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Économie

Interview – Marie Rougier : « Prendre le virage numérique de votre OBNL, c’est accélérer son developpement »

Baba-Idriss FOFANA

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Marie Rougier, responsable communication et marketing chez memboGo. Photo gracieuseté

À l’heure des technologies de l’information et de la communication, beaucoup d’OBNL n’ont pas encore réussi à faire le “saut proactif” afin d’être plus efficace et productif dans la gestion quotidienne de leurs tâches. Pour en parler, nous avons rencontré Marie Rougier. Elle est la Responsable communication et marketing de memboGo: un éditeur logiciel québécois qui, à travers son logiciel et d’autres initiatives, permet aux organismes à but non lucratif (OBNL) de prendre le virage numérique.

B.I.F : Qu’est-ce que memboGo, est-ce une application ou une plateforme ?

M.R : À l’origine, memboGo vient de « membre ». Au début, dans notre première version, on était spécialisé dans la gestion des membres. C’est maintenant une plateforme très riche qui inclut plusieurs applications, notamment pour gérer les membres, un site web, les événements, les campagnes de dons, les communications, la comptabilité …

Vous parlez de plus en plus de « virage numérique » que doivent prendre les OBNL, en quoi cela consiste-t-il ?

Notre fondateur, Pascal Jarry, a travaillé pendant dix ans avec les OBNL, dont des fondations et des associations professionnelles. Ces dernières avaient des besoins très concrets, comme par exemple, une application pour gérer leurs membres ou pour vendre des billets d’événements. L’objectif final était toujours de faciliter la gestion de leurs activités ainsi que d’offrir une meilleure expérience. Habituellement, ce genre de système sur mesure coûte très cher et seuls les organismes avec un budget significatif peuvent se l’offrir. C’est donc à force de collaboration avec ces organismes que Pascal a réalisé qu’il fallait mettre en place une plateforme qui leur permettrait de profiter de ces fonctionnalités, mais de façon beaucoup plus abordable et accessible. D’où la création de memboGo.

La vision de memboGo, c’est de libérer les OBNL et les associations professionnelles [comme les fondations et les organismes communautaires] de leurs tâches administratives pour qu’ils puissent concentrer leur temps et énergie sur le développement et rayonnement de leurs organisations.

Atelier de formation avec des OBNL pour mieux gérer leurs tâches administratives via le numérique. Photo gracieuseté

Prenons un exemple concret comme la gestion des reçus fiscaux : les créer manuellement puis les envoyer à chacun des donateurs, c’est nécessaire, mais c’est du temps qu’on préfèrerait passer à rejoindre des nouveaux donateurs potentiels. La plateforme permet, entre autres, d’automatiser la création et l’envoi de ces reçus pour permettre de se concentrer sur la campagne de financement. Donc, il y a vraiment une opportunité de productivité et d’efficacité augmentées. Le numérique permet d’atteindre cette efficacité de façon simple. C’est pour cela qu’on parle de « prendre le virage du numérique », parce que c’est au cœur de notre mission. Nous en parlons beaucoup, mais nous ne sommes pas les seuls !

Quelles sont les opportunités que représentent le numérique pour une OBNL ?

Le numérique, c’est une opportunité pour gérer plus simplement son organisation, mais aussi de promouvoir sa mission et de rayonner. Malheureusement, on voit là aussi que les milieux associatifs et communautaires n’utilisent pas ces outils de façon optimale.

Par exemple, la plupart des OBNL ne tirent pas vraiment avantages des médias sociaux. Elles méconnaissent les pratiques SEO (optimisation des moteurs de recherche) et ne peuvent concevoir des sites web efficaces.

Je dirai que la première opportunité du numérique pour les OBNL, c’est de toucher un plus grand auditoire ainsi que de rejoindre leurs publics cibles. La deuxième opportunité, c’est la réduction du coût de gestion : c’est là que memboGo intervient. Avec une gestion numérique, on a moins de tâches, on a moins de frais. On devient efficace et c’est plus d’argent qu’on injecte dans des programmes à impact.

Pouvez-vous nous dire si les OBNL au Québec sont vraiment intéressés par tout ça ?

Une étude menée par le CEFRIO sur l’utilisation du numérique dans l’économie sociale a été publiée récemment. Elle parle de l’utilisation du numérique par les OBNL et les organismes d’économie sociale. Dans l’étude, on apprend qu’il y a quand même un nombre assez élevé d’organismes qui reconnaissent qu’ils manquent d’outils et d’expertise pour prendre le virage numérique.

On a par exemple 77% des OBNL qui n’ont pas de site web transactionnel. Ça veut dire qu’ils ne peuvent pas recevoir de dons à partir de leur site web, ils doivent recevoir les dons par chèques. 82 % n’ont pas de CRM : sans un tel outil ça devient difficile de faire des suivis, de savoir qui est un membre ou un donateur et donc d’être pertinent dans ses actions.

Selon Marie Rougier, « avec une gestion numérique, c’est moins de tâches, moins de frais ». Photo gracieuseté

Mais, on observe un changement dans le milieu : on a de plus en plus d’OBNL qui échangent avec nous sur ces enjeux et comment y faire face. C’est d’ailleurs une tendance mondiale ; on a aussi des utilisateurs en Europe par exemple. Je pense que c’est dû en partie aux changements démographiques : les donateurs se rajeunissent et veulent donner directement à partir de leur cellulaire. En plus, avec la diminution constante du financement public, les OBNL doivent se tourner vers le secteur privé et le grand public qui sont souvent plus sévères sur la gestion des fonds et l’utilisation de leurs dons. Les OBNL ont une pression grandissante et doivent davantage démontrer sur leur efficacité

On parle de plus en plus d’économie sociale/solidaire, d’autant plus que le Québec est un leader mondial en la matière. Avez-vous des perspectives pour faire évoluer ce domaine ?

Oui. On a remarqué que depuis trois ans, il y a une vraie effervescence dans le milieu de l’économie sociale/solidaire. Le plus intéressant pour nous, c’est de voir l’hybridation des modèles. On a des OBNL, des « startups » et des entreprises sociales avec un modèle de revenu comme memboGo. On voit de plus en plus de Coop aussi. À travers ces mutations, le milieu se professionnalise.

Il y a 10 ans, lorsqu’on parlait des OBNL, le stéréotype de l’organisation qui n’a pas les moyens de ses ambitions, mal organisée et pas efficace venait rapidement aux esprits. Mais depuis quelques temps, ça s’inverse.

Comme les modèles de gestion et d’affaires évoluent, certains OBNL opèrent presque comme une entreprise privée, dans le sens où il y a une volonté d’efficacité, où on va parler de retour sur investissement ou de retour sur impact. C’est très positif parce ça donne non seulement de la vitalité et une crédibilité nouvelle au secteur.

Est-ce à dire que si les OBNL veulent continuer d’exister, elles doivent obligatoirement prendre le virage numérique ?

Oui, on pourrait le dire ainsi. Les organismes doivent s’adapter et offrir leurs services et véhiculer leurs messages sur les plateformes et canaux qui touchent la nouvelle génération. Les donateurs qui continuent d’envoyer des chèques aujourd’hui, sont de plus en plus rares. Pour continuer à exister, les OBNL doivent donc prendre avantage du numérique. Au-delà de cet enjeu de pérennité, les OBNL vont pour s’outiller pour accélérer grandement leur développement.

Crédit photo:
Marie Rougier, responsable communication et marketing chez memboGo. Photo gracieuseté

Baba Idriss Fofana est Journaliste depuis 2010 et Blogueur depuis 2012 sur la plateforme de Radio France International – Mondoblog – où il anime notamment des chroniques politiques et faits de société. Ayant également fait des études de Marketing et de Management, il a occupé dans différents pays les fonctions d’Assistant en communication politique et Responsable des communications.

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Consultations prébudgétaires 2019-2020 – les Québécois invités à s’exprimer sur les orientations du gouvernement

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Les consultations prébudgétaires 2019-2020, qui se dérouleront en deux volets principaux, ont été lancées par le ministre québécois des Finances. Le premier volet, en ligne, permettra aux citoyens de s’exprimer sur les orientations budgétaires du gouvernement.

Les consultations prébudgétaires en ligne seront accessibles du 14 janvier au 15 février prochain. La population est invitée à répondre à un bref questionnaire touchant de grands enjeux liés à la préparation du budget et pourra même soumettre ses idées au ministre des Finances, Eric Girard. Celui-ci tiendra ses traditionnelles consultations privées au cours desquelles il rencontrera des représentants de différentes organisations provenant de plusieurs sphères de la société québécoise.

« Un Québec moderne et plus riche, qui se donne les moyens de s’occuper de tous »

Pour M. Girard, la préparation d’un premier budget est une étape importante pour un gouvernement, qui doit aborder ces consultations dans un esprit d’ouverture. « Nous voulons donner aux citoyennes et aux citoyens un Québec qui leur ressemble, dans lequel ils pourront s’épanouir pleinement. Un Québec moderne et plus riche, qui se donne les moyens de s’occuper de tous », fait valoir le ministre des Finances.

Cinq thèmes soumis aux Consultations prébudgétaires

Les citoyens et les organisations sont donc invités à participer en grand nombre à ces consultations afin d’alimenter le gouvernement sur les grands thèmes suivants :

  • Comment accroître le potentiel économique du Québec en favorisant la productivité et l’offre de travail?
  • Comment assurer un financement stable et prévisible des missions de l’État?
  • Comment favoriser le développement des entreprises et la création d’emplois bien rémunérés?
  • Comment réduire le fardeau fiscal des particuliers et des familles?
  • Comment favoriser l’équité intergénérationnelle sur les plans économique et environnemental?

Pour la première fois cette année, la liste des personnes et des organisations rencontrées ainsi que les mémoires soumis seront disponibles dans la page des consultations du site Internet du ministère des Finances.

À lire aussi : Budget 2019 : Montréal fait une part belle à la nature et à la mobilité durable

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Économie

Canada : Un nouveau règlement sur la salubrité alimentaire

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Ginette Petitpas Taylor, ministre de la Santé, a annoncé, ce mardi, 15 janvier, l’entrée en vigueur du Règlement sur la salubrité des aliments au Canada (RSAC).

Il s’agit d’une nouvelle mesure qui, à l’échelle nationale, vise à réduire le temps nécessaire pour retirer du marché les aliments insalubres.

Mme. Petitpas Taylor indique que le RSAC « s’appuiera sur le système de salubrité des aliments de calibre mondial du Canada et ira encore plus loin pour protéger les Canadiens. »

selon Lawrence MacAulay, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, le RSAC « permet aux entreprises alimentaires canadiennes d’être plus innovatrices et concurrentielles, tant au Canada qu’à l’étranger. »

D’ailleurs concernant les exportations vers les États-Unis, les entreprises pourront désormais obtenir une licence qui prouve la conformité des produits alimentaires canadiens au Foreign Supplier Verification Program (Le programme de vérification des fournisseurs étrangers des États-Unis).

Les enjeux économiques du RSAC sont parties prenantes dans « l’atteinte de l’objectif commercial d’Ottawa », explique M. MacAulay. À ce propos, il précise qu’en terme de chiffres, le Canada ambitionne d’accroitre « les exportations de produits agricoles et alimentaires à 75 milliards de dollars d’ici 2025. »

En ce qui a trait au renforcement de la prévention, le règlement exige une traçabilité plus rigoureuse qui consiste à contrôler les aliments « en amont jusqu’à leur fournisseur et en aval jusqu’aux entreprises qui ont acheté leurs produits » (Agence canadienne d’inspection des aliments). D’un point de vue administratif, le RSAC facilite les démarches des entreprises en en réunissant 14 règlements distincts dans un seul règlement.

Lire aussi : Alimentation santé : un programme pour améliorer la qualité nutritive des aliments transformés au Québec 

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Économie

L’immobilier à Montréal : une hausse significative de 5% en 2018

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Le marché immobilier se porte très bien à Montréal selon les résultats du bilan 2018, publié ce lundi, 14 janvier, par la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ). Voilà ce que révèlent les chiffres.

« Une fois de plus, l’année s’est terminée sur une excellente note, avec 18 858 transactions conclues au quatrième trimestre de 2018 sur le marché immobilier résidentiel québécois, soit 6 % de plus qu’à la même période en 2017 », souligne Yanick Desnoyers, directeur du service Analyse du marché de la FCIQ.

L’année immobilière 2018 a été fructueuse pour plusieurs régions du Québec. Saguenay et Gatineau ont réalisé des chiffres remarquables, soit, respectivement, 11 % et 7 % d’augmentations.

« Il s’agissait du meilleur résultat en 18 ans pour un quatrième trimestre », a commenté M. Desnoyers sur les résultats de la province.

Montréal, certaines contraintes n’ont pas freiné la progression

Pour la quatrième année consécutive, le secteur de l’immobilier a connu un bilan positif. Avec 46 753 propriétés vendus, le marché montréalais a fini 2018 avec une hausse de 5%. La progression a été importante pour plusieurs types de propriétés, notamment le haut de gamme.

Cette augmentation a touché particulièrement la catégorie copropriété en comptabilisant 14% des ventes.

À l’exception de Saint-Jean-sur-Richelieu (-1 %), tous les secteurs de la métropole ont enregistré des croissances : la Rive-Sud (+11 %), Laval (+6 %), la Rive-Nord (+5 %), Vaudreuil-Soulanges (+3 %) et l’île de Montréal (+3 %).

La FCIQ a souligné que la métropole a battu un nouveau record malgré le contexte qui s’est caractérisé par des règles hypothécaires plus resserrées.

Lire aussi : Bientôt des logements étudiants abordables dans le Plateau–Mont-Royal

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