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Afrique

Esclavagisme en Libye : Puisqu’il faut parler de l’indicible

Saoud Maherzi

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Libre de droits.

Puisqu’il faut parler de l’indicible, parlons. Mais, non sans raison. En Libye, nous avons appris que, dans la jungle d’un territoire décimé, divisé entre juntes et tribus, on pratiquait l’esclavage. Ceux qui le pratiquent, des passeurs de migrants reconvertis en marchands d’esclaves, sont sans scrupules et profitent d’un climat chaotique pour commercer dans des affaires immorales.

Tout cela est condamnable, bien sûr, et le traitement des migrants africains n’a pas attendu cet extrême éloquent pour être inhumain. On se rappelle des récits de passeurs qui surchargeaient les bateaux de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants pour ensuite en jeter des dizaines délibérément à la mer, quand les vagues se faisaient dangereuses. L’UNICEF a également dénoncé, dans un rapport récent, les abus et sévices subis par les jeunes migrants. Ces dérives, jusqu’à leur finalité tragique de commerce d’êtres humains, sont insupportables. Il faut bien sûr les combattre.

Mais puisqu’il faut user de raison, il est important de ne pas rester bouche bée devant les effets sans chercher les causes d’un tel désastre humain. Trois causes ressortent principalement de l’analyse de la situation.

Il y a d’abord la guerre libyenne de 2011. Une guerre civile, mais également une guerre d’ingérence où la France, sous tutelle de l’OTAN, a participé à la démise du guide libyen et à la mise en place d’un chaos où les anciens rebelles au rang desquels figuraient des islamistes radicaux proches des groupes terroristes, ont repris des territoires qu’ils ont contrôlés depuis par la force des armes. Des armes qu’ils ont notamment reçues de la France, du Qatar avec l’approbation des Etats-Unis et du Royaume Uni. La Libye a fini par être une terre anarchique dans laquelle l’État de droit, la stabilité, la sécurité des citoyens n’ont plus été assurés. L’absence d’un pouvoir légitime central, qui coordonne et renforce la Loi sur le territoire, a fait de la Libye un lieu où ont pu prospérer les groupes terroristes liés à Daech, les passeurs illégaux de migrants et les trafiquants d’armes et de drogue. Lorsque des réseaux de délinquants ont libre accès à leur tentation d’exaction sur un espace où la loi et l’ordre ne sont plus implantés, le contexte de désordre qui se déploie favorise l’installation des pires systèmes d’exploitation, dont l’esclavage. Certains ont cru déceler, à la lumière de la seule observation de la finalité, des motivations racistes. Il existe bien sûr une négrophobie au Maghreb contre laquelle tous les Africains doivent lutter ensemble. Pourtant, elle n’est pas à l’origine de cet esclavagisme en Libye, mais plutôt un effet collatéral. Il suffit de rappeler l’effort politique, économique et éducatif employé par Kadhafi auprès des populations africaines, ou encore son soutien unilatéral de la cause antiapartheid de Nelson Mandela, pour comprendre que le régime libyen, avant 2011, n’a jamais conforté un racisme anti-noir, mais a plutôt investi pour une collaboration panafricaine sur le continent. C’est donc le marasme libyen post-intervention de l’OTAN et le démantèlement de l’État libyen aux profits des multiples factions armées qui constitue une cause principale de la situation actuelle.

La deuxième source d’une telle crise est celle qui, dans les dernières années, a fait affluer massivement des hommes, des femmes et des enfants africains, en situation précaire, dans les mains de passeurs qui les ont exploités. L’ouverture des frontières de l’Europe aux migrants clandestins et les politiques migratoires qui ont consisté à accueillir des millions de migrants, quel que soit leur statut, ont objectivement favorisé le marché des passeurs. Cela a constitué une invitation tacite à la migration clandestine, et donc à l’usage des moyens illégaux, délinquants et dangereux pour accéder au sol européen. L’afflux massif de candidats à la migration clandestine a permis l’extension des réseaux de passeurs qui ont saisi une macabre opportunité pour s’enrichir. Ensuite, lorsque des accords ont été conclus à la va-vite pour endiguer les flux migratoires, les passeurs ont cherché d’autres moyens de s’enrichir avec les migrants qu’ils avaient sous la main. 

La troisième origine de cette faillite humaine est la plus profonde : ce n’est autre que la condition de vie des Africains. Le continent africain figure parmi les plus riches au monde, par ses ressources diverses et abondantes. Pourtant, sa population est la plus pauvre et la plus en danger. Elle est livrée aux risques de la famine, des maladies, des guerres civiles, du travail infantile, des enfants-soldats, et surtout à la pauvreté et à l’absence d’opportunité sur le continent pour les plus démunis. Les raisons d’une telle situation sont sociales, politiques et économiques. Des régimes dictatoriaux, corrompus transigent avec des gouvernements étrangers pour échanger les ressources africaines à bas prix, sans égard pour les conditions de travail des ouvriers. Les revenus de ces ressources ne sont pas redistribués aux peuples africains, dont les infrastructures, les services et les opportunités restent limités. Des guerres civiles sont appuyées et fomentées, des groupements rebelles financés, tout cela dans la bataille pour les minerais de l’Afrique. S’ajoute à cela une croyance profonde chez les populations africaines que l’Europe est une terre de prospérité économique . En conséquence, une partie des Africains veulent partir par tous les moyens.

Aujourd’hui, parmi ceux qui déplorent l’esclavagisme en Libye, certains gouvernements et organisations ont participé et participent encore aux conditions de son essor. La situation en Libye, les politiques migratoires et l’exploitation injuste des ressources africaines ne sont pas des phénomènes qui existent par eux mêmes. Il est des protagonistes bien précis qui feignent d’être ébranlés par une conséquence dont ils ont été le fondement. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », disait Bossuet.  

 

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Libre de droits.

Diplômé de HEC Montréal, Saoud a écrit depuis 2013 dans divers médias. Il dédie le plus clair de son temps libre à la lecture, l’écriture et à la boxe trouvant une cohérence dans l'unité de ces activités. "Find what you love and let it kill you" - Bukowski

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Afrique

Le président Kenyatta comparé à un singe, un Chinois se fait expulsé du Kenya pour racisme

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Un opérateur économique chinois, impliqué dans une affaire de racisme en Afrique, précisément au Kenya, fait l’actualité. En cause, l’homme aurait comparé le président Uhuru Kenyatta à un singe. La colère est montée d’un cran…

Liu Jiaqi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, aurait traité les Kenyans et leur président de singe. « Un homme d’affaires chinois a été arrêté au Kenya après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo où il compare les Kenyans et leur président Uhuru Kenyatta à des « singes », a déclaré jeudi le service de l’Immigration kenyane à Nairobi.

Dans une petite vidéo partagée sur les réseaux sociaux dont Twitter, l’homme, qui semble se disputer avec un de ses employés, profère une série d’insultes racistes. « Tous, tous les Kényans… Comme un singe, même Uhuru Kenyatta. (..) Ce n’est pas ma place ici. Je n’aime pas cet endroit, des gens comme des singes, je n’aime pas leur parler, ça sent mauvais, et pauvres, et stupides, et noirs. Je ne les aime pas », l’entend-on dire dans la conversation enregistrée.

« Tous, tous les Kényans… Comme un singe, même Uhuru Kenyatta. (..) Ce n’est pas ma place ici. Je n’aime pas cet endroit, des gens comme des singes, je n’aime pas leur parler, ça sent mauvais, et pauvres, et stupides, et noirs. Je ne les aime pas »

– Liu Jiaqi, homme d’affaires chinois expulsé du Kenya.

C’est suite à ces propos qualifiés de racistes, que des internautes ont essayé d’alerter l’immigration kenyane via twitter. Aussitôt informées, les autorités kényanes n’ont pas tardé à mettre le grappin sur l’homme d’affaires chinois. Au courant de la journée du jeudi 6 septembre, Immigration Kenya a annoncé l’arrestation M. Jiaqi et plus tard de son expulsion vers son pays d’origine après avoir pris le soin d’annulation son permis d’exercer au Kenya. 

Depuis lors, les autorités Kényanes ont lancé une mise garde. Tout en déclarant le racisme « persona non grata » sur le sol Kenyan, Immigration Kenya estime que la mesure d’expulsion de l’homme d’affaires Liu Jiaqi devrait fait cas d’école, dans la sensibilisation sur ce fléau.

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Actualités

Montréal – Cap Haitien : Entrepren’Elle retourne aux sources pour innover

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Crédit Photo: Baba I. F /Avant-Première MTL

Passé le temps du « goudougoudou » [tremblement de terre en créole] et les interminables crises politiques, la Québécoise d’origine haïtienne, Luckny Guerrier, a lancé la Mission Exploratoire Économique Entrepren’Elle (M3E) afin de sortir la jeune femme haïtienne du secteur informel. Une initiative qui passe selon la Cheffe de mission par un « retour aux sources » de la diaspora pour non seulement s’impliquer, mais aussi se ressourcer pour mieux rebondir.

Avant le « Retour aux sources », du 4 au 11 mars 2018 au Cap-Haitien [deuxième grande ville d’Haïti], Luckny Guerrier nous a reçu au « Casserole Kréole » pour nous en dire un peu plus sur ses « motivations entrepren’Elle ». « Cela fait déjà trois ans que nous existons. Les deux premières éditions ont eu lieu à Port-au-Prince. Suite à une invitation de Mme Dieudonne Luma [1ère femme sénatrice d’Haïti], cette année, j’ai décidé de sortir de la capitale pour aller dans les régions et mieux connaître les réalités des jeunes femmes dans le reste du pays », précise la Cheffe de Mission Entrepren’Elle qui entend « créer une alliance entre les femmes du Québec et d’Haïti ».

La diaspora et ses racines : rectifier le tir

C’est justement dans ce cadre qu’une conférence se tient, jeudi 22 février, sous le thème « Entrepreneuriat, Innovation et Créativité au féminin : Retour aux sources », au Centre des Arts de la Maison d’Haïti, à Montréal. Et pour Mme Guerrier, le retour aux sources, n’est rien d’autre qu’une « reconnexion avec ses racines ». Car pour elle, « pour mieux créer et mieux innover, il faudra connaître d’où l’on vient pour savoir où l’on va ». « Je crois que les jeunes de la diaspora ont besoin d’une connexion avec leur origine pour mieux avancer au Québec ou au Canada. J’ai décidé d’utiliser la voie de l’entrepreneuriat féminin pour pouvoir atteindre cet objectif », dit-elle avant de souligner les raisons qui ont motivé le choix de la première vice-présidente du Québec, Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique en qualité d’invitée d’honneur.

Des modèles de femmes à jour…

Luckny Guerrier

Luckny Guerrier, Cheffe de la M3E, prône une alliance entre les femmes du Québec et d’Haiti. Photo : Baba I. Fofana

À en croire Luckny Guerrier, les jeunes femmes de la diaspora haïtienne doivent commencer à avoir des modèles à jour. « Et je peux vous dire sans risque de me tromper que Mme Anglade est un modèle à jour pour ces jeunes femmes. Non seulement son profil et son parcours inspirent les femmes au Québec et en Haïti, mais aussi c’est une Haïtienne qui pense au développement de son pays d’origine. En plus, elle est ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la stratégie numérique. Chose qui cadre avec le thème de cette troisième Mission Exploratoire Économique (M3E) », soutient celle qui pense que les populations haïtiennes doivent se réveiller et se prendre en main.

« Qu’on arrête de s’impliquer aux côtés des hommes politiques et se consacrer à nos propres affaires. L’entrepreneuriat est une solution qui pourra aider à relever les femmes et le pays. Une fois que le secteur économique ira mieux, tout ira de mieux en mieux pour chaque Haïtien », conscientise Mme Guerrier tout en reconnaissant que l’entrepreneuriat au féminin ne date pas d’aujourd’hui en Haïti. « Sauf que, poursuit-elle, la majorité de ces femmes évoluent dans l’informel. Je pense que cela est une réalité dans la plupart des pays du Sud. C’est ce que nous voulons changer ».

Entre intentions et actions

Sachant qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions, la Cheffe de M3E compte passer à l’action, lors de la conférence du 7 mars prochain, dans la ville du Cap en abordant spécialement la question de l’accès au financement. « Nous allons voir comment les femmes peuvent avoir un accès facile au financement de leur projet. Cette problématique est une réalité en Haïti tant bien du côté des femmes que des hommes. Nous allons également aborder la question des outils en matière de création d’entreprise avec le plan d’affaire et initiés des ateliers sur le business model. Mais aussi, on aura un défi de créer collectivement un incubateur cette journée-là », rassure Luckny Guerrier, ex-déléguée de la diaspora du Gouvernement jeunesse d’Haïti.

Luckny Guerrier

Mme Guerrier veut reconnecter Haiti et « ses origines africaines ». Crédit : Baba I. Fofana

Celle qui est née au Canada, qui y a étudié et travaillé dit être tombée en amour pour Haïti après avoir participé à la Semaine de la diaspora en Haïti et au premier Forum jeune avec Élan Haïti en 2014. Avec sa compagnie M3E, la jeune « Guerrier » a « élu domicile dans l’avion » pour pouvoir étendre sa toile dans le monde entier, mais aussi de pouvoir connecter Haïti à ses racines : « Je n’ai jamais créé d’événements à Montréal, parce que mon bureau est dans l’avion. Je suis plus dans les projets à l’international. J’ai décidé de commencer par Haïti. Mais mon objectif, c’est de travailler à travers le monde, surtout aller vers mes racines ». Et aller vers ses racines, c’est aussi « le retour à la source » en Afrique : avec l’ambition de conduire une toute première Mission Entrepren’Elle sur le continent en 2020.

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Crédit Photo: Baba I. F /Avant-Première MTL
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Afrique

Appli « Lucie », une innovation dans l’alphabétisation en Afrique

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Photo libre de droit

Comme dirait l’adage, c’est dans la difficulté que naissent les miracles. Et ça, Raïssa Banhoro l’a compris. Son application mobile « Lucie » : (Leçon Unique Conçue pour l’Innovation dans l’Enseignement) a remporté le Prix « RFI Challenge App Afrique » 2017, remis à Abidjan le 11 octobre. Un concept qui a pour vocation de soutenir le développement de services numériques innovants au service de l’éducation des filles en Afrique

Selon la créatrice, Lucie offre – à travers une technique d’alphabétisation qui s’adapte au profil des utilisatrices et à leurs besoins – plusieurs modules de cours avec assistance vocale visant à donner aux apprenantes les rudiments d’une alphabétisation réussie. Dotée d’une ardoise et une calculatrice numérique, l’appli permet aux utilisateurs de s’y retrouver facilement. « Depuis 2015 que j’ai pensé ce projet, je lutte pour réduire le taux de l’illettrisme en côte d’ivoire », nous confie Raïssa Banhoro, développeuse d’application.

Capture d’écran vidéo de l’application « Lucie ».

Pour récompenser ses efforts, une bourse de 15 000€ – (environ 22 000 $ CAN) destinée au développement de son service numérique, et notamment en mobilité, à travers l’Afrique francophone – a été remise à la lauréate Prix « RFI Challenge App Afrique ». « Ce prix me permettra donc de déployer le projet sur le territoire ivoirien », précise la gagnante.

Si Raïssa se dit particulièrement « fière » d’avoir gagné ce prix. Toutefois, l’Ivoirienne reconnaît « le travail d’équipe » : « Avoir gagné ce prix me rend fière et me conforte à cette idée qu’un travail bien fait se fait en équipe ». C’est pourquoi, la conceptrice de Lucie tient à encourager les filles. « À toutes les filles, je leur dirais d’oser et de s’entourer de bonnes personnes ».

Rappelons qu’à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, l’institut de statistiques de l’UNESCO a révélé qu’il reste encore 750 millions d’adultes analphabètes, dont deux tiers de femmes. Cela montre à quel point l’application Lucie pourrait jouer un rôle important dans la lutte en Afrique.

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