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Culture

Joan Chemla, une réalisatrice à suivre !

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Crédit photo Phillip Faraone

Joan Chemla impressionne avec son premier long métrage Si tu voyais son cœur. La jeune femme commence d’abord une carrière en tant que journaliste économique. En 2008, elle se tourne vers la réalisation et l’écriture cinématographique. Elle met en scène trois courts métrages : Mauvaise route (2008), Dr Nazi (2011) et L’homme à la cervelle d’or (2012).

Pour son premier long métrage, elle fait tourner le talentueux Gael García Bernal dans le rôle de Daniel, un gitan qui quitte sa communauté suite au décès accidentel de son meilleur ami (Nahuel Pérez Biscayart).

Nahuel Pérez Biscayart, Joan Chemla et Gael Garcia Bernal, lors du TIFF 2017. Crédit photo Phillip Faraone.

Quitterie Hervouet : D’ou vous est venu l’idée du film ?

Joanne Chemla : J’ai un ami qui m’a conseillée de lire le livre The Halfway House (paru en français sous le titre Mon ange) qu’il aimait beaucoup de Guillermo Rosales un auteur cubain qui a brûlé tout ce qu’il a écrit et qui après cette œuvre s’est suicidé. J’ai lu ce roman très court, qui m’a beaucoup plu. Je m’intéresse toujours aux choses qui sont très éloignées de moi, je n’ai pas besoin de ressasser. Ce livre raconte l’histoire d’immigrés cubains à Miami. Il y avait aussi cette histoire d’amour au milieu qui me plaisait beaucoup. J’ai décidé de transposer l’histoire à Marseille (France) et les immigrés cubains sont devenus des gitans. Même si je ne connais pas Miami et Marseille, j’ai vu des ressemblances entre les deux villes, la lumière le port, ce sont des villes très cosmopolites qui peuvent être très sales. Je me suis vraiment servie de Marseille comme un studio de cinéma.

QH : Ça ne vous a pas paru un peu compliqué d’écrire un scénario sur un sujet que vous connaissez mal?

JC : je suis une ancienne journaliste. « Explorer » faisait donc partie de mon métier. Le film est ancré dans la communauté des gitans, mais ça raconte avant tout l’itinéraire universel d’un homme. Je suis partie à Marseille faire des recherches avec Jérome Pierrat, un journaliste d’investigation qui est spécialiste des brigands, des gangsters, des malfrats, dans le monde entier. Je l’ai suivi plusieurs semaines dans Marseille à la rencontre de cette communauté pour tisser un contact et même un premier rapport de confiance. Il y a des personnages qui ont été castés avec des acteurs non professionnels « gitan ».

QH : Pourquoi avoir choisi Gael García Bernal pour jouer ce rôle ?

JC : Avant d’écrire le scénario, il fallait que j’ai un visage en tête. Je savais que j’allais écrire un film noir, radical sans compromis et je voulais donc trouver un visage familier pour interpréter le personnage principal. Je me suis dit Gael est le seul qui peut jouer ce rôle là. J’en étais persuadée parce qu’il a un visage solaire, rayonnant. J’ai écrit en pensant à lui avec le risque qu’il me dise non. Mon producteur me disait que je devais penser à 5 autres acteurs. Je lui ai dit que ce n’était pas possible tant que Gael ne m’ai pas dit non. J’ai envoyé le scénario à Gael et ça lui a beaucoup plu. La persévérance a donc payé.

QH : Avoir un acteur comme Gael García Bernal n’a pas explosé votre budget ?

JC : Alors premièrement nous avons tourné avec un budget classique de premier long-métrage qui est de 2,5 millions d’euros ce qui n’est pas beaucoup. Gael a donc accepté des conditions extraordinaires. C’était vraiment peu et compliqué pour tirer le maximum de chacun.

QH : Parlez moi un peu de la manière dont vous avez communiqué sur le plateau de tournage ?

JC : Je ne parle pas bien l’espagnol. Gael parlait déjà un peu français. C’était important pour moi qu’il travaille beaucoup son français pour qu’il puisse être libre avec le texte et être dedans à cent pour cent. Je ne voulais pas que ce soit un obstacle pour son jeu. Il a énormément travaillé son français. Nahuel et Gael parlaient en espagnol entre eux. Les gitans eux parlaient également un espagnol, mais il est très différent. Nahuel et Gael ont dû beaucoup s’adapter à la façon de parler des gitans qui ont un accent, une musicalité très différente. Il y a quand même des ponts qui se sont trouvés et on se comprenait tous sur le tournage.

QH : C’est votre premier film comment s’est passé le tournage? Est-ce que vous avez eu un peu d’appréhension?

JC : Gael a beaucoup d’expériences, c’est donc tout à son honneur de prendre énormément de risques et de tourner avec une jeune réalisatrice dans une langue qui n’est pas la sienne dans un pays qui n’est pas le sien. L’alchimie des acteurs professionnels comme Gael et Marine (Vatch) et des acteurs non professionnels comme les gitans s’est mariée parfaitement. Tout le monde est gagnant. Le tournage a été hyper difficile parce que je n’avais pas assez de temps pour tourner, parce que je consacrais beaucoup de moyens à la mise en scène donc tout était long. Un plan  c’est long à préparer parce que je ne fais pas tout à l’épaule. Oui c’était très très compliqué et très galère, mais je suis très fière du résultat.

QH : Vous étiez journaliste avant qu’est-ce qui vous a donné envie de changer de carrière?

JC : j’étais journaliste dans la finance et l’économie. L’économie et la finance était une matière que j’aimais beaucoup quand j’étais à l’école. C’était assez concret. Un jour j’ai fait un stage au Figaro, « aux pages saumons » (couleurs des pages traitant de l’économie et de la finance), c’est parce que je connaissais quelqu’un et donc de fil en aiguille on m’a donné des responsabilités. C’est un peu un concours de circonstances. J’adorais les interviews et le reste ne m’intéressait pas tellement en fait. Aujourd’hui, il y a beaucoup moins d’argent pour faire du travail d’investigation au niveau du journalisme. On demande de produire beaucoup de papier c’était donc un peu compliqué et pas très épanouissant. J’étais très cinéphile quand j’étais plus jeune. Ma mère me louait beaucoup de cassettes vidéo. Et c’est le réalisateur Stanley Kubrick qui m’a donné envie de faire le métier de réalisateur parce que pour moi c’est l’un des seuls à faire du cinéma avec la dimension Entertainment et à être très auteur à la fois. C’est hyper dur à trouver.

QH : Comment s’est passé votre début de carrière en tant que cinéaste?

JC : Je suis autodidacte je n’ai donc pas fait d’école. J’ai tout appris en faisant. C’est la meilleure école. J’ai fait 3 court-métrage, un premier, Mauvaise route que j’ai écrit réalisé et produit. J’ai eu des prix et France 3 (chaîne de TV française) l’a acheté. Je me souviendrai toujours du coup de téléphone que j’ai reçu de France 3 qui me disait : « Joan, ce n’est pas parfait mais je vais vous l’acheter parce qu’il faut que vous continuez ». Ça m’a beaucoup encouragée. Le deuxième, Dr Nazi est l’adaptation d’une nouvelle de Charles Bukowski qui a eu le prix Canal+ à Clermont-Ferrand et qui a été acheté par France 2 et Canal+. Le troisième, L’homme à la cervelle d’or est une adaptation d’une nouvelle d’Alphonse Daudet, un comte, que j’ai tourné à Nashville. À chaque fois, mes films sont quelque chose de très hybride. Il y a un producteur qui avait vu Dr Nazi à Clermont-Ferrand et qui m’a proposé de produire mon premier long-métrage. Cela m’a facilité un peu les choses ce qui ne veut pas dire que ce fût quand même facile. L’écriture de Si tu voyais son cœur fut assez longue. Cela a pris au moins un an et demie. C’était un peu laborieux. Je suis quelqu’un qui travaille de façon assez laborieuse. Je travaille beaucoup mais c’est toujours un peu compliqué. Ce n’est pas un processus simple. Nous étions très complémentaires avec mon coscénariste Santiago (Amigorena) qui est plus âgé que moi et qui a beaucoup d’expériences. On a une approche très différente. C’est quelqu’un qui va valoriser la fragilité et moi je vais jeter, ne pas être contente de mon travail. C’est quelqu’un qui est souvent très calme, alors que moi je suis quelqu’un qui est plutôt anxieux et qui a besoin d’être rassurée.

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50 000 dollars pour les festivités du Jour de l’An à Québec

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Le gouvernement du Québec a annoncé, vendredi 28 décembre 2018, l’octroie d’une aide financière de 50 000 $ à l’organisme Action promotion Grande Allée pour la tenue du Jour de l’An à Québec.

Durant quatre jours, du 28 décembre au 1er janvier 2019, la Grande Allée deviendra piétonnière et aura des airs de fête. Au son de la musique traditionnelle, les visiteurs pourront, entre autres, prendre place dans la grande roue et se rassembler aux nombreux bars extérieurs ou sur les terrasses chauffées.

Le 31 décembre sera la soirée de la grande célébration avec de la musique techno, des spectacles son et lumière avec des éléments pyrotechniques, sans oublier le grand décompte.

« Le gouvernement du Québec est fier d’appuyer cette fête qui souligne le passage à la nouvelle année dans la capitale nationale. Celle-ci embrasse la tendance actuelle des grandes villes du monde de faire du nouvel an une occasion de se réunir et de festoyer », a déclaré Geneviève Guilbault, vice-première ministre, ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale.

Un rendez-vous à ne pas manquer pour 2019!

Au dire de la vice-première ministre du Québec, les organisateurs travaillent depuis plusieurs mois [forts de l’expérience acquise par le passé] pour offrir à la population et aux visiteurs une programmation des plus enlevantes le Jour de l’An. « C’est un rendez-vous à ne pas manquer pour célébrer le début de l’année 2019! », souligne Mme Guilbault.

À lire aussi : Où célébrer 2019 à Montréal ?

L’aide financière accordée provient du Fonds de développement économique de la région de la Capitale-Nationale (FDERCN) du Secrétariat à la Capitale-Nationale. Doté d’une enveloppe annuelle de près de 5,8 M$, le FDERCN vise à soutenir la réalisation de projets ayant des répercussions sur le développement économique et le rayonnement de la région de la Capitale-Nationale.

Source : Cabinet de la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique

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Marcel Barbeau. En mouvement, une exposition majeure à voir au Musée national

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Photos : MNBAQ, Idra Labrie (Groupe CNW/Musée national des beaux-arts du Québec)

Jusqu’au 6 janvier prochain, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) présente : Marcel Barbeau. En mouvement. Cette rétrospective met en lumière le travail d’une figure notoire de l’art contemporain du Québec.

L’exposition consacrée à Marcel Barbeau (1925-2016), un artiste audacieux, engagé et sans compromis, offre un panorama exceptionnel de la production de l’artiste, à travers plus d’une centaine d’œuvres, reflet d’une carrière particulièrement foisonnante s’étalant sur sept décennies.

Il s’agit de la plus importante exposition jamais réalisée sur l’artiste embrassant l’ensemble de sa carrière — du milieu des années 1940 jusqu’à sa toute dernière production — élucidant les périodes marquantes de sa trajectoire pour ainsi jeter un regard attentif et frais sur cette démarche essentielle, bien que méconnue.

Marcel Barbeau, l’éternel explorateur!

Barbeau fut à l’amorce de nombreux courants d’avant-garde et de tendances artistiques au pays : il s’avère un contributeur essentiel aux premiers développements de l’abstraction picturale (années 1940 et 1950) et est internationalement reconnu pour sa contribution à l’art optique (années 1960).

Son rôle, dans le développement de la performance transdisciplinaire, a d’ailleurs été reconnu à l’été 2013, à Paris, avec sa participation à l’événement international Nouvelles vagues, organisé par le Palais de Tokyo.

Porté par une étonnante audace créative, investi d’une insatiable curiosité esthétique, Barbeau ne s’est jamais contraint à une seule orientation ou forme d’expression que ce soit. Au fil du temps, son attrait pluridisciplinaire s’est exprimé dans des disciplines artistiques aussi variées que le dessin, la peinture, le collage et la sculpture, ainsi qu’au sein de performances picturales réalisées avec des comédiens, des musiciens et des danseurs.

L’artiste fait figure de précurseur quant au décloisonnement des frontières artistiques. Adoptant très tôt une posture de chercheur dans l’évolution de sa démarche, Barbeau s’est ainsi engagé dans une voie artistique singulière, exempte de tout compromis, renouvelant sans cesse sa production. Cette façon de créer fait de lui un artiste inclassable, intemporel et vibrant d’actualité.

Source : Musée national des beaux-arts du Québec

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Noël : le Musée de la civilisation se plonge dans l’esprit des Fêtes

Fait main – Hand Made, au Musée des beaux-arts du Québec

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Les paddocks du circuit Gilles-Villeneuve raflent un prix d’Excellence

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Les nouveaux paddocks du circuit Gilles-Villeneuve, conçus par Les Architectes FABG, ont reçu le prix d’Excellence en architecture du Canadian Architect. L’agence montréalaise a su mettre en valeur un espace urbain dont les installations ont marqué l’histoire de l’architecture à l’échelle internationale.

L’édition 2019 de la course célèbre aussi son 40e anniversaire

Les travaux des nouveaux paddocks avaient débuté officiellement juillet dernier et devront se terminer le 30 avril 2019. Selon la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD), le projet respecte les échéanciers, ce qui représente en soi une prouesse technique qui a été soulignée lors de la 51e édition de la compétition du Canadian Architect.

«Ce prix d’excellence en architecture s’ajoute à la fierté que nous avons d’accueillir le Grand Prix du Canada chaque année. » Ronald Cyr, Directeur général SPJD.

Le public de la formule 1 suivra la compétition à partir d’une installation qui s’est démarquée par sa créativité et son caractère écologique. Les paddocks sont en effet munis de panneaux photovoltaïques et d’espaces verts.

« Notre désir était de créer un bâtiment moderne qui s’imbrique parfaitement dans l’environnement naturel du parc Jean-Drapeau », a expliqué Éric Gauthier,architecte associé chez Les Architectes FABG. L’objectif de l’agence est atteint car ce critère a été de salué par le jury.

Un prix mérité pour diverses aspects fonctionnels et esthétiques  

L’annonce de ce beau titre a paru notamment dans le journal de référence de l’Institut Royal d’Architecture du Canada le 7décembre dernier.

Le jury a sélectionné le projet pour entre autres les aspects suivants :

  • La logistique complexe du projet devant être complété en 10 mois ;
  • La signature architecturale iconique dont la trame du plafond qui rappelle les lignes graphiques d’Expo 67;
  • Et le choix de matériaux locaux et axés sur le développement durable

À savoir : Le projet sera réalisé grâce à un investissement de 59M $, dont 41M $ proviennent de la Ville de Montréal et 18M$ du Ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH).

Lire aussi : Montréal et la Formule qui électrocute les Montréalais [Chronique]

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