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Culture

De La Mondiola à 1955 rue Fullum, la psychologie des souvenirs inopinés

Hanen Hattab

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Crédit photo Alain Saint-Onge

L’histoire racontée et la représentation théâtrale La Mondiola se réclament de la même adresse, 1955 rue Fullum. Elles s’y tiennent comme une évidence, un devoir de mémoire.

La vingtaine de spectateurs, que peut accueillir la maison, se découvre les invités d’un « party » d’anniversaire. Installés au couloir pour surprendre Antonio, le chambreur de Camille qui fête ses cinquante ans, les convives intrigués assistent à l’entrée d’Anna Magnani.

Crédit photo Alain Saint-Onge

De La Mondiala, ou quand un homme s’éteint, les lieux et les choses s’en souviennent

La tragédie familiale se dessine petit à petit sur fond de musiques performées par Sandra Wong. En déballant progressivement son couffin et les vraies raisons de sa visite, Anna, qui a prétendu avoir rêvé du 1955 rue Fullum, s’avère une irruption dans un foyer qui peine à retrouver son équilibre relationnel perdu après le divorce.

Les lieux vivent désormais une double intrusion, celle d’un public non averti et un personnage amoureux et sans scrupules.

Crédit photo Alain Saint-Onge

Les révélations sur le défunt mari s’enchaînent à travers des dialogues décousus et une intrigue kafkaïenne. L’ingénieux dispositif langagier de Julie Vincent, nous introduit délicatement dans l’intimité de la famille et les récits d’une séparation et d’une mort lente, à priori ordinaires.

On fait le tour d’un appartement habité par des autels sacrés et joyeux. Le cérémonial se veut à la fois une topique spatiale et diégétique. Alors qu’on participe aux rituels mondains de l’anniversaire, on apprend que la cérémonie funéraire du mari et amant adulé n’a pas eu lieu. Ses cendres et sa disparition inconvenante enclenchent des rivalités, des discordes et de la jalousie entre Camille, Anna et Lolie.

Pour nous embarquer dans leurs caractères sulfureux, les cinq protagonistes n’ont pas omis de nous jeter des regards sympathisant et truculents.

La force du jeu dans le théâtre de Chambre relève, en outre, de la recherche de contact avec le spectateur à la fois conviviale et stylisée, une performance à laquelle les interprètes se sont adonnés avec la vigueur et la spontanéité attendues.

Crédit photo Alain Saint-Onge

Une deuxième partie s’annonce dès qu’on pénètre la chambre à coucher. La diégèse s’est extirpée de l’atmosphère surréaliste vers des virevoltes intrasubjectives.

La maîtresse de maison, Lolie, sa fille, et Anna n’ont pas fait leurs deuils. La pièce s’achève sur leurs catharsis percutantes. L’extrait suivant du texte de Camille témoigne notamment de la profondeur dramaturgique de l’histoire.

« Je me suis accroupie avec la boîte de cendres, il y a eu du tonnerre pis de la pluie, je savais pus si je voulais crier, uriner, faire l’amour avec lui, me faire aimer ou accoucher de lui. J’ai poussé des cris blancs, des cris silencieux tellement violents. Je voulais aller au boutte du boutte avec lui, j’ai continué, continué de forcer pour qu’il sorte de mon corps parce que je pouvais pas accoucher d’un homme aussi fort, aussi plein de rêves saccagés, je pouvais pas accoucher de lui facilement sans crier. »

Créé par Livia Magnani, le parcours multi-médiatique, rassemblant entre autres des dispositifs cinématographiques et théâtraux, s’est brillamment immiscé dans l’appartement apparaîssant dès le début comme étant réellement habité par le quotidien d’une famille montréalaise recomposée.

Après avoir orchestré avec authenticité et sensibilité les transitions et les déplacements des interprètes, acteurs et publics, Julie continuera de faire vivre la demeure de son ami Francisco Antolino, parti le 6 mars dernier, jusqu’au 7 juin 2018.

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Crédit photo Alain Saint-Onge

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Jacinte Gauvin

    25 Avr 2018 à 9:36

    Bonjour,

    Comment peut-on se procurer des billets pour La Mondiala, au 1955 rue Fullum?

    Merci.

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Culture

Semaine du français au travail : la FTQ en action pour la francisation des entreprises au Québec

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Photo FTQ

Dans le cadre de la Semaine du français au travail, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), en collaboration avec le Secrétariat à la promotion et à la valorisation de la langue française du ministère de la Culture et des Communications, présente cette année une exposition qui retrace les 50 ans d’actions de la FTQ en matière de francisation.

« La FTQ est fière du chemin parcouru, bien que, encore aujourd’hui, le français reste menacé par l’envahissement de l’anglais dans le monde du travail et dans notre quotidien. Plus que jamais, il faut se retrousser les manches et prendre des actions pour imposer le français dans nos milieux », déclare le président de la centrale syndicale FTQ, Daniel Boyer.

« Le français reste menacé par l’envahissement de l’anglais »

La francisation des entreprises n’étant pas une « tâche facile », pour y répondre, la FTQ annonçait dans les années 1980 la création de son service permanent de la francisation qui coordonne les actions de la FTQ en matière de francisation. Il s’agissait entre autres, de rencontre annuelle de francisation, du bulletin Travailler en français, d’une campagne d’affichage et de sensibilisation dans les milieux de travail ou soutien aux comités de francisation.

À lire aussi : La Société St-Jean Baptiste, pour un Québec libre et francophone

C’est en novembre 1969, lors du 11e Congrès de la FTQ, que les délégués ont ratifié la première politique linguistique de la FTQ affirmant que « le français doit devenir la langue de travail normale et courante à tous les paliers de l’activité économique au Québec », indique un communiqué de la centrale syndicale.

« Revendiquer le respect de notre langue qu’est le français »

Selon la plus grande centrale syndicale au Québec (FTQ), qui représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses, les défis que représente la francisation dans les milieux de travail et dans la société en général sont immenses. « Plus que jamais, il faut serrer les rangs et ne pas hésiter à revendiquer le respect de notre langue qu’est le français », a souhaité M. Boyer, martelant que la mondialisation exerce une « immense pression » sur « nos sociétés et nos organisations ». « C’est pourquoi, encourage le président de la FTQ, il ne faut pas hésiter à revendiquer le respect de notre langue commune ».

À lire aussi : Francisation : l’OQLF lance les Mérites du français 2019

C’est le lieu d’indiquer que cette exposition sur la francisation qui se tiendra dans le hall du Fonds de solidarité de la FTQ, situé au 545, boulevard Crémazie Est à Montréal, intervient deux jours avant la Journée internationale de la Francophonie, célébrée le 20 mars chaque année.

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Culture

Événements culturels à ne pas manquer ce weekend

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Avant-Première MTL est à l’affût des événements culturels de Montréal. Voici notre sélection pour cette fin de semaine.

Danse

Phenomena

La dernière représentation de Phenomena aura lieu ce samedi, 15 mars, à l’Édifice Wiler de l’Agora de la danse à partir de 19h.

L’artiste Ismaël Mouaraki questionne le corps et les nouvelles technologies numériques. « Il s’interroge sur notre évolution, tant d’un point de vue sociologique ou scientifique, que philosophique. Si la technologie continue dans la direction de ces dernières années, finira-t-elle par intégrer totalement le corps et devenir imperceptible ? »

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Théâtre

Le mystère Carmen

Ce spectacle musical d’Eric‑Emmanuel Schmitt se termine demain au Théâtre du nouveau monde.

« Eric‑Emmanuel Schmitt partage la scène avec l’envoûtante soprano Marie‑Josée Lord, tous deux guidés par Lorraine Pintal, pour nous entraîner à la rencontre d’un génie sublime et précoce, Georges Bizet, qui n’a trouvé sa voie qu’à l’âge de 36 ans avec la création de Carmen : or, un infarctus le foudroie trois mois après la première. Ensemble, ils retracent le trajet bouleversant de ce génie musical qui disparaît trop tôt pour réaliser qu’il a révolutionné l’opéra et, surtout, qu’il venait de créer un nouveau mythe féminin. »

Billetterie et infos

La mode s’expose

Thierry Mugler Couturissime

L’exposition tant attendue du célèbre créateur Thierry Mugler a commencé au début du mois et se termine le 8 septembre prochain. L’événement « dévoile les multiples univers de cette figure artistique incontournable – couturier visionnaire, metteur en scène, photographe et parfumeur – en revisitant notamment ses créations prêt-à-porter et haute couture. »

Billetterie et infos

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Cinéma

La comédie culte « Tanguy, le retour » à l’affiche bientôt

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La suite du film français Tanguy, sortie en 2002, a été annoncée en novembre 2017 sur Europe 1 par l’acteur André Dussollier. La comédie française culte sortira en France et au Québec le mois prochain et mettra en vedette les acteurs qui ont joué les personnages principaux de la première partie.

Le film « Tanguy, le retour » sera à l’affiche au Québec et en France dès le 19 avril prochain. Le public retrouvera les acteurs André Dussollier (Adopte un veuf, Belles Familles, Diplomatie), Sabine Azéma (Knock, Cezanne et moi, Raid dingue!) et Éric Berger (Ma famille t’adore déjà!, Un homme à la hauteur ) dans leurs rôles mythiques, sous la direction d’Étienne Chatiliez (L’Oncle Charles et Agathe Cléry).

Synopsis 

16 ans plus tard, Tanguy, qui a maintenant 44 ans, revient chez ses parents avec sa fille Zhu sous le bras car Meï Lin l’a quitté. Catastrophés de voir leur « tout-petit » dans cet état, Paul et Édith font tout pour lui redonner goût à la vie, sans réaliser que ce faisant, ils tressent la corde pour se pendre. Car Tanguy recommence à se sentir bien chez ses parents…

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