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Culture

Le Cid de Gabriel Plante, une réflexion transcendante sur la répétition

Hanen Hattab

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Le Cid de Gabriel Plante n’est ni une relecture, ni une interprétation du Cid de Corneille. Certes les fragments de textes et les matériaux scéniques fonctionnent comme indices du chef d’œuvre classique. Mais leurs expressivités singulières clament un rapt dramaturgique des plus délicats et audacieux.

Dès qu’ils ont apparu à l’intérieur du cube blanc, les interprètes ont fait comprendre au public qu’ils ne sont ni des personnages, ni des personnes, ni des caractères. Amélie Dallaire, Élisabeth Smith, Gaétan Nadeau et Jocelyn Pelletier sont des dispositifs, vivants, habiles. Des représentations de subjectivités qui incarnent avec une légèreté tranchante des voix et des paroles au rythme essoufflant.

Le matériau sonore joue des rôles scénographique et dramaturgique très pertinents. Car, coup de maître, ce qui fait office de dialogue est court-circuité par l’atmosphère sonore et les voix en ritournelle. Tout est redit, reproduit, les mots, les vers, les vocalises tragiques et comiques, jusqu’à épuisement de leurs effets sur le récepteur. Le passage d’une partie à une autre arrive comme une délivrance surprenante.

©Hugo B Lefort

Occurrences sonores du Cid

Pour le dire simplement, l’orchestration des échos, bégaiements, gémissements, hurlements, mugissements de colère, de douleur et de désir créait une inquiétante étrangeté. La composition des actes montre avec intelligence que la répétition provoque l’impression de suspension du temps et l’attente que quelque chose se passe. Pour le dire avec Deleuze, nous ne soutirons pas par nous même une différence dans la répétition. C’est le jeu, presque le même, surgissant qui nous sauve des sempiternelles résonances venant du Cid du XVIIe S.

Occurrences visuelles d’ailleurs

Les citations visuelles sont elles aussi répétitives sans pour autant former comme les sons des motifs mécaniques. Nous sommes dans l’art de la représentation classique revisité avec des compositions pyramidales et un hommage minimaliste à la construction de la perspective frontale. Là aussi, tout participe à figurer l’itératif, la disposition des micros lumineux dessine subtilement la profondeur du champ visuel. Aussi, les clichés sous formes triangulaires sont repris notamment dans des citations génériques. En effet, outre les costumes d’époque, des tableaux se dessinaient furtivement dans l’horizon de la scène rappelant le paysage et la nature morte classiques.

Pour conclure, il a fallu faire bon usage de la vanité. Comme s’il fallait laisser parler les valeurs transmises par la pièce de Corneille à travers une représentation canonique quasi-muette.

Les constructions sonore et visuelle de l’œuvre de Plante sont ingénieuses. Elles multiplient et dispersent les actes et les vers du Cid pour interroger du même coup l’acte même d’interpréter, de créer la variation dans la répétition.

Le Cid joue à La Chapelle, les 11, 12, 13, 15, 16, 18 et 19 octobre.

Billetterie

Lire aussi : Youngnesse, un spectacle psychédélique pénétrable

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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5 Commentaires

5 Comments

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  4. marie

    21 Oct 2018 à 11:05

    bien

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Culture

50 000 dollars pour les festivités du Jour de l’An à Québec

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Le gouvernement du Québec a annoncé, vendredi 28 décembre 2018, l’octroie d’une aide financière de 50 000 $ à l’organisme Action promotion Grande Allée pour la tenue du Jour de l’An à Québec.

Durant quatre jours, du 28 décembre au 1er janvier 2019, la Grande Allée deviendra piétonnière et aura des airs de fête. Au son de la musique traditionnelle, les visiteurs pourront, entre autres, prendre place dans la grande roue et se rassembler aux nombreux bars extérieurs ou sur les terrasses chauffées.

Le 31 décembre sera la soirée de la grande célébration avec de la musique techno, des spectacles son et lumière avec des éléments pyrotechniques, sans oublier le grand décompte.

« Le gouvernement du Québec est fier d’appuyer cette fête qui souligne le passage à la nouvelle année dans la capitale nationale. Celle-ci embrasse la tendance actuelle des grandes villes du monde de faire du nouvel an une occasion de se réunir et de festoyer », a déclaré Geneviève Guilbault, vice-première ministre, ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale.

Un rendez-vous à ne pas manquer pour 2019!

Au dire de la vice-première ministre du Québec, les organisateurs travaillent depuis plusieurs mois [forts de l’expérience acquise par le passé] pour offrir à la population et aux visiteurs une programmation des plus enlevantes le Jour de l’An. « C’est un rendez-vous à ne pas manquer pour célébrer le début de l’année 2019! », souligne Mme Guilbault.

À lire aussi : Où célébrer 2019 à Montréal ?

L’aide financière accordée provient du Fonds de développement économique de la région de la Capitale-Nationale (FDERCN) du Secrétariat à la Capitale-Nationale. Doté d’une enveloppe annuelle de près de 5,8 M$, le FDERCN vise à soutenir la réalisation de projets ayant des répercussions sur le développement économique et le rayonnement de la région de la Capitale-Nationale.

Source : Cabinet de la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique

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Culture

Marcel Barbeau. En mouvement, une exposition majeure à voir au Musée national

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Photos : MNBAQ, Idra Labrie (Groupe CNW/Musée national des beaux-arts du Québec)

Jusqu’au 6 janvier prochain, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) présente : Marcel Barbeau. En mouvement. Cette rétrospective met en lumière le travail d’une figure notoire de l’art contemporain du Québec.

L’exposition consacrée à Marcel Barbeau (1925-2016), un artiste audacieux, engagé et sans compromis, offre un panorama exceptionnel de la production de l’artiste, à travers plus d’une centaine d’œuvres, reflet d’une carrière particulièrement foisonnante s’étalant sur sept décennies.

Il s’agit de la plus importante exposition jamais réalisée sur l’artiste embrassant l’ensemble de sa carrière — du milieu des années 1940 jusqu’à sa toute dernière production — élucidant les périodes marquantes de sa trajectoire pour ainsi jeter un regard attentif et frais sur cette démarche essentielle, bien que méconnue.

Marcel Barbeau, l’éternel explorateur!

Barbeau fut à l’amorce de nombreux courants d’avant-garde et de tendances artistiques au pays : il s’avère un contributeur essentiel aux premiers développements de l’abstraction picturale (années 1940 et 1950) et est internationalement reconnu pour sa contribution à l’art optique (années 1960).

Son rôle, dans le développement de la performance transdisciplinaire, a d’ailleurs été reconnu à l’été 2013, à Paris, avec sa participation à l’événement international Nouvelles vagues, organisé par le Palais de Tokyo.

Porté par une étonnante audace créative, investi d’une insatiable curiosité esthétique, Barbeau ne s’est jamais contraint à une seule orientation ou forme d’expression que ce soit. Au fil du temps, son attrait pluridisciplinaire s’est exprimé dans des disciplines artistiques aussi variées que le dessin, la peinture, le collage et la sculpture, ainsi qu’au sein de performances picturales réalisées avec des comédiens, des musiciens et des danseurs.

L’artiste fait figure de précurseur quant au décloisonnement des frontières artistiques. Adoptant très tôt une posture de chercheur dans l’évolution de sa démarche, Barbeau s’est ainsi engagé dans une voie artistique singulière, exempte de tout compromis, renouvelant sans cesse sa production. Cette façon de créer fait de lui un artiste inclassable, intemporel et vibrant d’actualité.

Source : Musée national des beaux-arts du Québec

À lire aussi : 

Noël : le Musée de la civilisation se plonge dans l’esprit des Fêtes

Fait main – Hand Made, au Musée des beaux-arts du Québec

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Culture

Les paddocks du circuit Gilles-Villeneuve raflent un prix d’Excellence

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Les nouveaux paddocks du circuit Gilles-Villeneuve, conçus par Les Architectes FABG, ont reçu le prix d’Excellence en architecture du Canadian Architect. L’agence montréalaise a su mettre en valeur un espace urbain dont les installations ont marqué l’histoire de l’architecture à l’échelle internationale.

L’édition 2019 de la course célèbre aussi son 40e anniversaire

Les travaux des nouveaux paddocks avaient débuté officiellement juillet dernier et devront se terminer le 30 avril 2019. Selon la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD), le projet respecte les échéanciers, ce qui représente en soi une prouesse technique qui a été soulignée lors de la 51e édition de la compétition du Canadian Architect.

«Ce prix d’excellence en architecture s’ajoute à la fierté que nous avons d’accueillir le Grand Prix du Canada chaque année. » Ronald Cyr, Directeur général SPJD.

Le public de la formule 1 suivra la compétition à partir d’une installation qui s’est démarquée par sa créativité et son caractère écologique. Les paddocks sont en effet munis de panneaux photovoltaïques et d’espaces verts.

« Notre désir était de créer un bâtiment moderne qui s’imbrique parfaitement dans l’environnement naturel du parc Jean-Drapeau », a expliqué Éric Gauthier,architecte associé chez Les Architectes FABG. L’objectif de l’agence est atteint car ce critère a été de salué par le jury.

Un prix mérité pour diverses aspects fonctionnels et esthétiques  

L’annonce de ce beau titre a paru notamment dans le journal de référence de l’Institut Royal d’Architecture du Canada le 7décembre dernier.

Le jury a sélectionné le projet pour entre autres les aspects suivants :

  • La logistique complexe du projet devant être complété en 10 mois ;
  • La signature architecturale iconique dont la trame du plafond qui rappelle les lignes graphiques d’Expo 67;
  • Et le choix de matériaux locaux et axés sur le développement durable

À savoir : Le projet sera réalisé grâce à un investissement de 59M $, dont 41M $ proviennent de la Ville de Montréal et 18M$ du Ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH).

Lire aussi : Montréal et la Formule qui électrocute les Montréalais [Chronique]

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