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« La dette de dieu », le crédit comme Providence

Hanen Hattab

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Crédit photo Gopesa Paquette

La société endettée représente une des réalités évidentes et refoulées de la société de consommation et de la course au progrès. Ou comme le présente notamment l’analyse pertinente et percutente de Jean-François Boisvenue, auteur et interprète de la représentation théâtrale « La dette de dieu », le crédit est ce qui rend le présent des individus et des sociétés un temps sous tension pour apprivoiser le futur.

Le monologue chorégraphié traite de ce mal des temps modernes sur deux tons. L’acteur alterne, en outre pour ce faire, l’interaction avec le public et l’interprétation de plusieurs personnages. Sous forme d’une énonciation informative et interrogative, il retrace les origines socio-économiques du crédit. Et sur un ton tragique, il relate des fictions, à travers lesquelles le crédit s’entend comme un moyen et une fin, inexorables et indéfectibles.

Ancrée dans la logique de l’échange depuis la nuit des temps, comme l’a mis en exergue l’interprète dès le début, le crédit s’impose comme une nécessité.

Les variations scénographiques de Claire Renaud ont illustré avec délicatesse la complexité du système financier et l’effet dramatique du crédit sur des endettés de tous bords, piégés par un mal autant indispensable que ravageur.

Crédit photo Gopesa Paquette

Pour que la dramaturgie de cet essai scénique et poétique n’ait pas l’air de trop reposer sur le concept de l’effet papillon, des variations comiques ont ponctué l’ensemble. Celles-ci ont figuré le cycle économique infernal et l’incapacité d’apporter une alternative, ou une solution qui éradique le crédit, comme des farces qui unissent nos destins.

Le crédit, avant Adam et Ève

En guise d’introduction, Jean-François a raconté une fable originelle : « et si Dieu lui-même, avait dû emprunter au diable pour finir la création du monde ? » Si l’on relie cette histoire aux événements et aux définitions respectivement rapportés et rappelées par l’interprète, doit-on comprendre que nous vivons les périodes de prospérité et d’austérité comme une Providence, entre les mains des institutions financières et des spéculateurs/influenceurs économiques.

L’imaginaire de la catastrophe performé sur une scène rock

Voilà ce que l’auteur a voulu entre autres illustrer : le crédit à la consommation et les dettes publiques sont des pièges, les solutions proposées par les créditeurs emprisonnent l’endetté dans un cycle infernal. Les mouvements corporels automatiques et incontrôlables, véhiculant avec passion la résistance et la résilience, ont été savamment conçus avec la conseillère chorégraphique Catherine Laframboise.

Crédit photo Gopesa Paquette

La mise en lumière clinquante amplifie l’effet tragique des discours médiatiques et politiques sur les crises financières. Les déclarations de ces deux grandes instances ont été remixées et parodiées sous forme de performance musicale rock. Dès les premiers airs chantés, leurs vigueurs fictives sont dévalorisées d’un seul coup, comme un crash boursier. Les réappropriations de leurs outils et leurs manières ont permis  ainsi de dénoncer la complaisance de ces deux pouvoirs .

« La dette de dieu » joue à La Chapelle Scènes Contemporaines jusqu’au 13 avril.

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Montréal : La danse rassemble une musulmane et un juif dans le festival Tangente

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La troisième édition du festival Tangente aura lieu du 10 au 20 octobre prochain. Un nouveau rendez-vous avec la danse qui rassemble les cultures.

Tangente s’associe une fois de plus à Altérité, pas à pas! dans le cadre de l’édition 2019 du festival, dont la mission est de promouvoir la rencontre, le rapprochement, le rassemblement et la création avec l’autre dans la différence.

Pour l’occasion, Tangente présentera trois pièces de chorégraphes provenant du Maroc, de l’Iran et d’Israël, dont deux premières mondiales.

Borderlines

Après des solos remarqués au Festival TransAmériques en 2012 et au Montréal, arts interculturels en 2017, le chorégraphe marocain Taoufiq Izzediou revient à la charge avec une œuvre créée avec cinq jeunes danseurs. Alors que les questions sur les migrations humaines et les frontières alimentent des débats autour du monde, Borderlines met les postes de contrôle sous la loupe, ces barrières visibles autant que celles s’érigeant à l’intérieur de soi.

Premiere

L’Israélien Elad Schechter présentera Premiere, une rare collaboration entre une artiste musulmane et un chorégraphe juif. La pièce est une forme de protestation, une performance initialement mise en scène dans l’ouest de la ville où ils sont nés et ont grandi, Jérusalem. Elad et l’interprète Rand Ziad Taha cherchent à révéler divers aspects de la culture arabe.

La chute

De son côté, le couple créateur composé de la chorégraphe-interprète Nasim Lootij et du dramaturge Kiasa Nazeran se penchera sur la destruction d’œuvres d’art et l’interdiction pour les femmes de danser et chanter en Iran. Dans La Chute, Nasim lutte pour se lever, résistant à des forces hostiles. L’éclairage fragmente son corps telles les branches d’un arbre, une métaphore dramatique pour les efforts des musiciens d’autrefois qui se sont vus empêchés de créer une musique nationale visant à unir les différents groupes ethniques.

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La chute des ventes de disques au Québec se poursuit

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C’est peu dire qu’on n’écoute plus la musique comme nos parents. La vitesse à laquelle l’internet 2.0 et les objets connectés évoluent modifient nos habitudes à un rythme effréné.

Le développement des plateformes web de partage et des supports numériques a engendré à partir des années 2000 la crise du disque. Un phénomène qui se faire ressentir au Québec d’année en année.

En parallèle les ventes des produits numériques n’a pas échappé à la baisse. Comme l’avait pointé un article du Monde en date de 2008 et qui demeure d’actualité, « les habitudes de gratuité acquises par les consommateurs », y est pour grande chose.

Au Québec la baisse (-16%) des ventes d’enregistrements audio se poursuit, selon une étude publiée aujourd’hui par l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec.

« Sur dix ans, la baisse cumulative des ventes atteint 53 %. Ce déclin est dû vraisemblablement à la popularité des services d’écoute de musique en continu pour lesquels les données détaillées ne sont pas disponibles », précise l’étude.

Par ailleurs, les chiffres dévoilent que la part des produits québécois est en hausse. En effet, on a enregistré un taux de 51 % en 2018 par rapport à 44 % en 2017.

Ventes d’enregistrements audio selon le type de produit, Québec, 2009 à 2018 ( Institut de la statistique du Québec)

Dans l’ensemble, les produits qui ont connu cette baisse sont les suivants :

  • Le CD, -17% par rapport à 2017
  • L’album numérique, -11%
  • La piste numérique, -15%

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Installation immersive, performances et art engagé dans le programme estival du MAC

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Le Musée d’Art Contemporain de Montréal (MAC) a lancé aujourd’hui, 19 juin, sa programmation estivale. Plusieurs sujets d’actualité et pratiques multi-médiatiques seront présentés jusqu’au mois d’août.

L’art engagé de Rebecca Belmore

Les expositions d’été du MAC débutent dès demain 20 juin avec l’artiste anishinaabe Rebecca Belmore. Intitulée Braver le monumental l’exposition réunit une sélection de sculptures, d’installations et de photographies de Belmore remontant à 2001, ainsi qu’une compilation de 10 vidéos de ses performances depuis 1991.

Rebecca Belmore, The Named and the Unnamed, 2002 Collection du Musée des beaux-arts du Canada, achat, 2009. 42607 © Rebecca Belmore Photo : Howard Ursuliak/Morris and Helen Belkin Art Gallery

Ce survol de son travail rend compte de l’étendue de sa pratique et de son engagement politique.

En effet, depuis la fin des années 1980 l’artiste jette un regard sur les conflits et les crises planétaires découlant des changements climatiques, de l’accès à l’eau, de l’utilisation des sols, de l’itinérance, des migrations et des déplacements humains.

L’exposition se poursuit jusqu’au 6 octobre prochain.

Le musée accueille aussi Nadia Myre, Chloë Lum & Yannick Desranleau, Ragnar Kjartansson & The National. Leurs œuvres font échos au thème de la performativité, présent dans la production de Belmore.

Le MAC en collaboration avec MUTEK

Le musée présente ISM Hexadome en première canadienne. C’est une installation vidéo immersive de 360 degrés combinant les arts et la technologie de pointe, inscrite dans la programmation officielle de la 20e édition du festival MUTEK.

ISM Hexadome est une collaboration entre MUTEK et The Institute for Sound & Music de Berlin (ISM) projetant neuf œuvres immersives de plusieurs artistes.

Plusieurs autres événements ponctuent la saison et présentent des collaborations et des créateurs d’ici et d’ailleurs.

Ne ratez pas l’occasion de visiter le musée gratuitement ce vendredi, 21 juin, une initiative qui souligne la Journée nationale des peuples autochtones.

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