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Théâtre

Florent Siaud ressuscite les entéléchies de Britannicus

Hanen Hattab

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Au terme d’un travail laborieux qui a duré deux ans sur un texte coriace, le metteur en scène Florent Siaud a dévoilé au public du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) le Britannicus du XXIe siècle.

Le choix de respecter la langue de Racine et les passions que confinent l’alexandrin a été audacieux et mû par une volonté de confronter le verbe d’aujourd’hui à celui du XVIIe siècle, a confié M. Siaud dans un article de La Presse Plus.

L’équipe derrière ce travail magistral a ancré la tragédie romaine intemporelle dans l’air du temps en lui donnant une dimension performative.

Outre l’énergie mesurée et fraîche insufflée par les acteurs dans l’histoire, la scénographie multidimensionnelle et sobre a réinventé la dramaturgie du Britannicus de Racine.

Le narrateur, un élément significatif de la scénographie

Un élément clé s’est ajouté au récit en faisant son apparition graduellement.

Initialement installée comme un décor de plafond, une composition en origami s’est déployée au fil des actes en se montrant réactive à ce qui se déroule sur scène de plusieurs manières.

Prenant finalement la forme d’un rideau aux mouvants organiques et caléidoscopiques, la surface recevait des projections lumineuses qui accentuent l’ambiance aux couleurs ocre doré.

Crédit photo Yves Renaud

Les images projetées des portraits rapprochés des personnages narrateurs ( participants) sur la surface mettaient à nu leurs expressivités et leurs psychologies débordantes.

Ce dispositif présentant une iconographie théâtrale évanescente et fluide a fait suite à une ambiance lumineuse révélant les silhouettes et les visages des acteurs sous les contrastes dramatiques du clair-obscur.

Dans cette ambiance à la fois minimaliste et riche par ses facettes lumineuses et sa trame sonore syncrétique, les interprètes Marc Béland (Narcisse), Francis Ducharme (Néron) et Sylvie Drapeau (Agrippine) ont déchargé avec aisance et lascivité discrète la violence et la volonté de puissance des personnages tragiques.  

Alors que l’œuvre du poète français se veut, entre autres, une interrogation des rapports de pouvoirs entre les individus, le Britannicus du TNM a ravivé les entéléchies de ces caractères humains par sa scénographie enveloppante, les gestes épurés et vigoureux et les intonations à la fois actuelles et inactuelles par l’action du vers racinien.  

Britannicus joue au TNM du 26 mars au 20 avril.

Infos et billetterie

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Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Théâtre

Strindberg confronté aux plumes de neuf auteures québécoises

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Que répondriez-vous à un misogyne notoire qui vous fait la cour? Le croiriez-vous si une féministe réputée tombait follement amoureuse d’un homme aux antipodes de ses valeurs? Ne sommes-nous pas tous habités par cette dualité paradoxale qui éloigne parfois le cœur de la raison et nous pousse à agir par pure passion? Sommes-nous aussi prompts à juger et à condamner en 2019 qu’en 1890?

Strindberg, c’est la réponse de neuf auteures à un antiféministe militant

August Strindberg s’opposait avec violence à la cause des femmes. Sa correspondance permet de suivre pas à pas l’évolution du rapport trouble que ce grand auteur de théâtre entretenait avec « la femme » qu’il qualifiait de « rien d’autre qu’un nid d’oiseau pour les œufs de l’homme. »

Ses trois mariages, avec la femme de lettres Frida Uhl et les comédiennes Siri von Essen et Harriet Bosse, constituent la toile de fond de son existence errante et paranoïaque, marquée par un équilibre nerveux sans cesse compromis.

Afin de clore le Cycle Scandinave du Théâtre de l’Opsis, Luce Pelletier donne, à travers les plumes de neuf auteures québécoises, la parole aux ex-épouses de Strindberg, dans un spectacle où le dramaturge de renom est confronté par les femmes de sa vie.

Le texte de « Strindberg » est coécrit par Anaïs Barbeau-Lavalette, Rachel Graton, Véronique Grenier, Emmanuelle Jimenez, Suzanne Lebeau, Catherine Léger, Marie Louise B. Mumbu, Anne-Marie Olivier, Jennifer Tremblay et August Strindberg.

August Strindberg (1849- 1912), écrivain, dramaturge et peintre suédois.

L’importante correspondance de ce libre-penseur, qui n’a pas passé une journée de sa vie adulte sans écrire une lettre à l’un de ses proches, trace une image proprement fascinante de l’homme, de ses amours, de ses peurs, de ses délires et de la société dans laquelle il vivait.

Contemporain de Freud et de Nietzsche, l’auteur de « Mademoiselle Julie » incarne tous les doutes, toutes les angoisses, toutes les peurs de l’homme du 19e siècle qui assiste à la mort de ses certitudes.

« Strindberg » est une production du Théâtre Opsis.

Les représentations auront lieu du 23 avril au 12 mai 2019 au Théâtre Espace Go.

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