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Chroniques

Commémoration au Québec : Laissons les divergences à demain

Saoud Maherzi

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Il y a un an, jour pour jour, les Québécois ont vécu une expérience qui les aura profondément atteints. L’attentat de Québec a été plus qu’un fait divers. Un an après, on se pose encore la même question : Comment, dans une société comme la société québécoise, de tels actes peuvent survenir ? Toute réponse est à considérer sans animosité, sans renferment sur soi.

La commémoration des victimes est nécessaire. Elle nous rappelle que toute société a ses parts d’ombre, quelles qu’elles soient, et qu’il ne faut pas prendre pour acquis la paix sociale, la sécurité, la communion. Rousseau disait que ‘’tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire’’. C’est une réalité qu’il nous faut garder à l’esprit alors qu’on rend hommage à Khaled Belkacemi, Azzedine Soufiani, Abdelkrim Hassane, Aboubaker Thabti, Mamadou Tanou Barry et Ibrahima Barry. La commémoration est nécessaire, et elle se doit de porter un message, celui d’une communion, et rien d’autre.

Petit rappel pour une commémoration : aucune instrumentalisation politique ; ni les groupes associatifs, ni les partis ne doivent s’approprier la commémoration. Il s’agit d’unir les Québécois de tout bord, de toute pensée politique autour d’un hommage, autour d’un refus partagé de voir de tels actes se produire au Québec. L’hommage véritable est celui qui sait tenir compte de la solennité du moment et se refuse de diviser par l’idéologie.

La politique saura reprendre naturellement sa place dans l’espace public, et les débats devront revenir de plus bel. Mais pour cette journée d’hommage, qu’elle aille faire un tour, qu’elle nous laisse rendre un hommage digne de ce nom, en tant que société québécoise, à six victimes québécoises. C’est tout ce qui compte.

Laissons à demain les querelles, les désaccords, les partis pris, les divergences. Ces différences sont importantes par ailleurs. Mais, laissons-les à demain.

Diplômé de HEC Montréal, Saoud a écrit depuis 2013 dans divers médias. Il dédie le plus clair de son temps libre à la lecture, l’écriture et à la boxe trouvant une cohérence dans l'unité de ces activités. "Find what you love and let it kill you" - Bukowski

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Actualités

Oxfam : De l’aide à l’inconduite humanitaire…

Baba-Idriss FOFANA

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Photo libre de droit

La nouvelle continue de faire couler beaucoup d’indignation depuis le vendredi 9 février 2018. Des employés d’Oxfam en Haïti s’offraient des prostituées grâce à de l’aide humanitaire, peu après le séisme qui a fait près de 300 000 morts en 2010. Et ce n’est pas tout ! Dans ce scandale sexuel, on parle aussi du Tchad, du Sud-Soudan, du Liberia et même d‘agressions sur des mineurs.

C’est un secret de polichinelle. Du Tchad au Sud Soudan en passant par le Liberia et Haïti, la réputation de l’organisation caritative vient de prendre un sérieux coup dans le “monde sensible”. Les révélations du quotidien britannique The Times selon lesquelles plusieurs employés d’Oxfam Grande-Bretagne se sont offert les services de prostituées haïtiennes dans des résidences payées avec de l’aide humanitaire [pourtant destinée à alléger les souffrances de la population après le séisme de 2010] risque d’entacher sa crédibilité durablement.

#MoiAussi, #OxfamAussi !

S’il est vrai que « Oxfam » est une confédération composée de vingt organisations indépendantes de même sensibilité qui agissent « contre les injustices et la pauvreté ». Cependant, aucune d’entres elles n’avait eu le courage jusqu’ici de se prononcer contre ces inconduites sexuelles du directeur local d’Oxfam en Haïti, Roland van Hauwermeiren qui aurait admis avoir reçu des prostituées dans la villa qui avait été louée pour lui. En lieu et place de son renvoi, M. Hauwermeiren s’est plutôt vu offrir la possibilité de démissionner et l’affaire était étouffée. Mais sept ans après, le prix à payer est-il moins ou plus lourd?

Lundi 12 février, c’est la directrice générale adjointe d’Oxfam, Penny Lawrence, qui a annoncé sa démission, tout en exprimant sa « tristesse » et sa  « honte » dans un communiqué. D’ailleurs, Mme Lawrence a déploré la façon dont son organisation a ‘’géré’’ l’affaire sachant que les comportements inappropriés « du directeur pays officiant au Tchad et de son équipe » avaient été « signalés avant qu’il ne se rende en Haïti ».

Comme le phénomène #Metoo ou #MoiAussi, mardi 13 février, la directrice de la prévention interne à Oxfam entre 2012 et 2015, Helen Evans, a dénoncé sur Channel 4 l’existence d’une « culture d’abus sexuels au sein de certains bureaux ». En brisant le silence, Mme Evans a fait état de viols ou tentatives de viols au Sud-Soudan ou d’agressions sur des mineurs bénévoles dans des magasins tenus par l’organisation caritative au Royaume-Uni.

« Oxfam-Québec outré et choqué »

De son côté, la directrice générale d’Oxfam-Québec a affirmé lors d’une entrevue accordée à la Société d’État, Radio-Canada, qu’elle était au courant de l’histoire du Times depuis 2011, et qu’elle en avait été outrée. « Oxfam-Québec et l’ensemble de la confédération internationale d’Oxfam avaient été outrés et choqués par ces événements à l’époque. Ces sentiments sont toujours aussi vifs 7 ans plus tard. En tant qu’organisation qui défend les droits des femmes, notre priorité est de protéger nos partenaires, nos employés, nos volontaires et l’ensemble des personnes, particulièrement les femmes et les jeunes, des abus et de l’exploitation sexuelle », a fait valoir Denise Byrnes, dans une déclaration sur le site Internet d’Oxfam-Québec.

Pour tenter de rassurer leurs donateurs, Mme Byrnes précise que « ni les employés, ni les fonds d’Oxfam-Québec n’étaient en cause dans ces événements » en Haïti. « En 2011, chaque Oxfam avait son bureau, ses équipes et gérait ses propres fonds. Oxfam-Québec est toujours présente en Haïti. Nos activités s’y poursuivent, avec nos partenaires haïtiens », s’est défendue la première responsable d’Oxfam-Québec.

En attendant l’aide, le moins que l’on puisse dire, Oxfam ne devrait pas agir seulement « contre les injustices et la pauvreté ». Elle doit aussi combattre dorénavant – à travers ses missions dites humanitaires – toute sorte d’inconduite humanitaire.

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Chroniques

États-Unis, Enfants Jetables

Saoud Maherzi

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C’est le titre du documentaire. Après avoir bouffé un plat de pâtes et une pomme, je me suis assis avec ma blonde, et on a écouté ça!

L’histoire est très simple. Aux États-Unis, quand des personnes adoptent des enfants, ils peuvent les désadopter. Alors, ça crée un marché d’occasion.

C’est à dire que t’as des petits gars et des petites filles, des enfants d’occasion, qui ont été laissés par leur famille adoptive. On ne sait pas toujours pourquoi. Défauts de fabrication, dysfonctionnement à l’adolescence, coût d’entretien élevé, perspective d’avenir peu rentable. Et donc, ils sont remis sur le marché. C’est un peu comme une friperie de gamins.

Y a même des défilés d’enfants pour la ré-adoption. Ils défilent, une dame au micro crie leurs qualités, et toi, tu notes. Et à la fin, tu choisis. Bientôt, y aura peut-être des enchères. ‘’Pour Jimmy, 1000 dollars une fois, 1000 dollars deux fois, 1000 dollars trois fois ! Adjugé, à la grosse madame avec la moustache et la robe rose au fond!’’. Après ça, la grosse madame a même droit à une période d’essai. Comme les quinze jours chez FIDO où t’as le droit de rendre ton dernier iPhone sans frais.

C’est beau la liberté, n’est ce pas ?

Et puis, niveau éducation, tu ne te casses pas la tête. S’il t’emmerde, s’il veut un nouveau téléphone, s’il devient trop cher à entretenir, s’il ne fait pas son lit, s’il n’a pas de bonnes notes à l’école, s’il ne mange pas ses carottes, s’il te déçoit, la solution est simple. Tu le jartes le petit criss, tu le renvoies à l’usine, et tu laisses le service des retours se débrouiller avec ça.  Après, ils mettront une petite annonce sur Facebook, un truc du genre :

« ATTENTION ! À partager svp.

Le petit Jessie a besoin d’une nouvelle maison. En effet, sa famille actuelle ne peut plus le garder et s’en est séparée pour des raisons personnelles.

Il a été adopté, il y a un an, d’un pays africain (de merde ?). Il est très gentil, aime les animaux, le dessin et n’a jamais blessé personne. Il a aussi de très bonnes notes à l’école (relevé de notes disponible sur demande). Il est prêt à participer aux tâches ménagères, et serait très heureux de s’occuper de ses futurs frères et sœurs.

Cet enfant est disponible dés aujourd’hui. Si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à nous contacter. »

Et le tour est joué!

Ceci dit, l’offre est encore défaillante. Une cadre de 40 ans qui a fait toutes les foires d’adoption, et qui cherche du 0-6 ans, se plaint de ne pas trouver son bonheur dans le catalogue (oui, y a vraiment un catalogue). Il reste du boulot de ce coté là. C’est comme si tu voulais t’acheter un t-shirt, et que tu ne trouvais que du L et du XL, pas de XS. Et la satisfaction du consommateur alors ?

Il faut rester optimiste. Le libre marché s’ajustera selon l’offre et la demande, et tous les clients en auront pour leur argent. Y aura même des soldes pour le Black Friday, et le Boxing Day aussi : Un enfant adopté, le deuxième est offert.

En attendant, j’ai dégueulé mes pâtes et ma pomme en chantant « America, America ».

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Chroniques

Islamophobie et critique de l’Islam

Saoud Maherzi

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Libre de droits.

Depuis quelques semaines, on parle d’islamophobie dans les médias québécois. Le débat autour d’une journée nationale – le 29 janvier, date de l’attentat de Québec – dédiée à la lutte contre l’Islamophobie s’est ouvert sur un autre débat, celui de la légitimité de l’islamophobie.

Ambigüité

Nombre de chroniqueurs se sont ralliés derrière l’idée que l’islamophobie mérite d’avoir sa place dans l’espace public et médiatique. L’argument principal de ces journalistes est simple. L’Islam est une religion, toute religion est une philosophie, toute philosophie est critiquable, donc toute critique de l’Islam relève de la liberté d’expression de ceux qui la prononcent.

L’islamophobie serait donc, selon cette opinion, une objection intellectuelle au Coran, aux préceptes religieux qu’il comporte, aux savoirs véhiculés par la religion islamique. Elle serait, en soi, une ouverture au débat sur l’Islam.

Il y a, de bonne ou de mauvaise foi, ambigüité quant à la définition de l’islamophobie. L’islamophobie, selon que le terme est utilisé par ces chroniqueurs ou par les défenseurs des droits des musulmans ou les musulmans eux-mêmes, ne comporte ni le même sens, ni les mêmes implications.

Car pour ces derniers, l’islamophobie, c’est la haine de la musulmane et du musulman en tant qu’être humain, à cause de leur croyance. L’islamophobie désigne pour eux une détestation arbitraire envers une communauté d’hommes et de femmes liés par une religion. Ce n’est pas, en l’occurrence, la philosophie, les préceptes, le Coran qui sont attaqués ; mais les personnes, car elles croient en cette philosophie, en ces préceptes, en ce Coran.

De fait, il n’est pas étonnant que le dialogue soit absent, et l’incompréhension complète. À moins que l’ambigüité du terme comporte son intérêt politique pour certains idéologues des deux bords.

Par Principe

Par principe, il convient de tenir une double position qui, non seulement n’est pas paradoxale, mais correspond à une certaine logique complémentaire d’apaisement et de respect des droits inaliénables dont bénéficie tout citoyen en régime démocratique.

Toute démonstration de haine ostensible, revendiquée, qu’elle soit verbale ou physique, est à proscrire. La pratique qui consiste à s’attaquer à l’intégrité des personnes à travers la stigmatisation d’une part de leur identité, est à proscrire. Tout extrémisme qui voit l’autre comme un hérétique religieux, social, ou racial à abattre ou à exclure, n’a pas lieu d’être.

Par contre, la critique de toute croyance, même de l’athéisme et du laïcisme, relève de la liberté d’expression. Tout citoyen a le droit de trouver absurde que l’on doive jeuner pendant un mois en Islam, que l’on doive se confesser au prêtre dans le catholicisme, que l’on doive allumer des chandelles dans le judaïsme, ou que l’on ne considère aucune force spirituelle dans la création du monde dans l’athéisme. Ce n’est pas un racisme. La critique est un droit et sa pratique libre et ancrée dans les débats d’idée est d’utilité publique. Elle force à l’écoute, au raisonnement, et à la connaissance. Trois principes qui se perdent avec l’impulsivité et les procès de masse auxquels nous ont habitués les réseaux sociaux.

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