la SSJB. Photo: Avant-Première MTL

L’action de la SSJB pour rendre justice au peuple québécois lui semble donc fondamentale, compte tenu de l’Histoire et de ses répercussions actuelles. Quand on lui rétorque l’argument selon lequel les Québécois eux-mêmes ont moins d’attrait pour l’indépendance, il oppose des chiffres, ceux du PQ, de la CAQ, et de Québec Solidaire. Bien qu’on soit ‘’en crise latente’’, Me Laporte reste positif, et pense qu’avec un peu ‘’de culture politique et de sensibilité intellectuelle, et que ce dossier là soit porté un peu plus aux premières pages du journal’’ (sic), la situation peut changer en faveur de la ferveur souverainiste.

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La SSJB de Montréal a été fondée par le journaliste Ludger Duvernay le 8 mars 1834. Photo: Avant-Première MTL
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Kseniya : Artiste, Ex-Femen et Mère

Saoud Maherzi

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Crédit Photo: Kseniya Chernyshova

« Je ne sais pas quoi dire. Tu me prends à un moment où j’ai perdu toute confiance en moi ». Kseniya Chernyshova m’accueille avec ces mots dans un café du Mile End. Elle n’a plus le sourire que je lui connaissais. Mais il reste dans son regard une vivacité, une envie, une survivance.

Née à Kiev, elle a immigré au Québec avec sa famille. Elle avait 12 ans. En Ukraine, elle faisait de la danse, sa première passion. Elle ne vivait que pour cela et était bien partie pour être professionnelle. Mais, le départ a tout faussé. Arrivée à Sept-Îles, où la famille s’était installée, elle découvre que la ville n’a pas de centre professionnel de danse. Une première déchirure, qu’elle ressent encore en me disant que « même aujourd’hui, je ne peux pas retenir mes larmes quand je vois les shows de danse à la télé ». La danse l’a tout de même rattrapée, à Sept-Îles. Avec une troupe de danse folklorique, elle s’est lancée dans des tournées, a gagné des prix participant à quelques compétitions internationales. « C’était moi, déclare t-elle, avec le sourire, la petite Ukrainienne qui représentait le Canada ».

À l’école, il fallait apprendre le français. La commission scolaire a inscrit Kseniya dans un cours de théâtre. Kseniya se rappelle: « quand je suis arrivée là, la prof se disait ‘’qu’est ce que je vais bien pouvoir faire avec cette fille-là ?’’, je suis devenue sa meilleure élève ». Le talent d’actrice de Kseniya s’impose à elle, comme une passion forcée. Au départ, elle ne voulait pas devenir comédienne : 

Je ne voulais pas être un autre talent inutile. Je ne voulais pas être l’actrice d’un théâtre brûlé

    – Kseniya Chernyshova

Mais le don de Kseniya mûrit avec elle, et elle finit par postuler à l’École nationale de théâtre, dans le secret, sans le dire à ses parents. Elle est prise du premier coup. À l’école, elle rencontre son compagnon, Hubert, également acteur. Malgré les doutes de certains responsables quant à son avenir dans le milieu artistique, elle sort de l’école à 23 ans et obtient plusieurs rôles avec quelques grosses productions comme le Théâtre du Nouveau Monde. Un an et demi après, elle tombe enceinte. À 25 ans, elle accouche de Viktor, son fils.

À partir de là, les choses s’accélèrent. Elle et Hubert rompent, tout en préservant un environnement stable pour leur fils. En même temps qu’elle vit pleinement sa maternité, Kseniya commence à se lasser des rôles de « putes slaves » qu’elle obtient systématiquement. Elle s’anime plutôt pour des compatriotes de son pays natal. En Ukraine, un groupe de féministes radicales, les FEMEN, voit le jour pour contester la condition des femmes dans le pays. Au départ, ce sont des Ukrainiennes, qui en leur pays gangréné par l’exploitation sexuelle, la prostitution et la violence faite aux femmes, prennent la décision de répondre par le sextrémisme. Manifester seins nus, avec des slogans sur le corps en criant leur cause, c’est le modus operandi de ces femmes. En 2012, Kseniya est en Ukraine et rencontre les femmes et les hommes qui militent. Elle participe à l’une de leurs actions. Elles sont allées couper une croix. En Ukraine, pays orthodoxe où le poids des structures religieuses est conséquent, cette action a fait couler beaucoup d’encre.

Kseniya Chernyshova et son fils Viktor. Crédit photo : Kseniya Chernyshova

La communion avec les femmes, la lutte contre leur oppression, l’expression artistique, théâtrale du mode opératoire et les liens avec ses racines ukrainiennes ont charmé Kseniya. Elle décide alors d’importer FEMEN au Québec. Avec quelques femmes qui s’associent à elle, elle fonde le mouvement et commence à organiser des actions dans la province. Un jour, dans l’Assemblée Nationale, en pleine controverse sur la charte des valeurs, elles se lèvent durant la séance de questions, se dénudent les seins, et crient : « Crucifix, Décâlisse ». Une autre fois, Kseniya s’est attaquée à Hamadi Jebali, alors qu’il était premier ministre tunisien, pour soutenir sa camarade Amina: une FEMEN détenue en Tunisie. Pendant trois ans, FEMEN Québec a peuplé le quotidien de Kseniya, elle faisait des conférences, passait à la télévision, s’alliait au combat de femmes qu’elle admirait. Son fils la suivait parfois dans des rencontres avec les journalistes, des panels de discussion. Sur ses genoux, il patientait pendant que sa mère faisait la militante. Il arrivait que Kseniya s’écroule, effrayée de ne pas pouvoir lier son militantisme à sa maternité. Après tout ‘’c’était lui, ma priorité’’. Elle pensait que son fils allait être fier, qu’il allait lui même grandir en prenant exemple sur elle, qu’il allait lutter pour les droits humains, lui aussi. Quand on lui demande pourquoi elle a milité, Kseniya répond spontanément:

« je ne voulais pas être une victime »

Tout en développant une ‘’obsession’’ pour la condition des femmes, Kseniya voit les hommes comme des partenaires dans la lutte. ‘’Ça m’a été reproché. Je n’aime pas dire que les hommes sont des salauds’’. Au milieu de l’année 2015, les relations avec les FEMEN se dégradent. Après un voyage en France, Kseniya déchante vis-à-vis d’une organisation qu’elle ne reconnaît plus, qui lui semble avoir perdu son âme après que FEMEN se soit installée en France et qu’une certaine Inna Shevchenko ait pris le contrôle unilatéral du mouvement. En même temps, à Montréal, les divergences se faisaient sentir au milieu du groupe québécois et les luttes de pouvoir intestines ont fini par avoir raison de Kseniya, évincée après avoir fondé le mouvement et l’avoir dirigé pendant trois ans. D’une part, c’était dû à des ‘’affaires de jalousie, de fifilles’’, et d’autre part, Kseniya commençait à s’apercevoir ‘’de pleins de choses invisibles. Nous, on réagissait aux médias comme des robots. Mais pas tout ce que disent les médias est réel’’.

Une autre déchirure dans ce fil discontinu de déceptions qui a commencé à ses 12 ans. De celle-ci, Kseniya ne s’est pas complètement relevée. ‘’C’est comme une rupture avec un amoureux’’, dit-elle, en regardant dans le vide. Entre temps, Viktor grandit et elle, viscéralement investie dans la cause des femmes, dans la compréhension de leurs névroses, des moyens de leur bonheur aussi, cherche une autre route pour les découvrir. ‘’Je veux devenir sexologue’’.

Crédit photo:
Crédit Photo: Kseniya Chernyshova
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