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Entretien avec Mélanie Laurent, pour son dernier film Plonger !

Quitterie HERVOUET

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"Plonger"
Crédit photo: Brian De Rivera Simon

Rencontre avec Mélanie Laurent, réalisatrice, scénariste et comédienne française, lors du Festival International du film de Toronto. Elle s’est arrêtée, quelques jours, dans la ville canadienne pour présenter son dernier film en tant que réalisatrice Plonger, l’histoire d‘un amour total entre César (Gilles Lellouche) et Paz (María Valverde). Photographe espagnole, Paz nourrit une soif de rencontres, d’expériences et de voyages, alors que son César, ex-grand reporter de guerre, souhaite à l’inverse s’extraire du tumulte du monde. Un film intense et passionné qui vous fera vibrer !
Sortie : prochainement.

Quitterie Hervouet – Votre film Plonger est tiré d’un livre de Christophe Ono-dit-Biot. Pourquoi avez-vous choisi d’adapter ce roman ?

Mélanie Laurent – Je ne l’avais pas lu et ce n’est pas celui-là que je voulais faire après “Respire” (NDRL – son premier film en tant que réalisatrice). C’est mon producteur qui m’en a parlé à la fin du tournage de “Respire”. Il m’a donné ce livre de 500 bonnes pages et j’avais rendez-vous avec l’auteur trois jours après. J’ai lu, et ce n’était que de son point de vue à lui (NDRL – personnage de César), sur sa disparition à elle (NDRL – personnage de Paz) et sur un petit peu son incompréhension et son jugement à lui sur elle. Je venais de faire “Respire”, j’étais un peu en fin de tournage, un peu dans un moment assez étrange et donc, en fait, je suis allée au rendez-vous très détendue en me disant, de toute façon, je vais lui dire exactement ce que je veux parce que je n’ai même pas eu le temps de savoir si c’est ça que je voulais faire ou pas. Je suis arrivée, « j’ai dit : je ne commence pas avant la page 300, je fais son point de vue à elle, je fais une partie aussi que sur elle. Je ne veux pas qu’on la juge et je veux changer un peu sa personnalité et je peux faire si et ça et voilà. L’auteur Christophe Ono-dit-Biot m’a dit ” adapter, c’est trahir, et trahis moi autant que tu veux” et du coup, j’ai trouvé ça super de savoir que ça allait être libre et compris, et du coup, je dis « bon ben, si j’ai cette liberté là d’adaptation alors dans ce cas-là, oui, pourquoi pas le faire ?». Pendant très longtemps, parce que c’était laborieux à écrire ; pendant très longtemps, je faisais l’adaptation et j’avais l’impression de parler de sujets qui ne me concernaient pas. Et puis, à un moment, je me suis rendue compte qu’elle, c’était moi sur tellement de choses, et c’était très troublant. Ça a bouleversé beaucoup de choses dans ma vie de l’écrire.

QH – Quand vous dites que c’était laborieux…

ML – C’était très compliqué de changer la structure. Quand on part d’un livre et qu’on décide de s’en éloigner à ce point, en terme de point de vue et de structure, il faut tout réinventer tout en gardant un certain rythme et tout en gardant le principal. Il y a des livres qui sont linéaires ou tout d’un coup, on part d’un point A et on va à un point B, et on sait presque le cheminement. Celui-là, il était un peu décousu plein de flash-back à l’intérieur. Donc, il était compliqué à ressentir à visualiser et à retranscrire.

QH – Est-ce que l’auteur l’a vu, et qu’est ce qu’il en a pensé?

ML – La femme de l’auteur l’a vue surtout ! Et elle était très contente de cette adaptation. Lui aussi, il était très content, il a beaucoup aimé le film. Je suis hypercontente parce que c’était une énorme pression, après il avait lu le script. Il savait plus ou moins de toute façon l’écriture que c’était. Mais, je suis tellement heureuse qu’il l’aime.

QH–Pouvez-vous me parler du tournage? Comment ça s’est passé de tourner dans plusieurs pays?

ML – Plutôt bien. Et on a commencé à Oman. On était tous sur la plage, dans des petits bungalows. On se faisait des home cinéma le soir, on projetait des films sur des transats sur la plage. Il faisait 50 degrés la journée, parfois c’était assez dur. La chaleur change un peu tout, et puis tourner sous l’eau ça change beaucoup, mais on était très heureux. On a eu un gros choc et pas que thermique, quand on est rentré en France, et qu’il a plu non stop pendant un mois. Le choc était assez difficile. On a fini en Espagne et on est passé par Saint-Nazaire. C’est la première fois que je faisais autant de voyages et autant de choses intéressantes visuellement.

QH – Noémie Merlant, nommée au César l’année dernière, star montante du cinéma français joue dans le film. Qu’est ce que ça vous a fait de tourner avec elle ? De plus, elle joue en Anglais, pourquoi lui avoir donné ce rôle anglophone?

ML – Déjà Noémie, c’est une des actrices les plus puissantes que j’ai rencontrées dans ma vie. On vient de tourner un film ensemble en actrices. C’était cool de la retrouver. Elle est très puissante, très intelligente et très brillante dans son jeu, très impressionnante à filmer. En fait, le rôle a été écrit en Anglais, parce qu’on devait tourner à Berlin. J’aimais bien parler de plusieurs personnes qui se croisent et que personne ne parle Français pour Paz, je trouvais ça intéressant. Et donc, je ne cherchais pas une Française, je cherchais une Anglaise, une Espagnol, une Italienne, n’importe qui pouvant jouer ce rôle. Et puis, Noémie a passé les essais en Anglais, et elle a quand même un super accent parce qu’elle le travaille beaucoup. Du coup, je me suis dit      « on ne saura jamais d’où elle vient, on s’en fout ». On garde l’idée qu’elle soit en langue anglaise et on filme ce personnage qui est d’autant plus fascinant parce qu’on ne sait pas d’où elle vient.

QH – Comment avez-vous fait pour filmer sous l’eau?

ML – J’ai très peur de l’eau. Ce n’est pas du tout mon élément. J’ai dû me faire violence. J’ai dû plonger quand je suis arrivée à Oman. Je ne savais pas du tout comment j’allais filmer sous l’eau, donc, j’ai dû plonger. En plongeant, je me suis rendue compte que j’avais envie de filmer les bulles et j’avais envie de filmer de profil. J’ai fait tout mon découpage technique sous l’eau, puis, je suis vite remontée à la surface et je n’ai plus jamais plongé. Après, j’avais une équipe B et donc le weekend, on faisait ces scènes là avec des mecs supers qui ont l’habitude de tourner avec Guillaume Néry, qui est le champion d’apnée en France. Donc, ils ont l’habitude de ça. On a parfois tourné à 30 mètres. Donc, moi, je restais sur le bateau. Gilles a fait ses propres cascades parce qu’il détient son brevet.
Maria, pareil, aussi phobique que moi, et premier jour de tournage sous l’eau avec une vitre et impossible de remonter à la surface (NDRL – scène où le personnage de Paz est sous l’eau). Donc, ça c’était bien difficile. Ils se sont entraînés en bassin, donc après, on est partis en pleine mer et on a tourné avec une toute petite équipe. Ils plongeaient et on faisait des images et ils remontaient à la surface, je regardais tout et après je leur disais « je veux ça, ça et ça ».

QH – Y a t-il une scène qui vous a marqué pendant le tournage ?

ML – Je ne crois pas. On avait peu de temps de tournage et j’étais dans une espèce de tourbillon. Je pense que c’était plus la fascination pour mes acteurs et ce qu’ils m’ont donné. Quand Gilles (Lellouche) téléphone à sa mère, je trouvais qu’il allait là où il n’avait jamais été encore. J’étais complètement raide dingue de ce que faisait María (Valverde). J’avais du mal à dire « coupez ». Je pouvais la filmer pendant des heures. Non, il n’y a pas spécialement de scènes particulières. Et puis, j’improvise beaucoup, donc, on a rajouté plein de choses.

QH – Vous n’étiez donc pas forcément fidèle au scénario que vous avez écrit?

ML – Et bien en fait, je ne suis pas quelqu’un de fidèle – (rire)- ni au livre que j’adapte ni à mon propre scénario. Je pense qu’à un certain moment donné, il faut que les acteurs s’en emparent. Et quand je commence à mettre en scène les choses, je me rends compte qu’il me manque des choses, ou que j’ai envie de tourner des choses. Souvent, ce que j’improvise, parce que j’improvise beaucoup sur mes tournages, souvent c’est dans le film. Et quand je suis en montage, je me dis « mais comment j’ai pu ne pas l’écrire. Ce sont les acteurs qui me les inspirent, toujours dans ce sens-là.

QH – Quand vous écriviez le scénario, avez-vous des acteurs en tête pour les rôles principaux ?

ML – María, non parce que je voulais une actrice espagnole et je n’avais personne en tête et Gilles, à un certain moment donné, je me suis posée la question si il ne fallait pas faire l’inverse, un acteur anglais. Je me posais la question si je n’allais pas pousser ce concept de deux cultures différentes qui se retrouvent à Paris. Et finalement, j’ai pensé à Gilles parce que je voulais un personnage très terrien et pas spécialement artiste intello. Je voulais qu’il soit rassurant fort et présent. Et María, j’ai vu plein de casting et pleins d’essais et j’ai eu un coup de foudre total pour elle, parce que quand elle interprétait la même scène que tout le monde interprétait, elle le faisait avec un sourire, et que pour moi Paz, elle a plein de joie en elle aussi.

QH – Paz est un personnage difficile, est-ce que vous comprenez ses choix ?

ML – Mais moi, je suis Paz un peu, donc j’ai écrit ce film en réglant pas mal de choses de ma vie et de mes ressentis. Ce n’est pas que je la comprends, mais j’aimerais qu’on l’a comprenne. Je pense qu’on est dans un moment très dangereux dans le monde d’aujourd’hui, en faisant passer comme message que la femme moderne est une femme libre. Je pense que la femme moderne a simplement réussi à avoir quelques droits qu’elle n’a pas eu pendant 2000 ans d’oppression. Elle a juste le droit de voter et de faire un métier qu’elle aime comme les hommes le font depuis des siècles. Après, elle n’a pas tellement le droit de faire tout le reste. Elle n’a pas le droit de se sentir oppressée en tant que mère. Elle n’a pas le droit d’avoir envie de voyager et de traverser le monde. Une femme, qui voyage toute seule aujourd’hui, a très peu de chance de survie quand même, et tout ça reste encore des vraies problématiques. Je parle des pays libres, je ne parle même pas de l’Inde ou une femme se fait violer toutes les 4 secondes. Je ne parle pas des femmes battues, où il y en a une qui meurt tous les deux minutes dans le monde. Je ne parle pas des femmes voilées. Je ne parle pas des femmes oppressées. Je ne parle pas des femmes qui n’ont aucun droit. Je ne parle pas de toutes ces communautés où la femme est « objet ». Je voulais faire un film sur la femme moderne qui ne l’est pas, qui pense l’être et qui finalement est obligée de faire un choix terrible. Paz, normalement, devrait partir avec son mari qui la comprend et revenir en étant heureuse d’avoir vécu ce qu’elle a vécu. Elle n’est pas censée partir en larmes, en ayant l’impression d’abandonner tout le monde.

QH – C’est important les enjeux de la femme pour vous aujourd’hui ?

ML – C’est-à-dire que quand on est une réalisatrice femme, autant se servir de ce qu’on ressent pour parler de ces sujets-là oui.

QH – Est-ce que vous aimeriez écrire un scénario original sur une femme puissante ?

ML – Mon prochain film va parler de désir, désir féminin, tout ce que ça représente. Et le film d’après est carrément féministe et je me pose la question de savoir comment faire ultra féministe aujourd’hui. Je crois que pour faire un film ultra féministe aujourd’hui, il faut parler du passé. Donc, je vais faire un film d’époque.

QH – Parlez moi de votre film Galveston?

ML – J’ai Elle Fanning qui est mon actrice principale et j’ai réussi à réécrire beaucoup de choses pour qu’elle existe un peu plus que ce qui était prévu.

QH – C’est votre premier film de langue anglaise en tant que réalisatrice, comment s’est passé le tourner?

ML – Fatiguant, épuisant, déroutant, passionnant. J’adore avoir la possibilité de tourner partout dans le monde et d’avoir un choc de culture à chaque fois que je vais quelque part et de m’adapter. Moi, je pense que je suis quelqu’un qui sait s’adapter facilement. Quand on va travailler aux États-Unis, on a intérêt à s’adapter, on a intérêt à laisser son ego en France et accepter que l’on va travailler complètement différemment. J’ai appris beaucoup ; je ne sais pas si je me suis sentie toujours libre, mais en tout cas, j’ai appris à recréer de la liberté avec d’autres règles.

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Crédit photo : Brian De Rivera Simon

QH – Ce n’est pas du tout la même chose de tourner en France par rapport aux États-Unis?

ML – En France, le réalisateur est roi. Aux États-Unis, c’est un technicien. Il n’a pas le Final Cut. Ça change tout.

QH – Avez-vous réussi à avoir le Final Cut?

ML – Je ne l’ai pas officiellement, mais je m’entends tellement bien avec mon producteur Tyler (Davidson). On se parle, on fait les choses ensemble. Mais, c’est très nouveau pour moi.

QH – Est-ce une expérience que vous aimeriez renouveler prochainement?

ML – Oui, en étant à la base du scénario un peu plus. En ayant plus de liberté avant de tourner les choses, savoir ce que je vais tourner, être sûr de mon sujet.

QH – Vous êtes comédienne, scénariste, réalisatrice. Comment arrivez-vous à gérer toutes ces casquettes?

ML – Sans avoir l’impression de les gérer, je crois. Je fais ce que j’ai envie de faire, ce que j’ai dans la tête et je réalise pas mal de rêve sans me poser trop de questions, en fait. Si je m’en posais trop, je ferais beaucoup moins de choses. Je ne me pose aucune question, je fais et après je vois. Et dès que j’ai fini quelque chose, je n’ai qu’une envie, c’est de recommencer et surtout de m’améliorer. Ce que j’aime dans ce métier, c’est l’extension à l’infini de ce qu’on apprend et de ce qu’on transforme et la maturité qu’on acquière visuellement, ce qu’on apprend partout et qui change au fur et à mesure des films. Ça c’est passionnant.

QH – Y a-t-il quelque chose qui vous passionne plus que l’autre?

ML – J’adore l’écriture, j’adore ce moment tellement particulier où tout est possible.

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Crédit photo: Brian De Rivera Simon
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L’immigration au Québec, le PQ dévoile sa stratégie pour passer de l’échec au succès

Baba-Idriss FOFANA

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Couverture du document: Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023 présentée par le gouvernement québécois

Une semaine après la Coalition avenir Québec (CAQ), c’était au tour du Parti Québécois (PQ) de mettre les pieds dans le plat de l’immigration. Mardi, en direct de la permanence du parti à Montréal, les péquistes ont présenté leur stratégie « Pour passer vraiment de l’échec au succès ». Pendant ce temps, les libéraux n’ont pas chômé. Constamment critiqué au cours de cette conférence du PQ sur leur échec a trouvé des solutions sur la crise de la main-d’œuvre qui secoue le Québec, le gouvernement Couillard a profité pour dévoiler sa Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023.

Pas étonnant que la question de l’immigration continue d’alimenter le débat politique au Québec. À moins de cinq mois de l’élection générale, chaque parti profite de chaque occasion pour se faire de la place. Surtout lorsque le sujet polarise, certains profitent des failles du plan de l’adversaire pour présenter leur solution. Et le Parti québécois estime que les solutions proposées par la Coalition avenir Québec, la semaine dernière, sont « insensées ». En retour, le chef Jean-François Lisée et son équipe ont annoncé avoir des « propositions réalistes et pragmatiques » pour répondre directement aux pénuries d’emplois; pour s’assurer que les candidats à l’immigration disposent d’une connaissance suffisante du français; qu’ils adhèrent aux valeurs et aux lois québécoises.

Libéraux et caquistes : Lisée enfonce le clou !

« Aujourd’hui, on a le grand plaisir de vous présenter le document le plus complet, le plus réfléchi que le Parti québécois présente sur la question de l’immigration. Une question qui est important, essentielle dont les éléments et les variables changent un petit peu. Contrairement aux discussions qu’on pouvait avoir il y a quatre ans, nous sommes en ce moment aux prises avec une pénurie de main d’œuvre notamment dans les régions québécoises. Dans la réflexion que nous devons mener pour la résolution de ses problèmes-là, nous devons nous adapter à cette nouvelle problématique tout en ayant en tête le succès du parcours de chaque nouveau québécois ainsi que le succès du français comme langue officielle et commune des québécois », a déclaré d’entrée de jeu, M. Lisée.

Notre solution à nous, elle est pragmatique, elle est réaliste, elle ne dépend pas de l’avis du gouvernement fédéral. Elle dépend entièrement de notre capacité d’agir pour le français, notre capacité d’agir pour les régions, notre capacité d’agir pour assurer le succès de chaque immigrant qu’on reçoit.

   – Jean-François Lisée, chef du PQ

Selon lui, les propositions de son parti « pour vraiment passer de l’échec aux succès », sont un ‘’contraste énorme’’ entre un bilan de 15 ans de gouvernement libéral qui a « échoué à répondre aux besoins de main d’œuvre en région, échoué à retenir les nouveaux Québécois ». « Le gouvernement libéral a échoué aussi à sélectionner les immigrants francophones, son objectif c’est d’avoir seulement 15% des travailleurs qualifiés qui ne connaissent pas le français. Or, il y en a plus de 40% qui ne le connaissent pas. Et au total dans l’immigration québécoise, il y a 60% des nouveaux arrivants qui ne connaissent pas le français au point d’entrée. Comme vous le savez, seulement une minorité d’entre eux prennent des cours de francisation et 90% de ceux qui prennent les cours de francisation échouent », a-t-il affirmé.

La ‘’voie rapide’’ pour l’obtention du CSQ…

Enfonçant le clou, le chef péquiste croit savoir que la solution n’est pas de faire venir 50 000 ou 55 000 immigrants chaque année au Québec. Car, a-t-il déploré, « on a beau en faire venir 50 000 ou 55 000, si le tiers ou la moitié quitte après quelques années, c’est un échec complet pour la société d’accueil et pour ces candidats à l’immigration ». Pour Jean-François Lisée, la proposition de la CAQ en la matière est « irréalisable » puisqu’il repose entièrement sur la volonté d’un autre gouvernement du Canada de créer une nouvelle catégorie d’immigrant temporaire de trois ans qui, après, pourrait devenir sans statut s’il ne passe pas un des trois tests de la CAQ. « C’est un programme qui ne se réalisera jamais. S’il se réalisait, ça empirerait la situation notamment du français », a laissé entendre M. Lisée.

Ainsi, le Parti québécois se propose d’améliorer la régionalisation de l’immigration et faire en sorte que 25% des nouveaux Québécois puissent s’installent en région si le PQ gagne l’élection du 1er octobre prochain. A cet effet, les péquistes entendent utiliser la ‘’voie rapide’’ qui existe déjà pour sélectionner des travailleurs temporaires.

Stratégie en région, face au vieillissement de la population !

« On considère que la voie la plus facile pour sélectionner des gens qui répondent à nos besoins en main d’œuvre ici au Québec, c’est en passant directement par les employeurs. Les employeurs sélectionnent déjà aujourd’hui des travailleurs temporaires et grâce au Programme pour une expérience québécoise (PEC). Ce programme a fait ses preuves, on souhaite le rendre permanent pour être en mesure de répondre aux besoins en main d’œuvre », a annoncé la députée péquiste Catherine Fournier, également porte-parole du parti en matière de diversité.

Le principe du programme qui est la voie rapide pour l’obtention d’un CSQ, on souhaite également l’appliqué pour les étudiants étrangers de sorte que quelqu’un qui voudrait rester au Québec après ses études puissent obtenir plus rapidement son CSQ, parce que quand ça prend trop de temps, ça décourage et la personne peut finalement retourner dans son pays d’origine. Alors nous on souhaite garder ces talents chez nous. 

   – Catherine Fournier, députée péquiste

Abordant la question démographique, notamment le vieillissement de la population confronté à la pénurie de main-d’œuvre dans les régions, le porte-parole péquiste en matière de développement des régions et de décentralisation, Sylvain Gaudreault, a dénoncé le faible nombre de point accordé aux immigrants qui envisagent s’installer au Québec. « C’est une aberration de constater aujourd’hui que 90% de l’immigration s’installent dans la grande région métropolitaine et que dans la grille de sélection actuelle un immigrant qui veut travailler en région reçoit seulement deux points de plus sur les 99 points que s’il dit qu’un emploi est valable pour lui à Montréal ».

J’ai immigré de l’Asie, je suis née pendant la guerre du Vietnam. Il y a une quarantaine d’année que je suis au Québec. À mon arrivée, j’ai été adoptée par une famille qui était en région, en Montérégie. J’ai fait mes études à Rimouski, j’ai fait toute ma carrière en région. Ma municipalité où je travaille en ce moment, sur 6 employés il y a 3 qui sont issus de l’immigration et ils sont à des postes assez stratégiques.

   – Ève-Mary Thaï Thi Lac, vice-présidente du PQ

Le PQ souhaite donc « doubler le nombre de point pour l’immigrant qui souhaite s’installer en région », étendre à toutes les régions le programme « un emploi en sol québécois » initié par la Fédération des chambres de commerce (FCC) et qui vise à encourager les personnes déjà installées à Montréal, à partir en région. « Ça date de l’automne dernier, c’est un projet pilote qui marche bien. Déjà, il y a eu 2500 emplois disponibles dans différentes régions du Québec. Mais le problème, ce programme ne s’applique pas dans certaines régions, nous allons le pérenniser et l’étendre dans toutes les autres régions où le programme ne s’applique pas encore », a indiqué M. Gaudreault, tout en annonçant l’ouverture des bureaux du ministère de l’Immigration qui ont été fermés dans les régions depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir. « Ce qui est complètement absurde », a-t-il critiqué.

CV cachés pour aider au recrutement des immigrants qualifiés!

Le débat sur l’immigration ne peut épargner toutes ces personnes qui sont déjà surplace au Québec et qui peinent à avoir un emploi dans leur domaine de compétence. Sur la question, le président du Comité de la diversité du PQ et candidat dans Saint-Henri Sainte-Anne, Dieudonné Ella Oyono, pense qu’il y a de « l’espoir ». Présent au Québec depuis 18 ans, cet économiste dit avoir travaillé avec ses diplômes obtenus à l’extérieur du Québec que ce soit au gouvernement ou à la Ville de Montréal. « Les diplômes que j’ai eu à l’extérieur ont été reconnus », a-t-il avoué.

L’idée, ce n’est pas d’offrir des emplois à ceux qui ne les méritent pas mais donner la possibilité d’avoir une entrevue. Au cours de toute ma carrière, ceux qui ont eu la chance d’avoir une entrevue ont été recrutés parce que les gens que le Québec va chercher à l’étranger sont compétents. – Dieudonné Ella Oyono, président du Comité de la diversité au PQ

Néanmoins, M. Oyono reconnaît également que depuis ces 15 dernières années, sous les libéraux, « les gens n’ont même pas la chance d’aller en entrevue, parce qu’on ne reconnaît pas leur diplôme et leur compétence acquise à l’extérieur ». Pire, précise le péquiste de la diversité, on leur exige une expérience québécoise qu’ils n’ont pas. « C’est pour cela, il y a quelques semaines, le Parti québécois a déposé le projet de loi 998. En gros, c’est un problème qui se doit d’être réglé et l’une des façons de le régler, ce sont les CV anonymes », a-t-il fait valoir.

En attendant que les ‘’rêves péquistes’’ se réalisent, ceux qui gouvernent encore le Québec ont dévoilé, mardi 22 mai, la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023. Selon le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, elle résulte d’une vision concertée de l’ensemble des partenaires du marché du travail. La Stratégie annonce plus de 1,3 millions de postes à pouvoir d’ici 10 ans, pour 1,3 milliard de dollars d’investissement sur cinq ans dont près de 400 millions de dollars pour « améliorer la flexibilité et l’agilité des compétences ».

Cette annonce gouvernementale, pour en finir avec la pénurie de main-d’oeuvre, porte à croire que le Québec devra maintenir voire augmenter le nombre d’immigrant a accueilli dans la province. Or, il se trouve que la CAQ et le PQ sont prêts à réduire le taux actuel lorsqu’ils parviendront au pouvoir. Cela dit, le dernier mot le dernier mot reviendra au parti qui aura gagné le scrutin du 1er octobre 2018.

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Couverture du document: Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023 présentée par le gouvernement québécois
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Montréal mise sur un groupe de leaders pour attirer les congrès internationaux

Redaction Avant Premiere

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Palais des congrès de Montréal (Groupe CNW/Palais des congrès de Montréal)

La mission du groupe sera d’établir des liens avec des influenceurs qui contribueront activement à confirmer des congrès internationaux d’envergure à Montréal, au Palais des congrès.

Un prestigieux comité d’experts a été réuni, le 3 mai, par le Palais des congrès de Montréal. Ce groupe de leaders représentent huit des principaux secteurs d’activités de la métropole au sein du nouveau Comité stratégique multisectoriel.

Ce prestigieux comité d’experts regroupe les membres suivants :

  • Frank Béraud, président-directeur général de Montréal InVivo
  • Mathieu Charbonneau, directeur général de CargoM
  • James J. Clark, professeur au département de génie électrique de l’Université McGill
  • Fabrice Labeau, premier vice-principal exécutif adjoint intérimaire – études et vie étudiante – à l’Université McGill
  • Marie Larue, présidente-directrice générale de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail
  • Maryse Lassonde, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies
  • Serge Marchand, directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec – Santé
  • Louise Poissant, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec – Société et culture

Selon le classement publié par l’International Congress and Convention Association, Montréal accueille le plus grand nombre d’événements internationaux en Amérique du Nord.

  Un prestigieux comité stratégique multisectoriel est mis en place  (Groupe CNW/Palais des congrès de Montréal)

Ces dirigeants de haut niveau deviennent ainsi des collaborateurs d’une grande importance dans l’identification d’un chercheur, d’un scientifique ou d’un influenceur du monde des affaires qui pourrait faire la différence dans les discussions entourant le choix de la destination du prochain congrès d’une association internationale ciblée.

Montréal est reconnue comme une grande ville internationale de savoir et attire des congrès internationaux qui permettent aux chercheurs et spécialistes d’ici d’échanger avec leurs pairs venus de tous les continents. Le Palais des congrès de Montréal travaille en très étroite collaboration avec ses Ambassadeurs et partenaires afin de valoriser les grands secteurs de l’économie montréalaise et québécoise.

Par ailleurs, finaliste au prix du Meilleur centre de congrès au monde (AIPC) et détenteur de la plus importante certification mondiale de l’industrie en normes de qualité, le Palais des congrès de Montréal possède tous les atouts nécessaires pour recevoir des congrès majeurs avec le professionnalisme et la créativité qui caractérisent la métropole.

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Palais des congrès de Montréal (Groupe CNW/Palais des congrès de Montréal)
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Économie collaborative – les failles du modèle québécois

Baba-Idriss FOFANA

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Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

À l’image de Uber et Airbnb, les plateformes collaboratives tentent de révolutionner le modèle capitaliste dans le monde. Le Québec entend se positionner comme un « acteur majeur » dans le modèle d’économie de partage avec ses coopératives, mais la province peine à se définir. Résultat : le terme « économie collaborative » est utilisé à toutes les sauces par les médias et les start-ups. Pour comprendre, Espaces temps a accueilli, vendredi 4 mai, dans le Mile End, un panel dans le cadre de ses rendez-vous mensuels Matinées numériques Montréal.

« Lorsqu’on demande aux gens s’ils sont prêts pour l’innovation tout le monde répond oui. Mais la bonne question serait de demander jusqu’où les gens sont prêts à tolérer des bouleversements dans la société? », s’est voulu plus concret l’entrepreneur social Guillaume Lavoie, fondateur de Mission Leadership Québec et du Collège néo-classique.

Selon M. Lavoie qui a développé le premier cours au Canada sur l’économie collaborative et les politiques publiques [qu’il enseigne à l’ÉNAP], les sociétés les plus innovantes sont appelées à vivre avec les bouleversements en permanence. Si Uber et Airbnb sont des plateformes collaboratives qui font « peur » de plus en plus, « c’est parce que leur modèle d’affaire bouleverse ».

La vérité, aujourd’hui, c’est que la France est l’endroit dans le monde le plus favorable à l’émergence des startups collaboratives. Ils se sont développé une zone de tolérance. Cela fait prendre conscience au Québec (..).  – Guillaume Lavoie, président du Groupe de travail sur l’économie collaborative (GTEC)

Pour Guillaume Lavoie, il n’y a pas de définition définitive en économie collaborative, ni de définition partagée en économie de partage. Le mot partage, selon lui, est fort. Et là-dessus, rappelle-t-il, le débat a dérapé au Québec, parce que parler de partage fait penser à communautaire, à sans but lucratif, à valeur sociale, à égalité. « Or, partage ne veut pas dire ‘’gentil’’, ça ne veut pas dire ‘’égalitaire’’, ça ne veut pas non plus dire ‘’équitable’’ », a précisé l’expert qui présidente également le Groupe de travail sur l’économie collaborative (GTEC) créé par le gouvernement du Québec.

Selon M. Lavoie, le 2è actif des familles québécoises ne sert à rien 85% du temps. Photo: Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

M. Lavoie croit savoir que ce n’est pas le modèle économique qui manque au Québec. Mais, dit-il, il y a trois freins importants, « profondément engagés » dans la société. Le premier blocage se situe au niveau du manque de financement parce que l’actif n’est pas visible lorsqu’on parle de plateforme collaborative. Déplorant la mauvaise compréhension modèle collaboratif par le secteur financier, il souligne que plusieurs « champions québécois » s’en vont s’installer à San Francisco pour bénéficier de millions de dollars en financement. « Et ça fonctionne très bien là-bas parce qu’ils ont une culture de l’économie collaborative ».

Les plateformes collaboratives nous apportent un choix supplémentaire, très souvent environnemental au regard de la productivité de nos actifs. – Yves Boulet, directeur Projets stratégiques CDRQ

Le deuxième frein serait l’absence de partenaire assureur. D’après M. Lavoie, sans partenaire assureur, il n’y a pas d’économie collaborative. « Ce qui est surprenant, dira-t-il, c’est que le Québec est une terre de grande compagnie d’assurance ». Il cite alors la MAIF, une société d’assurance mutuelle française, comme la meilleure compagnie d’assurance au monde pour l’économie collaborative.

Le troisième frein a levé pour l’émergence des plateformes d’économie collaborative au Québec est d’ordre règlementaire. En la matière, Guillaume Lavoie note qu’il y a un travail à faire. Car pour lui, on ne peut pas appliquer une même loi sur l’économie en général et la transférée à l’économie collaborative. Tout comme il serait impossible, selon lui, d’appliquer la réglementation du taxi à Uber parce qu’il y a un qui présente une offre fermée et l’autre une offre ouverte. « Il faut réglementer les deux. Mais n’oublions jamais que le contexte réglementaire très sévère, flou ou hostile, n’est pas un frein pour les gros joueurs mais pour les jeunes pousses qui ne seront pas capables de pénétrer le marché », a prévenu l’entrepreneur social engagé.

Au dire de M. Lavoie, il faut prendre conscience qu’il est impossible d’encadrer quelque chose qu’on n’est pas prêt à permettre. À l’inverse, poursuit-il, ce serait irresponsable de permettre une pratique sans être capable de l’encadrer.

« On n’investit pas dans ce qu’on comprend mal, on n’assure pas ce qu’on ne comprend pas. Réglementer quelque chose qu’on comprend mal, ça donne de très mauvais résultats ».

Selon lui la promesse générale de l’économie collaborative, c’est de voir une entreprise, une ville être plus productive, plus durable et plus entrepreneuriale. « Productivité, développement durable, entrepreneuriat, ça m’apparaît trois axes ou le Québec peut mieux faire », dit Guillaume Lavoie.

À l’en croire, “le deuxième actif des familles québécoises ne sert à rien 85% du temps”. Il encourage les Québécois à maximiser le potentiel réel des actifs qui existent : les matériels roulants, les outils, les meubles etc.

« À la maison, 85% de tout ce qu’on possède nous sert moins d’une fois par mois. Nous sommes une société magnifiquement productrice et très pauvrement productive. Tous les jours au Québec, dans chaque période de 24h, il y a 25 millions de sièges de voitures vident en mouvement. À Montréal, c’est 15 millions de sièges vident dans une journée », a révélé l’expert en économie collaborative. 

Productivité, développement durable, entrepreneuriat : trois axes ou le Québec peut mieux faire !

Pour sa part, le directeur Projets stratégiques pour la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ), Yves Boulet, se dit tout à fait d’accord sur l’amélioration de la productivité dans une perspective économique des plateformes collaboratives. Il souligne que « les plateformes collaboratives nous apportent un choix supplémentaire, très souvent environnemental au regard de la productivité de nos actifs ».

M. Boulet soutient que Montréal pourrait devenir un « choix majeur » dans ce type d’économie si la province mise sur la dynamique des coopératives.» Il relève à cet effet qu’au cours des cinq dernières années, « la coopération » a eu une augmentation de son chiffre d’affaire de 20% plus élevé que la croissance du PIB. « Au Québec, on a une présence relativement forte et structurée en matière de coopérative. Le mouvement coopératif est très dynamique. (..) Montréal est une ville dynamique et il y a une masse de chercheurs en intelligence artificielle », fait-il valoir.

Plateformes collaboratives, en attendant une compréhension collective au Québec

Le Québec veut s’inspirer du modèle d’économie collaborative français. Photo: Baba I. Fofana/Avant-Première MTL

En même temps, Yves Boulet qui a été qui a été l’un des instigateurs du Laboratoire d’économie coopérative et collaborative à Maison de la coopération de Montréal, souligne une réalité. « Des études démontrent assez clairement qu’une coopérative après son démarrage a un taux de survie [après trois ans, cinq ans, 10 ans] nettement supérieur aux entreprises en général. Cependant, a-t-il indiqué, ce serait limitatif si on ne pense pas à sur le long terme, si on reste dans le partage sans utiliser des plateformes collaboratives ».

De son côté, Guillaume Lavoie ne démord pas en disant que « les coopératives ont encore du chemin à faire ». Mais l’expert se montre quand même optimiste. « Ce ne sont pas des freins pour toujours, c’est là où je vois tranquillement un changement de culture. Plus on va augmenter notre compréhension collective sur le fonctionnement de l’économie collaborative au Québec, plus tous les morceaux vont bien s’aligner ».

Crédit photo:
Baba I. Fofana/Avant-Première MTL
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