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Économie collaborative – les failles du modèle québécois

Baba-Idriss FOFANA

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Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

À l’image de Uber et Airbnb, les plateformes collaboratives tentent de révolutionner le modèle capitaliste dans le monde. Le Québec entend se positionner comme un « acteur majeur » dans le modèle d’économie de partage avec ses coopératives, mais la province peine à se définir. Résultat : le terme « économie collaborative » est utilisé à toutes les sauces par les médias et les start-ups. Pour comprendre, Espaces temps a accueilli, vendredi 4 mai, dans le Mile End, un panel dans le cadre de ses rendez-vous mensuels Matinées numériques Montréal.

« Lorsqu’on demande aux gens s’ils sont prêts pour l’innovation tout le monde répond oui. Mais la bonne question serait de demander jusqu’où les gens sont prêts à tolérer des bouleversements dans la société? », s’est voulu plus concret l’entrepreneur social Guillaume Lavoie, fondateur de Mission Leadership Québec et du Collège néo-classique.

Selon M. Lavoie qui a développé le premier cours au Canada sur l’économie collaborative et les politiques publiques [qu’il enseigne à l’ÉNAP], les sociétés les plus innovantes sont appelées à vivre avec les bouleversements en permanence. Si Uber et Airbnb sont des plateformes collaboratives qui font « peur » de plus en plus, « c’est parce que leur modèle d’affaire bouleverse ».

La vérité, aujourd’hui, c’est que la France est l’endroit dans le monde le plus favorable à l’émergence des startups collaboratives. Ils se sont développé une zone de tolérance. Cela fait prendre conscience au Québec (..).  – Guillaume Lavoie, président du Groupe de travail sur l’économie collaborative (GTEC)

Pour Guillaume Lavoie, il n’y a pas de définition définitive en économie collaborative, ni de définition partagée en économie de partage. Le mot partage, selon lui, est fort. Et là-dessus, rappelle-t-il, le débat a dérapé au Québec, parce que parler de partage fait penser à communautaire, à sans but lucratif, à valeur sociale, à égalité. « Or, partage ne veut pas dire ‘’gentil’’, ça ne veut pas dire ‘’égalitaire’’, ça ne veut pas non plus dire ‘’équitable’’ », a précisé l’expert qui présidente également le Groupe de travail sur l’économie collaborative (GTEC) créé par le gouvernement du Québec.

Selon M. Lavoie, le 2è actif des familles québécoises ne sert à rien 85% du temps. Photo: Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

M. Lavoie croit savoir que ce n’est pas le modèle économique qui manque au Québec. Mais, dit-il, il y a trois freins importants, « profondément engagés » dans la société. Le premier blocage se situe au niveau du manque de financement parce que l’actif n’est pas visible lorsqu’on parle de plateforme collaborative. Déplorant la mauvaise compréhension modèle collaboratif par le secteur financier, il souligne que plusieurs « champions québécois » s’en vont s’installer à San Francisco pour bénéficier de millions de dollars en financement. « Et ça fonctionne très bien là-bas parce qu’ils ont une culture de l’économie collaborative ».

Les plateformes collaboratives nous apportent un choix supplémentaire, très souvent environnemental au regard de la productivité de nos actifs. – Yves Boulet, directeur Projets stratégiques CDRQ

Le deuxième frein serait l’absence de partenaire assureur. D’après M. Lavoie, sans partenaire assureur, il n’y a pas d’économie collaborative. « Ce qui est surprenant, dira-t-il, c’est que le Québec est une terre de grande compagnie d’assurance ». Il cite alors la MAIF, une société d’assurance mutuelle française, comme la meilleure compagnie d’assurance au monde pour l’économie collaborative.

Le troisième frein a levé pour l’émergence des plateformes d’économie collaborative au Québec est d’ordre règlementaire. En la matière, Guillaume Lavoie note qu’il y a un travail à faire. Car pour lui, on ne peut pas appliquer une même loi sur l’économie en général et la transférée à l’économie collaborative. Tout comme il serait impossible, selon lui, d’appliquer la réglementation du taxi à Uber parce qu’il y a un qui présente une offre fermée et l’autre une offre ouverte. « Il faut réglementer les deux. Mais n’oublions jamais que le contexte réglementaire très sévère, flou ou hostile, n’est pas un frein pour les gros joueurs mais pour les jeunes pousses qui ne seront pas capables de pénétrer le marché », a prévenu l’entrepreneur social engagé.

Au dire de M. Lavoie, il faut prendre conscience qu’il est impossible d’encadrer quelque chose qu’on n’est pas prêt à permettre. À l’inverse, poursuit-il, ce serait irresponsable de permettre une pratique sans être capable de l’encadrer.

« On n’investit pas dans ce qu’on comprend mal, on n’assure pas ce qu’on ne comprend pas. Réglementer quelque chose qu’on comprend mal, ça donne de très mauvais résultats ».

Selon lui la promesse générale de l’économie collaborative, c’est de voir une entreprise, une ville être plus productive, plus durable et plus entrepreneuriale. « Productivité, développement durable, entrepreneuriat, ça m’apparaît trois axes ou le Québec peut mieux faire », dit Guillaume Lavoie.

À l’en croire, “le deuxième actif des familles québécoises ne sert à rien 85% du temps”. Il encourage les Québécois à maximiser le potentiel réel des actifs qui existent : les matériels roulants, les outils, les meubles etc.

« À la maison, 85% de tout ce qu’on possède nous sert moins d’une fois par mois. Nous sommes une société magnifiquement productrice et très pauvrement productive. Tous les jours au Québec, dans chaque période de 24h, il y a 25 millions de sièges de voitures vident en mouvement. À Montréal, c’est 15 millions de sièges vident dans une journée », a révélé l’expert en économie collaborative. 

Productivité, développement durable, entrepreneuriat : trois axes ou le Québec peut mieux faire !

Pour sa part, le directeur Projets stratégiques pour la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ), Yves Boulet, se dit tout à fait d’accord sur l’amélioration de la productivité dans une perspective économique des plateformes collaboratives. Il souligne que « les plateformes collaboratives nous apportent un choix supplémentaire, très souvent environnemental au regard de la productivité de nos actifs ».

M. Boulet soutient que Montréal pourrait devenir un « choix majeur » dans ce type d’économie si la province mise sur la dynamique des coopératives.» Il relève à cet effet qu’au cours des cinq dernières années, « la coopération » a eu une augmentation de son chiffre d’affaire de 20% plus élevé que la croissance du PIB. « Au Québec, on a une présence relativement forte et structurée en matière de coopérative. Le mouvement coopératif est très dynamique. (..) Montréal est une ville dynamique et il y a une masse de chercheurs en intelligence artificielle », fait-il valoir.

Plateformes collaboratives, en attendant une compréhension collective au Québec

Le Québec veut s’inspirer du modèle d’économie collaborative français. Photo: Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

En même temps, Yves Boulet qui a été qui a été l’un des instigateurs du Laboratoire d’économie coopérative et collaborative à Maison de la coopération de Montréal, souligne une réalité. « Des études démontrent assez clairement qu’une coopérative après son démarrage a un taux de survie [après trois ans, cinq ans, 10 ans] nettement supérieur aux entreprises en général. Cependant, a-t-il indiqué, ce serait limitatif si on ne pense pas à sur le long terme, si on reste dans le partage sans utiliser des plateformes collaboratives ».

De son côté, Guillaume Lavoie ne démord pas en disant que « les coopératives ont encore du chemin à faire ». Mais l’expert se montre quand même optimiste. « Ce ne sont pas des freins pour toujours, c’est là où je vois tranquillement un changement de culture. Plus on va augmenter notre compréhension collective sur le fonctionnement de l’économie collaborative au Québec, plus tous les morceaux vont bien s’aligner ».

Crédit photo:
Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

Baba Idriss Fofana est Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où il anime notamment des chroniques politiques et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, il a occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

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Montréal : Ouvert ou fermé pendant le congé de Pâques?

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Cette année on ira à la chasse aux cocos, le dimanche, 21 avril. Plusieurs établissements et certains commerces seront fermés le vendredi 19 avril et le lundi 22 avril, à l’occasion du congé pascal. Consulter cette liste afin de mieux planifier vos déplacements.

Les commerces

Le vendredi 19 avril, le samedi 20 avril et le lundi 22 avril 2019, les commerces de détail pourront ouvrir leurs portes au public selon les heures d’ouverture habituelles.

Le dimanche, 21 avril, ils seront fermés, sauf les établissements d’alimentation et les pharmacies.

Les succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ) et les commerces d’alimentation de petite surface peuvent ouvrir toute la journée.

Les banques

Elles seront fermées à partir de vendredi, et ouvriront leurs portes lundi selon leur horaire habituel.

Services municipaux

Les bureaux municipaux seront fermés durant tout le congé de Pâques, incluant le lundi 21 avril.

STM, autobus et métro

Les horaires d’autobus sont modifiés le vendredi et le lundi de Pâques.

Le métro offrira ses services habituels mais à une fréquence réduite pour la plupart des lignes.

Le Planétarium, le Jardin botanique et certains musées

Ils seront ouverts les 19, 20, 21 et 22 avril.

La Grande Bibliothèque BAnQ

Elle sera ouverte seulement vendredi, samedi et dimanche.

Lire aussi : Où et comment les Québécois passent leurs vacances de Pâques?

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La grève a généré une perte de 270 M$ à Postes Canada

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Postes Canada a déclaré ce jeudi, 18 avril, avoir enregistré une perte avant impôts de 270 millions de dollars pour 2018.

Les facteurs liés aux grèves des employés qui ont eu lieu l’automne dernier sont entre autres en cause du déficit de l’entreprise.

Plusieurs revendications étaient au cœur du litige, soit l’égalité salariale, la rémunération des facteurs en milieu rural et suburbain, la sécurité d’emploi, la surcharge de travail, etc.

Postes Canada en grève, les PME lancent l’alarme

Facteurs principaux de la perte

Le bilan annuel du secteur est tombé quelques mois après les grèves tournantes du 22 octobre au 27 novembre, et les décisions prises par les parties, patronale et syndicale.

Les facteurs principaux qui ont engendré la perte sont les suivants :

  • La décision sur l’équité salariale a coûté 280 millions de dollars à l’entreprise
  • Les arrêts de travail ont engendré 135 millions de dollars de perte
  • « Ces deux facteurs étant en partie compensés par un troisième, soit un profit de 48 millions de dollars après une mise à jour actuarielle dans le calcul des coûts liés à l’indemnisation des accidents du travail », explique le communiqué.

Postes Canada a affirmé aujourd’hui dans un communiqué que ces pertes « représentent une baisse de 346 millions de dollars par rapport à 2017. »

L’entreprise a précisé notamment que pendant la période d’arrêts du travail ses clients se sont retournés vers les concurrents. Cette situation a engendré une baisse des volumes, dont l’effet sur la perte avant impôts de 2018 est estimé à 135 millions de dollars.

Lire aussi : Vendredi fou et Cyberlundi : Postes Canada panique face à la grève tournante

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Montréal : La saison des pluies commence demain

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Malgré des pluies abondantes sur Montréal, les températures seront douces durant le congé de Pâques.

D’ici la fin du mois les températures seront clémentes avec une moyenne de 10o C. Le 30 avril, Montréal atteindra environ 16o C. Météo Média prévoit des précipitations abondantes jusqu’au 21 avril.

Hausse du niveau d’eau du fleuve Saint-Laurent

Québec est sur le qui-vive car les pluies peuvent provoquer « un ruissellement considérable dans plusieurs secteurs du Québec », indique le Ministère de la Sécurité publique. Les régions du Centre-du-Québec, de la Chaudière-Appalaches, de l’Estrie, de Lanaudière, des Laurentides, de l’Outaouais ainsi que dans l’archipel de Montréal sont surveillées de près afin de prévenir débordements et situations problématiques.

Le ministère estime que la période critique débute à partir de demain, 18 avril. « Les quantités de pluie prévue combinées à une hausse des débits des cours d’eau provoqueront une hausse du niveau d’eau du fleuve Saint-Laurent, ce qui pourrait causer un débordement dans le secteur de Québec », précise le communiqué.

Lire aussi : Des araignées géantes débarquent à Montréal

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