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Hourya, un éros jeté dans le chaos

Hanen Hattab

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Crédit photo Avant Première

Dans le cadre du Festival du Monde Arabe, Leila Toubel, accompagnée du pianiste Mehdi Trabelsi, a joué sa pièce musico-théâtrale « Hourya » sur la scène de la cinquième salle, à la Place des arts le 31 octobre 2017.

En temps de guerre, instinct et fatalité se trouvent face à face, s’opposent ; c’est l’effet de la présence de la mort, de son imminence. Pour donner forme à ce dualisme, le théâtraliser jusqu’à n’en garder que son essence même, Leila Toubel a fabriqué une histoire d’amour entre Houriya et Adam, les deux rescapés d’un attentat suicide. Sur scène, l’actrice a fait de l’idylle une réflexion sur la société tunisienne fantasmant ses pulsions de mort et de vie, souvent dans la douleur et l’absurdité, parfois riant de ses échecs post-révolutionnaires.

Hourya signifie vierge du paradis. C’est aussi un prénom. Par un petit jeu phonétique, Hourya se transforme en Horiya, en l’occurrence, liberté. C’est le mot qui se désidentifie, se libère. Leila en a fait un calembour en ritournelle pour disséquer l’image de la femme dans l’imaginaire arabo-musulman à l’aune de la montée du radicalisme religieux.

L’acteur et pianiste Mehdi Trabelsi. Crédit photo Avant-Première

L’amour, une topique pour raconter l’infernal

La pièce a débuté et s’est achevée avec Leila perchée sur le piano à queue, fière et tenace comme Bou Kornine, la montagne qui surplombe Hammam Lif, sa ville natale (banlieue sud de Tunis). Parce que Leila, la femme, la citoyenne, la rebelle et son franc-parler ne peuvent que faire un avec une Hourya lorsqu’elle se dresse face au dogme religieux. Son corps a parcouru avec vigueur et passion un plancher habité par un pupitre et une chaise renversée. La musique de Mehdi Trabelsi, qui jouait au centre de la scène, est elle-aussi un crescendo résistant, impétueux, haletant, mettant en exergue des cris de colère et de douleur saisissants. L’acteur silencieux, au faciès se modelant aux grés des émotions, portait un complet traditionnel rouge. Il représentait cette couleur du drapeau, du sang autour de laquelle Houriya tourne et erre à la recherche d’une issue.

C’est l’amour, l’amour de la vie, qui hurle entre les débris d’un attentat, dans les radeaux de la méditerranée, les villes assiégées par Daech, dans les histoires de jihad sexuel. C’est un amour qui raconte une période de désillusion, de perte des repères, de l’étouffement de sa parole, de ses espoirs et l’aliénation de ses désirs. Bref, c’est un héros jeté dans le chaos.

Leila Toubel dans Hourya. Crédit photo Avant Première

Désidéologiser en renversant les situations et les mots

Une panoplie de voix déferle du corps de l’actrice, les voix du personnage principal, du narrateur, des morts, des médias, des gens au pouvoir et des gens ordinaires. Leila a incarné subtilement tout ce beau monde et a su restituer le vacarme assourdissant du verbiage politique et social tunisien et celui des guerres du moyen orient. Comme une possédée, son visage était souvent dépourvue d’expression, ses yeux fixaient le vide et ses mots embrassaient toutes les intonations de la douleur, la peur et le désespoir. Les paroles se chevauchent, se superposent s’affrontent dans une joute verbale qui a duré deux heures. Une performance artistique athlétique de l’hystérie sociale collective.

Le public est plongé au cœur de la société tunisienne éclatée par les débats identitaires et meurtrie par l’horrible disparition de ses soldats, politiciens, bergers et migrants fuyant la misère. La pièce relate aussi, avec ironie, quelques épisodes marquants de l’histoire actuelle sous formes de farces, décapant la gravité du moment reconstitué, donnant aux images verbales le pouvoir de déconstruire le sens originel, de se réinventer. N’est ce pas un coup de fouet, au sens figés, aux mots endoctrinants ?

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Crédit photo Avant Première

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Hend Zarrouk

    2 Nov 2017 à 2:07

    Bravo à Leila Toubel et à Mehdi Trabelsi , merci Hanan Hattab pour ce résumé .

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Burkina Faso : le Canada « choqué » par la mort de Kirk Woodman

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Les autorités canadiennes ont appris avec « effroi », jeudi 17 janvier, la mort de Kirk Woodman. Le Canadien originaire d’Halifax qui avait été kidnappé par un groupe armé, mardi 15 janvier, a été retrouvé le corps criblé de balles au Burkina Faso, pays d’Afrique de l’Ouest.

Au nom du gouvernement, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a dit que le Canada est « consterné et profondément attristé » que Kirk Woodman, qui avait été enlevé le 15 janvier 2019, ait été tué au Burkina Faso. « Nous offrons nos sincères condoléances à la famille de M. Woodman en cette période extrêmement difficile », a déclaré jeudi 17 janvier Mme Freeland.

Une « période extrêmement difficile »

Selon le ministère burkinabé de la Sécurité, le corps de Kirk Woodman a été retrouvé mercredi 16 janvier, criblé de balles, dans la province d’Oudalan, non loin de la frontière entre le Burkina-Faso et le Niger. Il a ensuite été conduit à Gorom-Gorom avant d’être acheminé à la morgue de l’hôpital de Dori.

« Nous adressons nos sincères condoléances à la famille et aux proches de M. Woodman. C’est une période éprouvante et extrêmement douloureuse pour eux et ils bénéficient du soutien inconditionnel du Canada. Alors qu’ils pleurent cette tragédie, nous demandons que leur vie privée soit respectée. »

– Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères

En attendant, le Canada a condamné les responsables de ce crime odieux. « Nous travaillons avec le gouvernement du Burkina Faso et d’autres partenaires internationaux afin de rechercher les responsables et les traduire en justice », a indiqué la ministre canadienne des Affaires étrangères, tout en soulignant que « la priorité du gouvernement [canadien] est la sécurité et la protection des Canadiens ».

Kirk Woodman a passé 20 ans de sa vie en Afrique de l’Ouest

Pour rappel, Kirk Woodman était un employé de la société minière canadienne Progress Minerals. « M. Woodman était un géologue hautement respecté, dont la carrière s’est étendue sur 30 ans, dont 20 ans en Afrique de l’Ouest », a commenté le patron de Progress Minerals, Adam Spencer, dans un communiqué.

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Commission scolaire English-Montréal, « que la lumière soit faite » sur les allégations

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La Commission scolaire English-Montréal (CSEM) fait l’objet d’une « grosse » enquête ministérielle sur plusieurs allégations portant notamment sur la gestion des ressources matérielles et humaines ainsi que le climat organisationnel à la CSEM.

C’est la plus importante commission scolaire anglophone du Québec. La CSEM, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, compte 77 écoles et centres de formation pour 44 000 élèves. Afin de dresser un portrait objectif et complet des nombreuses allégations portées à la connaissance du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur concernant la gouvernance et la gestion des ressources à la Commission scolaire English-Montréal au cours des dernières années, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, s’est « rapidement » saisi du dossier.

Des « allégations préoccupantes » selon le ministre Roberge

Dans une lettre en date du 15 janvier 2019 et adressée à la Sous-ministre de l’Éducation, le ministre Jean-François Roberge a autorisé l’équipe des enquêtes ministérielles et réseaux du Ministère à mener une enquête à la CSEM sur les situations rapportées. Celles-ci touchent notamment la gestion des ressources matérielles et des ressources humaines ainsi que le climat organisationnel. « Les allégations portées à l’attention du ministère dans les dernières années à propos de la gouvernance et de la gestion des ressources dans ce dossier sont préoccupantes », s’est inquiété M. Roberge.

Cette enquête administrative, déclenchée en vertu des articles 478.3 et 478.4 de la Loi sur l’instruction publique, a pour objectif de dresser un portrait de la situation et de déterminer les actions à prendre, le cas échéant.

Contrairement au gouvernement précédent, le nouveau ministre de l’Éducation dit vouloir agir sans attendre pour nous assurer que les institutions publiques québécoises soient gouvernées et administrées de façon saine et selon les règles d’éthique. « Nous nous devons d’agir rapidement dans l’intérêt de la CSEM et, par conséquent, des élèves, de leurs parents et des membres du personnel », fait valoir Jean-François Roberge, tout en tenant à « maintenir les liens de confiance » qui existent entre la CSEM et la communauté.

Fin des enquêtes au plus tard le 10 septembre 2019

Même si un travail remarquable se fait auprès des élèves de la Commission scolaire English-Montréal, souligne le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, « il serait dommage qu’il soit entaché par des actes qui ne sont pas acceptables sur le plan de l’éthique ».

À en croire la lettre du ministre, les travaux d’enquête doivent prendre fin au plus tard le 10 septembre 2019 et avoir fait l’objet d’un rapport complet à cette date. « De plus, je demande à obtenir un rapport préliminaire des travaux accomplis au plus tard le 3 juin 2019. Par ailleurs, je demande à ce que l’on porte à mon attention immédiate tout constat qui pourrait exiger, dans les circonstances, qu’une mesure soit prise avant la fin des travaux », s’est voulu on ne peut plus clair le ministre Roberge dans sa lettre.

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« L’appel à lâcher prise », la nouvelle vitrine du tourisme québécois

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Le Québec est riche de destinations culturelles et naturelles que le spectateur découvrira très prochainement à travers une nouvelle série dont la bande sonore sera sublimée par la voix de Charlotte Cardin.

La nouvelle série nommée « L’appel à lâcher prise » mettra en valeur le Québec comme destination touristique. Il s’agit du nouveau projet promotionnel de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec.

La série présente 8 épisodes de 3 à 5 minutes qui mettent en vedette 2 duos de voyageurs au Québec. Les 4 premiers épisodes présentent les échappées des deux globetrotters français Alex Vizéo et Steven Herteleer. Sandra Rodriguez et sa fille Paola Franqui racontent leurs aventures au Québec dans les quatre épisodes qui suivent. À l’automne prochain, l’acteur et blogueur mexicain, Alan Estrada fera découvrir ce que recèle la province pour les voyageurs de l’hiver.

En plus de faire connaître les acteurs de l’industrie, appelés par l’alliance les originaux, le but de cette campagne est de promouvoir le Québec comme destination de bien-être et de découvertes émotives. D’où le titre de la série.

« Le Québec n’est pas une simple destination : c’est une invitation à lâcher prise et à se reconnecter à ce qui compte vraiment », dépeint Martin Soucy, président de l’alliance.

Présenté par la plateforme Québec Original, le premier épisode sortira ce vendredi, 18 janvier. Tous les épisodes seront en ligne sur la chaîne YouTube de Québec Original, dès le 6 mars prochain.

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