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Culture

Interview de Robert Guédiguian et Ariane Ascaride pour son dernier film, La villa

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Pour son vingtième film, Robert Guédiguian a rassemblé sa fidèle troupe d’acteurs et parle de sujets qui lui sont chers tels que la famille, la lutte sociale et l’immigration. La justesse des émotions et la réflexion politique font de ce film une œuvre sensible humaniste et maîtrisée.

Quitterie HERVOUET – Comment vous est venu l’idée du film ?

Robert Guédiguian – Je voulais faire un film qui se déroulerait entièrement dans la calanque de Méjean (Marseille – France) sans jamais en sortir. Je me suis donné cette contrainte. Et puis, pour ceux qui le savent, ça fait 30 ans que je travaille avec les mêmes acteurs de film en film : Ariane (Ascaride), Jean-Pierre (Darroussin) et Gérard (Meylan). Ces trois acteurs sont dans presque tous mes films. Je parle directement à travers eux, donc tout ce qu’ils disent dans le film, c’est moi qui le dis. De plus, ce que disent ces trois personnages, c’est ce que je pense, ce que je crois, ce que je ressens, ce que j’ai vécu. J’ai voulu inclure aussi les réfugiés dans ce film. C’est à mon avis la question centrale de l’humanité aujourd’hui.

QH – Vous avez tourné dans la calanque de Méjean à Marseille. Est-ce que ce lieu est pour vous un personnage à part entière ?

RG – Oui. A mon avis, quand on fait un film sur les rapports humains, il faut un lieu où les gens se retrouvent. Parfois, c’est un immeuble, la place du village. Ici c’est une calanque. Pour qu’une histoire soit bien racontée, il me semble qu’il faut toujours la situer dans un lieu précis. Il faut également faire en sorte que le spectateur ne soit pas perdu dans les différents parcours du film.

QH – Vous venez de Marseille et beaucoup de vos films y sont tournés…

RG – Je crois que l’on peut raconter toutes les histoires du monde n’importe où. Je considère que c’est important, comme philosophie générale, de démontrer cette idée-là, de la réaffirmer en permanence. Les histoires que je raconte peuvent être transposées n’importe où ailleurs. C’est le récit qui est devant jamais l’endroit où on tourne, c’est-à-dire que si vous prenez cette histoire et que vous la mettez dans un fjord en Norvège, ça marche exactement pareil. C’est vrai dans tous mes films.

QH – Vous dites que vous pourriez tourner vos films n’importe où, mais le fait de rester à Marseille cela représente peut-être quelque chose d’important pour vous ?

RG – À l’origine, j’ai tourné là parce que c’est chez moi, avec des décors naturels que je connaissais. Et puis, au bout de 4-5 films, il y a eu un moment consciemment où je me suis dit « je ne vais tourner que là » pour démontrer que l’on peut tourner des histoires différentes à Marseille. J’ai fait des tragédies, des comédies, des films noirs, des farces, des fantaisies, des films historiques à Marseille, donc tout est possible.

QH – Le film a un sujet plutôt dramatique et pourtant certaines scènes sont drôles.

RG – Je crois qu’il faut rire. C’est quelque chose que j’essaye de souvent faire, de prendre le contre-pied, de faire de l’ironie. Dans ce film, on rit surtout à travers le personnage joué par Jean-Pierre Darroussin.

QH – Ariane Ascaride, votre personnage revient après plusieurs années sans voir sa famille. Qu’est ce qui vous a intéressé dans ce rôle ?

Ariane Ascaride – Elle n’a pas du tout envie de revenir, donc dans une certaine mesure, elle n’a pas du tout envie de retrouver ses racines. C’est ça qui m’intéressait beaucoup sur ce personnage. Ce qui est formidable, c’est qu’au fur et à mesure la mer, le paysage, ses gestes de fratrie font qu’elle va accepter de retrouver ses frères mais aussi de se retrouver. Qu’on le veuille ou non, on peut faire tout le travail du monde pour essayer de s’éloigner, de tout perdre de ce qui nous constitue, mais il y a toujours un endroit, un talon d’Achille qui est là et qui fait que si on se retrouve dans une certaine condition, on va y replonger. Elle y replonge donc et y trouve de la force. Elle accepte de recommencer à vivre parce qu’effectivement, ça fait 25 ans qu’elle ne vit pas. Elle retrouve ses frères et sœurs et la fratrie se reconstitue.


Crédit photos: AGAT FILMS & CIE / France 3 CINEMA
QH – Vous avez mentionné que pour vous, la question de l’immigration est la question centrale de l’humanité.

RG – Oui. Je pense qu’on ne peut pas faire un film sans parler de ça. C’est la question la plus cruciale aujourd’hui. On n’a pas le droit de ne pas en parler. C’est la question de laisser mourir des gens qui frappent à notre porte. C’est une question immense à laquelle il faut répondre. C’est notre civilisation qui est menacée par cela. Je jette la pierre à ceux qui répondent négativement, à tous les calculateurs, tous les politiques qui nous racontent des salades qui disent que nous n’avons pas d’argent. Je leur réponds   « notre pays est très riche. Nous devons les accueillir ». Il le faut sous peine de fin de l’humanité.

QH – Vous tournez avec votre femme, Ariane Acaride ; vous tournez avec des comédiens que vous connaissez bien. Quelle est l’ambiance sur le plateau de tournage ?

AA – C’est génial et ça travaille beaucoup.

RG – L’ambiance est détendue. Dans la familiarité, on rigole et on travaille.

AA – C’est le plaisir du jeu. On perd un temps fou au cinéma dans les rapports de pouvoir entre les gens sur un plateau. Nous, on ne perd jamais de temps. On se connaît tous, même les techniciens.

QH – Vous jouez très régulièrement dans les film de R. Guédiguian, cela vous arrive t-il d’intervenir pendant l’écriture du scénario sur votre personnage ?

AA – Ce n’est pas du tout quelque chose qui m’intéresse d’intervenir sur l’écriture du scénario, que ce soit sur les films de Robert ou de quelqu’un d’autre. Sois le scénario me plaît et je dis oui, sinon je ne le fais pas. Ce qui m’amuse est de me plonger dans une histoire et dans un personnage que je ne connais pas.

RG– Je ne pense pas que les acteurs doivent se mêler du scénario. Mais, quoi qu’il arrive, l’acteur va collaborer à l’écriture sur le plateau de tournage car c’est lui qui va incarner l’histoire, qui va s’approprier le personnage, ce qui fait qu’il est un peu co-auteur du film.

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Culture

Notre sélection de sorties cinéma

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La saison du popcorn et des salles obscures commence timidement. Alors, quoi de neuf à l’affiche cette semaine ? Beaucoup de cinéma et de folie !

L’Amour à la plage

C’est une romance tournée par Judith Plamondon et Lessandro Socrates. Le film est sorti ce 14 septembre.

Synopsis :

L’Amour à la plage offre un portrait intimiste de quatre hommes et femmes de 70 ans qui vivent des débuts amoureux. Ces snowbirds québécois migrent chaque hiver pour la Floride en quête de soleil, de chaleur et de compagnie. Derrière leur quête d’amour se cache un désir de profiter de cette deuxième -et ultime- jeunesse qui vient avec la retraite. Avec un humour doux-amer, L’amour à la plage témoigne de leurs tribulations conjugales et autres désillusions, mais surtout, de leur grand besoin d’amour. Car ces vieux amoureux caressent tous l’espoir d’avoir quelqu’un avec qui faire le reste du chemin.

Billetterie et salles

La chute de l’empire américain

Ce drame réalisé par Denys Arcand est sorti le 29 juin 2018.

Synopsis :

Pierre-Paul, 36 ans, intellectuel et docteur en philosophie est forcé de travailler comme livreur pour avoir un salaire décent. Un jour, en allant livrer un colis, il tombe sur une scène de vol à mains armées qui tourne mal : deux morts. Il se retrouve devant deux sacs de sport remplis de billets de banques. Pierre-Paul est confronté à un dilemme: repartir les mains vides ou prendre l’argent et fuir?

Billetterie et salles

Laissez bronzer les cadavres

Hélène Cattet et Bruno Forzani ont réalisé ce western français !

Synopsis :

La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

Adapté du premier roman du même nom de Jean-Patrick Manchette, l’un des auteurs les plus marquants du polar français, voici un western transposé dans un style post-moderne si particulier au tandem derrière le film qui se joue des conventions et apporte du coup un résultat sensoriel inédit.

Billetterie et salles 

Bientôt dans les salles : Quand les pouvoirs s’emmêlent : Un film sur la femme et la laïcité

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Culture

Le Canada fête la culture scientifique

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Nous célébrons aujourd’hui pour la quatrième fois au Canada la semaine de la culture scientifique. À cette occasion, Ottawa réitère son soutien au programme national PromoScience.

À partir du 17 jusqu’au 23 septembre, plusieurs activités et concours mettront en valeur la science et la technologie partout au Canada.

Une semaine de la culture scientifique qui souligne la lecture

David Saint Jaques, l’astronaute de l’Agence Spatiale Canadienne, participe à la compagne 2018, thématisée « Je lis la science! »

Vous pouvez consulter le programme de la semaine de la culture scientifique au Québec ICI

Un concours est notamment lancé pour gagner des livres et des magazines dont la valeur s’élève à 4500 $.

Des subventions pour appuyer les programmes qui promeuvent la science

La semaine a été lancée par Kirsty Duncan, ministre des Sciences et des Sports, au Musée des sciences et de la technologie à Ottawa.

M Duncan a annoncé l’octroi de 11,9 millions de dollars au titre de 163 subventions par l’entremise du Programme PromoScience.

« Les subventions PromoScience aident à inciter les jeunes Canadiens à faire des sciences une partie intégrante de leurs études, de leur carrière et de leur vie. » M Kirsty Duncan.

À noter que PromoScience est sous l’égide du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

Le programme touche en outre à l’accès au travail. Il s’assure « que les Canadiens ont des opportunités d’emploi « qui permettent de concrétiser leur passion des sciences. »

Parmi les plus importants bénéficiaires de ces subventions, on compte l’organisme Actua qui recevra 936 000 $ sur trois ans. Les subventions profiteront aussi aux programmes Parlons sciences, Scouts Canada et la Carleton University.

À savoir :

Dans le budget de 2018, le gouvernement propose un investissement sans précédent. 4 milliards de dollars seront répartis sur cinq ans dans la recherche et la prochaine génération de chercheurs.

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Culture

De Miró aux sciences naturelles : Québec reçoit des expositions exceptionnelles en 2019

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Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et le Musée de la civilisation du Québec (MCQ), en partenariat avec la Ville de Québec, annoncent des expositions exceptionnelles, en 2019, dans la capitale nationale : Miró à Majorque. Un esprit libre. Et Un musée grandeur nature. Cette dernière regroupe deux expositions axées sur les sciences naturelles.

Présentés en 2019, ces événements internationaux sont financés par l’Entente de développement culturel entre la Ville de Québec et le gouvernement du Québec. « En favorisant la prestation d’événements culturels grandioses, nous contribuons à créer une ville attrayante, entraînant ainsi des retombées économiques et touristiques substantielles. Nous l’avons d’ailleurs constaté avec les expositions Alberto Giacometti et Hergé à Québec l’an dernier », a souligné Régis Labeaume, maire de Québec.

La subvention totale de 1 million de dollars, divisée en parts égales entre les deux musées, provient de la Mesure d’aide financière à l’intention des musées d’État pour des expositions internationales majeures, précédemment annoncée lors du renouvellement l’Entente de développement culturel 2018-2020.

De Miró au Musée national des beaux-arts du Québec

L’exposition sur Joan Miró, artiste reconnu mondialement, se tiendra en primeur sur le continent nord-américain du 30 mai au 8 septembre 2019. En partenariat avec la Miró Mallorca Fundació (Espagne), elle comprendra un ensemble exceptionnel de plus de 150 peintures, sculptures et œuvres sur papier, dont plusieurs toiles de grand format et travaux inédits. Il s’agit de la première exposition de Miró au Québec depuis plus de 30 ans.

« Un tel événement de calibre international vient renforcer le statut de destination culturelle de la ville de Québec, au bénéfice de ses citoyens comme de ses touristes »

– Christiane Germain, présidente du MNBAQ.

La sélection d’œuvres rend compte de la période où l’artiste s’est établi à Majorque, où il a été particulièrement prolifique pendant 25 ans, créant plus du tiers de l’ensemble de son œuvre.

Le parcours sera construit autour de quatre grands thèmes représentatifs du travail de Miró et se déploiera dans les quatre salles temporaires du pavillon Pierre Lassonde. L’événement sera accompagné d’une riche programmation d’activités culturelles et éducatives.

Deux expositions d’envergure au Musée de la civilisation

L’événement Un musée grandeur nature se tiendra du 24 avril 2019 au 5 mai 2020. Il regroupera de façon simultanée deux expositions d’envergure internationale : Venenum, un monde empoisonné, du musée des Confluences à Lyon, et Trésors du monde naturel, du Musée d’histoire naturelle de Londres.

« Ce geste d’appui d’une importance majeure nous encourage à développer davantage le potentiel attractif extraordinaire que possèdent nos expositions »

– Michel Dallaire, PCA du MCQ.

La première exposition dévoilera les mystères rattachés aux poisons et leurs utilisations par l’Homme. Les visiteurs pourront même observer en toute sécurité des poisons toujours présents dans la nature, dont des spécimens vivants de serpents, batraciens, arachnides et poissons. En 2017, Venenum, un monde empoisonné a été l’exposition hors beaux-arts la plus visitée d’Europe.

La deuxième présentera quelque 200 pièces d’une richesse scientifique remarquable, dont une page manuscrite de la main de Charles Darwin, le squelette d’un tigre à dents de sabre et un panache du plus grand cervidé disparu il y 8 000 ans. Uniques et inusités, les objets raconteront, à leur façon, l’histoire de l’humanité.

Source : MNBAQ

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