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Entrepreneuriat: ces profils qui ont cassé la baraque au Canada

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Stéphan (à gauche) et Freddy (à droite) co-fondateurs de Squares Union. Crédits: Avant Première

Quitter sa patrie pour un autre pays n’a jamais été aussi facile. Surtout lorsqu’il est question d’immigration – qu’elle soit légale ou illégale –, il y a un risque. S’il est vrai que chaque pays a ses propres réalités, il n’en demeure moins vrai que l’épineuse question de l’intégration (à tous les niveaux) est la réalité la plus évidente, quel que soit le pays où l’aventurier vise à s’installer. Face aux barrières sociétales, faut-il, pour autant, abandonner ou croiser le fer, aller au charbon ? Dans ce ‘’dossier-portraits’’, vous aurez des réponses avec deux jeunes Camerounais que nous avons rencontré au sein de l’incubateur « District 3 Innovation Center » au centre-ville de Montréal. Entrepreneuriat…

Freddy Ghislain Noumeyi fait partie de ces centaines de milliers de jeunes qui ont quitté la terre natale pour le Canada. C’est en 2008 que ce Camerounais d’origine a foulé le sol canadien. Avec un Bachelor en administration en poche, il avait sans doute cru qu’il pouvait décrocher un très bon emploi dans son domaine. « Après mon université au Cameroun, je me retrouve au Canada en 2008. Je me pose les questions comme tout jeune immigrant », nous confie l’ex-organisateur de soirée au Sainte-Thérèse Night-club.

Du rêve…

Très tôt, Freddy se voit entrer à HEC Montréal pour faire un certificat d’accès aux professions comptables. Voilà qu’une autre vie universitaire venait s’ajouter à ce qu’il avait déjà fini au Cameroun. Ayant le flair entrepreneurial depuis son jeune âge et adepte du ballon ovale, il parvient à intégrer l’équipe de Rugby du Québec. Freddy passe de belle saison, il se fait un peu d’argent et n’hésite pas à se payer des vacances en retournant au Cameroun. « Je passe une très belle saison. Je fais un peu d’argent, je retourne au pays, je m’amuse bien », raconte celui qui, à 17 ans, était Maître-nageur au centre climatique de Dschang (Cameroun).

De retour du ‘’bled’’ (jargon employé par les immigrants pour designer l’Afrique en étant à l’extérieur), la vie de M. Noumeyi va prendre une autre tournure : « (…) Mais, je me posais la question si je devais continuer de jouer au rugby alors que j’avoisinais la trentaine. Je me suis dit, tiens ! Je suis à la fin de ma carrière sportive, il faudrait que je me repose ». Ainsi, l’homme décide de mettre une croix sur le rugby. Il se trouve un emploi. Cette fois, il devient gérant d’un dépanneur et en même temps, d’une station-service du côté du Plateau Mont-Royal, à Montréal.
Alors qu’il revoyait plusieurs de ses amis et anciens collègues qui venaient faire le plein de carburant, il fait la connaissance d’un certain Jasmin Valade. Ce dernier, entrepreneur dans l’âme, lui parle de la vente de devises étrangères, notamment en Afrique. De cette causerie, Freddy se retrouve en Afrique (au Cameroun), comme démarcheur pour la compagnie de M. Valade. « Pendant quatre mois, il me ‘’brief’’ sur ce qu’on pouvait faire ensemble. Je deviens celui qui va démarcher l’Afrique pour eux. On négocie, je prends des rendez-vous avec des banquiers africains ; et on se rend au Cameroun », se souvient encore Freddy Ghislain Noumeyi.

…à la galère !

Lorsqu’il revient de sa mission, M. Noumeyi fait une proposition de partenariat de travail avec la compagnie de M. Valade basée à Toronto (Ontario). Malheureusement, l’idée ne sera pas acceptée. Mais, Freddy ne baisse pas les bras. Au contraire, l’homme croit encore, en ses chances dans l’entrepreneuriat au Canada. Ainsi, il ne « dormait plus », d’après lui. Il ne manquait aucune occasion de rencontres ‘’d’idées entrepreneuriales’’. Mais pour lui, il ne suffisait pas seulement d’avoir les idées ; il fallait aussi des moyens financiers pour subsister avant d’entreprendre quoi que ce soit. Comme dirait le passage biblique : « Aide-toi et le ciel t’aidera ».

Faisant sien de cette parole, le jeune immigrant Camerounais se lance, corps et âme, dans plusieurs emplois qui nécessitait une certaine main-d’œuvre. Du service à la clientèle, en passant par le chauffeur de taxi ‘’Uber’’, Freddy ira même jusqu’à passer un été complet au nord du Québec, dans la forêt boréale, pour planter des arbres. « J’applique avec la compagnie ‘’La forêt de demain’’. On me répond en mars en me disant : Est-ce que tu es capable ? Je leur réponds en disant que je viens de l’Afrique et que chez moi, je cultivais des champs de maïs à portée de vue, sans chaussures, ni matériel», raconte M. Noumeyi avec un brin de sourire.
À l’en croire, cette épisode ‘’inoubliable de sa vie’’ – dans ses débuts au Canada – a été « une très belle expérience » pour lui. Car, souligne-t-il « ça continue à forger mon caractère » : un caractère qui le conduit vers son destin d’entrepreneur. Et lorsqu’il rencontre Stéphan Dowouo, les choses vont encore prendre une autre allure. Et comment ? D’autant que tout n’a pas été facile pour ce dernier, le destin a quand même réussi à les réunir.

De l’espoir…

Camerounais d’origine, comme Freddy, Stéphan débarque au Canada en 2011. En quittant le Cameroun en 2009, l’homme s’en allait poursuivre ses études en France. Effectivement, après quelques années, M. Dowouo obtient le Master 1 en Finance et un Master 2 en Contrôle de Gestion sous les bords de la Seine. Malgré ces deux sésames en poche, il ne croyait pas vraiment en l’avenir en France : « Après mes études en France, j’ai travaillé pendant un certain temps. Je me suis rendu compte, plus tard, qu’il n’y avait pas d’avenir pour les immigrants dans ce pays. Dans le métro, je rencontrais beaucoup de personne qui sont en France depuis 40 ans, qui ont fait les mêmes études que moi ; mais qui n’avait pas une situation enviable ».

Cette situation peu reluisante amène Stéphan à ‘’faire les yeux doux’’ au Canada. Puis, c’est le Québec qui finit par le séduire dans sa tentative de quitter l’hexagone en 2011. « Lorsque j’ai eu l’information qu’au niveau du Québec, il y avait plus d’opportunités, je me suis renseigné et j’ai décidé de quitter la France pour le Canada. En venant au Québec, je m’étais préparé à faire mon doctorat en science comptable. J’avais même été admis à HEC », révèle Stéphan Dowouo, celui-là même qui envisageait de devenir enseignant dans une université canadienne. Et pourtant… Lorsqu’il arrive au Canada, au Québec, Stéphan se rend compte que ce n’est pas les mêmes réalités comme en France : « Arrivé sur place, j’ai compris que ce n’était pas la même dynamique comme en Europe ». Il décide alors de se reconvertir en devenant comptable, allant jusqu’à décrocher le titre CPA (Comptable professionnel agrée) : un titre qui va quand même nourrir son homme pendant un certain temps, jusqu’à ce qu’il soit confronté à un problème : « Chemin faisant, je me suis confronté au problème que les migrants rencontrent, en général, dans le domaine du transfert d’argent en Afrique : Il était impossible de pouvoir envoyer de l’argent en ligne en Afrique. Suite à quoi, l’idée m’est venue de créer une entreprise dans ce domaine ».

… au succès en entrepreneuriat!

C’est en caressant l’idée de créer son entreprise dans le domaine du transfert de fonds qu’il rencontre son compatriote Freddy Ghislain Noumeyi, par le biais d’une personne que les deux avaient en commun. Chemin faisant, Freddy et Stéphan se découvraient. Et ils se rendaient comptent, les uns les autres, qu’ils avaient des intérêts en commun. Ils décident alors de créer leur startup. Dénommée ‘’Squares Union’’, cette entreprise de transfert de fonds en ligne existe depuis trois ans, maintenant. « Elle offre des services de transfert de fonds, des paiements de facture, des recharges téléphoniques sur des corridors occidentaux vers l’Afrique », nous confient deux des trois co-fondateurs de ‘’Squares Union’’ dans une grande interview.

Cette année, leur entreprise qui est en ‘’forte progression’’, à travers le Canada et l’Afrique, a été consacré ‘’meilleur startup de l’année 2017’’ du Gala d’excellence ‘’Vision & Inspiration’’ du Réseau Entrepreneur et professionnel africain (REPAF), à Montréal. Puis désignée, il y a six mois, comme ‘’deuxième meilleure startup FinTech canadienne’’. Si ces jeunes entrepreneurs se disent fiers de ces distinctions, toutefois, ils ne cachent pas à qui voudrait les entendre : « Tous ces lauriers ne sont pas tombés du ciel ». Pour eux, « c’est la somme de trois années de travail acharné », qui leur a permis de pouvoir se présenter sur une estrade au Canada. Comme quoi, seule le travail paye. Car, c’est au bout de plusieurs « sacrifices, de dévouement, d’engagement et de la persévérance » que la compagnie ‘’Squares Union’’ est née – à partir des propres fonds de ceux qui l’on pensé – avant d’être portée sur les fonts baptismaux.

Local de Squares Union/Crédit photo: Avant Première

Local de Squares Union/Crédit photo: Avant Première

Crédit photo: Avant Première

Crédit photo: Avant Première

 

 

 

 

 

 

[Encadré] – Désespérer, c’est mourir 

En lisant, entre les lignes, on se rend à l’évidence que Stephan et Freddy en ont vu ‘’des vertes et des pas mûres’’, sur leur chemin. Du Cameroun en passant par la France pour atterrir au Canada, de l’eau a coulé sous les ponts.

Malgré les barrières – auxquelles feront toujours face tout immigrant qui quitte son pays – ils n’y sont pas allés de mains mortes pour se frayer un chemin de réussite au Canada. Un succès qui se voit et se ressent déjà à partir de plusieurs pays d’Afrique et du monde. C’est pourquoi, ces deux jeunes Camerounais tentent d’encourager leurs frères et sœurs immigrants(es) qui ne croient plus en eux. Sachant bien qu’il y a « ce qu’on croit avant d’immigrer et la réalité du terrain », les co-fondateurs de ‘’Squares Union’’ exhortent les immigrants Africains à ne pas dormir sur leur laurier.

« Je ne suis pas la personne qui connaît tout, qui a la science infuse. Comme on le dit, d’aucuns immigrent au Canada mais ils sont encore en Afrique. Pourquoi ? Parce que lorsqu’ils arrivent au Canada, ils sont chez eux, ils ne sortent pas, ils ne participent pas à des rencontres, ni à des 5 à 7. Pourtant, c’est en allant au contact des autres qu’on peut se bâtir des réseaux. Il faut un changement de paradigme, il faut communiquer, parler avec les gens pour comprendre certains codes de la société canadienne », instruit Freddy Ghislain Noumeyi.

Au dire du Co-fondateur et Vice-président des opérations de ‘’Squares union’’,  »l’autre nom du désespoir n’est rien d’autre que la mort ». « Pour moi, celui qui désespère est mort. Il ne faut pas se le cacher. Ça ne pardonne pas. Il faut savoir s’entourer de bonne personne : c’est la clé du succès au Canada », martèle M. Noumeyi.

Tout comme lui, Stéphan Dowouo croit savoir que tout immigrant doit ‘’se mettre dans la tête’’ qu’en quittant sa patrie pour un autre pays, l’échec ne doit pas être au programme. « Je regardais juste derrière moi et je voyais ma femme, mes enfants, mes frères et sœurs, ma famille qui me regardaient aussi. Je n’avais pas le choix que de me battre. Si on vient au Canada après avoir traversé ces océans et mers, on a une obligation de succès. Que ce soit à l’école, au travail, en affaires, l’échec n’est pas au programme », assure M. Dowouo, Co-fondateur et Président de ‘’Squares Union’’.

Abondant dans le même sens que Freddy, Stéphan révèle, pour sa part, que les barrières auxquelles font face les immigrants en général, au Canada, sont entre autres : la discrimination, le manque de contact et le manque de réseau. « Or, dira-t-il, ce ne sont pas des choses insurmontables ». « Car, malgré tout, poursuit le co-fondateur de ‘’Squares union’’, il y a plus d’opportunités au Canada qu’ailleurs. Après avoir été en Europe, je sais de quoi je parle ». Ceci étant dit, il n’y a qu’une chose à faire : se fixer des objectifs, prendre son courage à deux mains et se donner les moyens de les atteindre.

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Stéphan (à gauche) et Freddy (à droite) co-fondateurs de Squares Union. Crédits: Avant Première

Baba Idriss Fofana est Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où il anime notamment des chroniques politiques et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, il a occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

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Justice sociale : une lutte mi-figue, mi-raisin au Québec

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Au siège de la FTQ à Montréal. Crédit Photo: Diane Kissmile

De la révolution industrielle à ce jour en passant par la révolution tranquille, la lutte syndicale a pris diverses formes au Québec, selon les revendications, pour devenir de moins en moins violente. Pourtant, en 2017 et 2018, les populations criaient encore à l’injustice sociale et à la pauvreté dans une province où le gouvernement – qui détient la majoritaire à l’Assemblée nationale – tend à « vanter » ses « prouesses économiques » pour faire « taire grogne sociale ». Notre dossier sur la Justice sociale.

C’est un secret de polichinelle! Malgré les performances économiques du Québec, les organisations de la société civile et mouvements syndicaux continuent à réclamer de meilleures conditions de vie et une redistribution équitable des richesses en 2018. Ce n’est pas la Coalition main rouge qui dira le contraire. Formée à l’automne 2009, elle est composée de plus de 100 organisations syndicales, féministes, communautaires, étudiantes et populaires regroupées ensemble depuis l’automne 2009 pour revendiquer l’accès à des services publics universels et de qualité. Des services qui, selon la Coalition, sont indispensables pour le respect et la réalisation des droits humains pour tous et toutes.

Le gouvernement dit que l’austérité est terminée : ce n’est pas vrai ! Malgré le virage que fait miroiter Philippe Couillard, le saccage continue

   – Véronique Laflamme, Coalition main rouge

Depuis quelques années, la Coalition main rouge est donc devenue en quelque sorte le fer de lance de plusieurs campagnes de luttes contre notamment les « paradis fiscaux », le « démantèlement du filet social », « évasion et évitement fiscale ». D’ailleurs, la dernière en date du 28 novembre 2017 s’intitule : « Une bande de Robin des bois en action dans le quartier Villeray – Le Québec a les moyens de viser la justice sociale ». À cette occasion, la co-porte-parole de la Coalition, Véronique Laflamme, insistait sur le fait que l’austérité n’était pas terminée comme le fait croire le gouvernement Couillard.

Elle cite en exemple les Centre de la Petite Enfance (CPE) qui, selon elle, doivent encore faire face à des compressions récurrentes de plus de 300 M$. Ces coupures devraient affecter la qualité des services, et aggraver la pression sur les éducatrices. « 20 ans après leur développement, les services de garde subventionnés sont menacés. Pour lutter contre les inégalités sociales, il faut agir dès la petite enfance, entre autres, en offrant suffisamment de places en CPE », soutient Mme Laflamme.

Dans 95% des cas, les conventions collectives se règlent sans conflits depuis ces 20 dernières années

– Daniel Boyer, président FTQ

Dans ces différents combats qui sont loin d’être gagnés, les syndicalistes ne sont pas de marbre. Les actions du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain en témoignent. Avec ses 100 000 membres, le Conseil se dit préoccupé par plusieurs enjeux dont la lutte pour le salaire minimum à 15$ l’heure, les questions de racismes et les politiques d’austérité et qui desservent la population, les travailleurs et les travailleuses. « On travaille sur la question du racisme systémique depuis environ un an. On travaille du côté de l’implication au niveau de la politique municipale. On va continuer à regarder ça de très près, parce qu’on travaille sur tous les enjeux qui ont un impact sur le quotidien des membres vivant dans la région métropolitaine de Montréal », indique Marc-Édouard Joubert, président du Conseil. Non sans dénoncer l’annulation de la Consultation sur le racisme systémique à des fins électoralistes.

Avec un taux de syndicalisation de 40%, le Québec serait l’un des territoires les plus syndiqués en Amérique du nord. Cela fait-il bouger les lignes ?

Au siège de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) à Montréal. Crédit Photo: Diane Kissmile

Pour sa part, le président de la Centrale syndicale FTQ (plus de 600 000 membres) reconnaît que la lutte syndicale est devenue moins violente comme sous la révolution industrielle. « Nos relations avec le patronat, je peux vous dire qu’on vit dans une période de paix industrielle au Québec depuis déjà un certain temps. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de conflits, mais il y en a peu (..) la plupart des Conventions collectives se règlent à l’amiable, en fonction des règles prévues dans le cadre du travail, par des négociations de bonne foi », fait valoir Daniel Boyer.

Lire aussi : Justice économique pour tous, la riposte s’organise à Montréal

Alors que le président de la FTQ soutient que son organisation syndicale n’est pas en guerre contre le patronat, M. Boyer admet toutefois que « certains PDG gagnent 200 fois le salaire de leurs employés » de nos jours. Mais cela ne l’empêche pas de critiquer les politiques d’austérités du gouvernement libéral. Rappelant qu’au Conseil général du mois de février 2018, une plateforme de revendication devrait être adoptée en vue de l’élection du 1er octobre 2018. « On interpellera les candidats et les candidates, les partis politiques en vertu de notre plateforme de revendication. Et ce qu’on souhaite, c’est qu’on ait des candidates et des candidats mais surtout un gouvernement plus progressiste au lendemain des élections », prévient le numéro 1 de la FTQ, qui se réjouit d’avoir mené la bataille pour l’aboutissement de la bonification de la Régie des rentes.

Abondant dans le même sens, M. Joubert déplore que l’actuel gouvernement libéral, majoritaire, n’est pas ouvert à la discussion.

Tant que la conjecture politique restera ce qu’elle est, on doit continuer la lutte. Il n’y a pas un interlocuteur ouvert. Il faut travailler à ce qu’il le devienne, à ce qu’il soit plus conscient des questions de justice sociale

   – Marc-Édouard Joubert, président Conseil régional FTQ Montréal métropolitain

À la question de savoir s’il devrait y avoir un changement de régime, lequel ferait l’affaire des organisations syndicales et mouvements sociaux ? Sa réponse est interrogative. « Est-ce qu’on remplace le gouvernement libéral par un gouvernement plus à droite comme la Coalition Avenir Québec (CAQ) ? Est-ce que le Parti Québécois est prêt à livrer la marchandise ? Ce sont autant de questions qui sont en suspense », s’interroge le président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

Entrevue réalisée en janvier 2018 avec Marc-Édouard Joubert, président du Conseil régional de la FTQ du Montréal métropolitain. Crédit Photo: Diane Kissmile

Cependant, Marc-Édouard Joubert pense que l’idéal serait de « créer une pression politique faisant en sorte que quel que soit le gouvernement qui sera en place, aucun ne puisse ignorer les demandes faites par la société civile ». Pour cette raison, il souligne ‘’l’importance de travailler dans une Coalition’’. Car, dira-t-il, “aucun gouvernement ne viendra régler tous leurs problèmes avec un bâton magique”. « Mais si la société civile est suffisamment mobilisée pour faire connaître ses demandes et pour montrer au gouvernement que telle ou telle demande est incontournable, et pour les travailleurs et pour les familles, et pour les non-syndiqués, là on pense qu’on peut amener le gouvernement à tendre une oreille plus attentive à nos demandes ou exigences ».

Peu importe le parti qui sera au pouvoir, tous devront prendre parti en faveur des travailleurs

– Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec

Au moment de mettre l’article sous presse, nous avons appris que les présidences des centrales syndicales québécoises ont rencontré le premier ministre Philippe Couillard, accompagné de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, le jeudi 26 avril, dans le cadre de la traditionnelle rencontre annuelle pour la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs le 1er mai. Tout en faisant part de leurs préoccupations dans différents dossiers touchant plusieurs secteurs d’activités, à cette occasion, les porte-parole syndicaux ont également abordé un certain nombre de politiques gouvernementales qui touchent les travailleuses et les travailleurs.

Il faut surtout noter qu’une ‘’décision ferme’’ a été prise au sortir de cette rencontre. Les grandes centrales syndicales ont confié aux médias qu’elles ne comptent pas donner de « directives précises » à leurs membres en vue des élections générales du 1er octobre prochain.

Toutefois, à l’occasion de la « marche nationale » le 28 avril à Montréal pour souligner la fête des Travailleurs du 1er mai, la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, a soutenu que « peu importe le parti qui sera au pouvoir, tous devront prendre parti en faveur des travailleurs ».

Pour le moins que l’on puisse dire, la lutte pour une justice sociale au Québec n’est certes pas gagnée mais les acteurs [syndicalistes et mouvements de la société civile] n’entendent pas se laisser à la merci des hommes politiques.

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Au siège de la FTQ à Montréal. Crédit Photo: Diane Kissmile
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La consultation sur le racisme systémique esquivée, disculpée, récupérée et retrouvée

Hanen Hattab

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Au milieu Safa Chebbi, co-coordinatrice de la TCRS. Photo libre de droits

De 2016 à 2018, le gouvernement a fait l’autruche face à un sujet alarmant et d’actualité. En voulant mettre le problème de la ségrégation et des préjugés raciaux sur la table, la société civile est tombée sur le poil de la politique québécoise. Que s’est-il passé ? Et où en est-on dans la lutte contre le racisme systémique au Québec ? On s’attendait à ce qu’on s’en tienne au moins à un jeu démocratique sain et au bon sens, et non à des loufoqueries et des raccourcis improbables. Notre dossier sur la consultation sur le racisme…

Pas de racisme système, pas de solutions systémiques

Il était question évidemment de commencer par donner un espace de parole à ceux qui représentent les laissés pour compte. Rappelons pour mémoire que les organismes de la lutte contre le racisme systémique voulaient enquêter sur l’intégration sociale et économique des autochtones, des personnes nées au Canada et nouveaux arrivants issus de la diversité.

« De nombreuses personnes subissent le racisme et vivent ses répercussions, parfois même, sans se rendre compte », fait remarquer Safa Chebbi, membre du Conseil exécutif d’Alternatives Montréal : une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec.

Selon les statistiques, cette tranche de la province subit souvent le profilage racial, peine à trouver un emploi et un toit parce qu’un caractère ethnique ou un stéréotype social lui colle trop à la peau.

Peut-on parler de racisme lorsque les autorités ne donnent pas suite à une plainte déposée contre un acte xénophobe, haineux ? Le bon sens dit oui. Peut-on décrier la discrimination systémique et demander l’intervention du gouvernement quand, en tant qu’organisme, on constate l’amplification du phénomène et le laxisme du pouvoir ? Une fois encore, le bon sens aurait dit oui. « Or, le problème a été délayé par le verbiage identitaire et les décisions politiques bâclées, dès qu’il s’est trouvé dans le débat public », résume la situation Mme. Chebbi.

Le musée des douleurs

Pour comprendre et cerner des inquiétudes qui s’adressent mine de rien aux structures étatiques, des acteurs de la scène politique et de la société civile ont demandé une consultation sur la discrimination systémique et le racisme. L’été 2017 a été le spectacle d’une grande mascarade sur la légitimité de la requête et son organisation. Et puis, les réactions n’ont fait que souligner le malaise.

Il y a eu d’abord l’effet électrisant du mot racisme. Il lèse le Québécois de souche, dit-on dans les médias. « Le terme racisme systémique n’a pas fonctionné. Au niveau de l’assemblée nationale, il a créé une grande polémique. », explique Mme Chebbi. « Et par la suite, on a vu les élus ramener et confluer, de façon spectaculaire, les différents aspects sociaux, politiques, culturels et économiques du phénomène à la question de la précarisation des nouveaux arrivants. », poursuit-elle. Sans oublier les procès d’intentions qui fusaient de partout, autant des partis politiques contre le projet que du public des réseaux sociaux.

Le coup de pub et le divorce

« De nombreuses organisations, dont le South Asian Women’s Community Centre/Centre communautaire des femmes Sud-Asiatiques (SAWCC), ont travaillé dur dans le cadre de la coalition contre le racisme systémique qui a exhorté le gouvernement à lancer cette importante enquête. Nous nous attendions à ce que, une fois la consultation lancée, ils poursuivent le processus et donnent suite aux recommandations. Maintenant, ils sont revenus sur leur parole et ont pratiquement changé de cap parce qu’ils jouent au jeu électoral », déplore de son côté Rushdia Mehreen, porte-parole du SAWCC.

Pour les décideurs, il fallait donc un super plan B pour remplacer la consultation avortée par des propositions d’échéanciers impossible à respecter et un budget très serré. La solution miraculeuse : Un forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, qui s’engage en faveur de l’établissement des personnes immigrantes en région, a été mis en place. L’événement a eu lieu le 5 décembre 2017 et a rassemblé des organismes à l’affût de la main d’œuvre et des nouvelles solutions en matière de recructement.

Lire aussi : Justice sociale : une lutte mi-figue, mi-raisin au Québec

Pour résumer, il n’y a pas eu de consultation pour au moins en conclure qu’on est dans la meilleure des sociétés multiculturelles égalitaires, et en plus, le gouvernement en a fait une des plus belles appropriations économiques. Les chercheurs d’emplois qui ont fait une de ces formations d’intégration professionnelle connaissent la formule. Pour maximiser ses chances ou, peut être aussi, pour désengorger les grandes villes, on invite le monde à postuler dans les régions. Il paraît que là-bas, on a plus de chance de décrocher son premier job. Renforcer la politique de distribution des diplômés d’ici ou fraîchement venu d’ailleurs est ainsi chose faite.

Au programme du forum, il y avait aussi le redéploiement du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion en région. En voilà une autre bonne excuse pour recycler les anciens outils ministériels. Un beau tour de passepasse a écarté l’accès équitable à l’emploi, à la justice, aux services de santé et d’éducation du débat politique.

Mais les dés ne sont pour autant jetés. Le jour du forum, la coalition a fait sa conférence de presse pour annoncer la mise en place d’une consultation citoyenne indépendante prise en charge par la Table de Concertation Contre le Racisme Systémique (TCRS).

On n’est jamais mieux servi que par soi-même, la cause reprise par ses défenseurs

« Cela montre clairement qu’on ne peut pas compter sur le gouvernement pour lutter contre le racisme systémique. Une fois de plus, cela confirme que ce sont les gens qui ont besoin de se lever et de se battre pour leurs droits : dans ce cas, le droit à l’égalité pour tous. En outre, cela confirme que nous ne pouvons pas dépendre du gouvernement pour provoquer ce changement dans notre société. Nous devons nous mobiliser à la base et construire le pouvoir du bas vers le haut. », a déclaré Mme Mehreen.

La TCRS a été créée en mai 2017 pour reprendre le travail et rassembler les acteurs solidaires. « L’idée de la table est de sortir les luttes anti-racistes de leurs espaces communautaires pour discuter ensemble comment rallier nos efforts et converger les luttes », souligne Mme Chebbi.

Une cinquantaine d’organismes fait partie de la table. En plus de ramasser des dons pour financer son projet, la TCRS a besoin de chercheurs et de plus d’organismes pour mener à bien ses travaux. « Maintenant, on a créé un comité de coordination. Le processus de la consultation citoyenne prendra le temps qu’il faut. Surtout, il ne faut pas le faire dans un cadre de manipulation partisane. », prévient Mme Chebbi.

En plus de localiser les origines du problème, la TCRS œuvrera à encadrer les personnes touchées sur deux niveaux. « Les personnes racisées vont pouvoir témoigner lors des audiences publiques sur leurs vécus. C’est important de récolter ces informations pour voir quels sont les mécanismes qui participent à exclure cette tranche de la société. Et il y aura aussi l’éducation populaire pour sensibiliser les gens sur l’impact du racisme systémique. », précise Mme Chebbi.

Aujourd’hui, 1 mai 2018, Mme. Safa Chebbi, désormais co-coordinatrice de la consultation indépendante sur le racisme systémique, nous a annoncé en exclusivité que le 2 juin aura lieu une grande assemblée générale qui réunira tous les acteurs de la TCRS. Ça sera le fruit d’un travail réalisé à partir des propositions de tous les membres de la TCRS. Lors de cet événement d’envergure et premier dans son genre dans la province, le format de la consultation sera annoncé et validé.

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Au milieu Safa Chebbi, co-coordinatrice de la TCRS. Photo libre de droits
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La Société St-Jean Baptiste, pour un Québec libre et francophone

Saoud Maherzi

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La SSJB de Montréal a été fondée par le journaliste Ludger Duvernay le 8 mars 1834. Photo: Avant-Première MTL

La Société St-Jean Baptiste (SSJB) a commencé au milieu du XIXème siècle comme une envie de donner accès au savoir à la population francophone du Canada. Ça a commencé par un souffle de culture et de savoir-faire pour et par les Canadiens français. Afin d’en savoir plus sur cette Société dont l’apport à l’Histoire du Québec est indéniable, nous sommes allés à la rencontre de son président, Me Maxime Laporte.

Au coin de Sherbrooke et Saint-Urbain, une grande bâtisse s’élève. En haut de la façade, deux drapeaux sont hissés : le fleurdelisé et le drapeau des patriotes. Devant la, demeure, une petite statue du général De Gaulle, enfin de son buste. Avant même d’entrer, le ton est donné. À l’intérieur, un décor très chic, boisé et massif. Des livres, des portraits à la gloire du Québec sont mis de l’avant. Je suis reçu par un réceptionniste. On me dirige vers un salon luxueux, le temps que M. Laporte arrive.

On nous amène au salon Lionel Groulx, où l’on s’assoit pour une longue discussion. La discussion traversera les années, les dates clés du Québec, les luttes et l’évolution de la SSJB. Au départ, la population francophone ‘’n’était pas suffisamment éduquée’’, elle n’avait pas accès aux hautes sphères de la société qui était en grande partie la chasse gardée de la ‘’bourgeoisie coloniale anglaise’’. Il fallait ‘’structurer’’ la société du Bas Canada d’alors, et mettre en place des actions pour ‘’outiller’’ cette population. À partir de ce souffle de savoir, la SSJB va susciter la création ‘’des Hautes Études Commerciales, de la première école de théâtre, de la première école technique, bien avant polytechnique’’. Mais pas seulement, au-delà de la quête de connaissance, la Société va s’employer à créer diverses structures au sein de la société et qui influeront sur le quotidien de la population : ainsi, ‘’les premières caisses d’épargne, les premières mutuelles d’assurance-vie’’. Me Laporte rapporte également que la SSJB a été à l’origine du premier mouvement féministe francophone, au début du XXème siècle, avec la Fédération Nationale de Saint Jean Baptiste, qui participera au mouvement pour le droit de vote des femmes.

Me Maxime Laporte, président de la Société St-Jean Baptiste. Photo: Avant-Première MTL

Aujourd’hui, la SSJB revendique deux choses cruciales qui bâtissent et régissent son activité : D’abord, l’indépendance du Québec. Leur vision, nous dit Me Laporte, s’inscrit dans une défense ‘’du droit des peuples à l’autodétermination’’. Il faut que chaque peuple puisse ‘’s’épanouir dans leur culture, s’épanouir politiquement, s’épanouir économiquement’’ (sic). Ensuite, second fondement, la langue française. Pour le président de la SSJB, il faut que le français soit ‘’véritablement la langue commune au Québec’’. Il invoque dans ce sens une ‘’résistance à l’anglicisation’’.

‘’Je suis convaincu que les Québécois vont se réveiller’’

Pour mener tout cela à bien, la Société ne lésine pas sur les moyens, et tente d’inclure ses actions dans diverses sphères de l’activité publique. En économie, elle s’organise autour d’associations syndicales, ou des fondations comme la Fondation pour la langue française qui regroupe notamment des gens d’affaires. En politique, elle tente d’imposer le respect au gouvernement canadien en lui intentant divers procès. La SSJB se pose également en mécène de la culture québécoise. Elle décerne divers prix littéraires et culturels comme le prix Ludger-Duvernay du nom du fondateur de la Société et qui, d’après le site internet, récompense ‘’une personne qui s’illustre dans le domaine de la littérature’’ : littérature francophone bien entendu. Parmi les lauréats, on retrouve notamment Dany Laferrière, Gérald Godin et Jacques Godbout.

Ludger-Duvernay, fondateur de la SSJB. Photo: Avant-Première MTL

Lorsqu’on parle d’histoire du Québec, Maxime Laporte retient ‘’[qu’] on a été conquis et annexé par la force au Canada, il ne faut pas l’oublier. Ensuite de cela, tous les dictats constitutionnels qui se sont imposés à nous, nous ne les avons jamais avalisés’’. Pour M. Laporte, ‘’il faut comprendre les Québécois qui ont une réticence envers le multiculturalisme canadien’’ puisque ce même multiculturalisme finit par ‘’alimenter l’état d’affaiblissement de l’identité québécoise, de la cohésion nationale québécoise : un affaiblissement qui est déjà une réalité pour nous depuis très longtemps’’.

Ainsi, selon le président de la SSJB, malgré l’émancipation relative des Québécois en politique et en économie, malgré qu’ils aient obtenu, ‘’de peine et de misère’’, une forme d’autonomie politique, ‘’nous survivons, […] la langue française survit’’. Les divers problèmes du statut provincial du Québec ne sont pas réglés. Me Laporte invoque le projet Énergie Est sur lequel le Québec n’avait ‘’aucune prise’’, et déclare : ‘’si ça, ce n’est pas du colonialisme, je me demande ce que c’est ?’’.

La défense de la langue française est le second fondement de la SSJB. Photo: Avant-Première MTL

L’action de la SSJB pour rendre justice au peuple québécois lui semble donc fondamentale, compte tenu de l’Histoire et de ses répercussions actuelles. Quand on lui rétorque l’argument selon lequel les Québécois eux-mêmes ont moins d’attrait pour l’indépendance, il oppose des chiffres, ceux du PQ, de la CAQ, et de Québec Solidaire. Bien qu’on soit ‘’en crise latente’’, Me Laporte reste positif, et pense qu’avec un peu ‘’de culture politique et de sensibilité intellectuelle, et que ce dossier là soit porté un peu plus aux premières pages du journal’’ (sic), la situation peut changer en faveur de la ferveur souverainiste.

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La SSJB de Montréal a été fondée par le journaliste Ludger Duvernay le 8 mars 1834. Photo: Avant-Première MTL
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