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Major Motion Picture, dansez, vous êtes filmés

Hanen Hattab

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Major Motion Picture. Crédit photo Michelle Doucette

D’emblée, l’on peut qualifier Major Motion Picture une œuvre interartiale. C’est un théâtre dansé, dirigé et interprété par les jeunes chorégraphes David Raymond et Tiffany Tregarthen. Il est performé aussi par les danseurs Peter Chu, Isak Enquist, Elya Grant, Emmanuelle LePhan et Renée Sigouin.

La pièce puise dans plusieurs pensées et pratiques artistiques leurs regards critiques de la société hypermoderne. La compagnie vancouvéroise Out Innerspace Dance Théâtre a recréé l’univers aliénant de la masse surveillée et assujettie, en sublimant les corps par plusieurs médias visuels.

Les sept performeurs jouaient les rôles d’un groupe de citoyens lambdas, un groupe de personnages carnavalesques cagoulés et un homme acéphale. La pièce se passe dans tous les coins et les recoins du théâtre, les sièges du public, son avant-plateau, ses rideaux courts, son jardin et ses coulisses. Les scènes qui se déroulent dans les espaces privés sont projetées sur le plan en face. Rien n’échappe à la vue du regardeur. Comme si nous étions condamnés au voyeurisme malgré nous ? Par le rôle qu’elle impose au spectateur, Major Motion Picture se case inéluctablement dans la généalogie de l’installation Étant donnés de Marcel Duchamp.

Major Motion Picture. Crédit photo Michelle Doucette

Une visualité chronophotographique disséquant le mouvement dionysiaque

Les artistes ont interprété avec brio la représentation de la foule, ses formes, ses mouvements et ses affects. Ils ont dansé le rassemblement, la cohésion, la solidarité et la fragmentation. Et ils ont théâtralisé dans un style tragi-comique ses gestes accusateurs, sa colère, son tumulte, sa ténacité et ses sentiments de puissance, d’impuissance, d’échec et d’incompréhension. On pouvait y voir, au niveau du groupe comme au niveau individuel, les mimiques et la gestuelle de Charlie Chaplin. L’artiste figure dans la liste des créateurs qui ont influencé cette œuvre.

La scénographie, d’une subtilité saisissante, participait à décomposer les mouvements dionysiaques déchaînés des performeurs comme un stroboscope en utilisant des effets de floutage, des balayages et des chutes de lumière rasantes. Inspirés des techniques de décomposition de l’image-mouvement d’Eadweard Muybridge et d’Étienne Jules-Marey, ces fragments sont filmés, transformés sous forme de plans de vidéos de surveillance, fragmentés et projetés simultanément en face du spectateur.

Major Motion Picture. Crédit photo Michelle Doucette

On est dans l’ère de l’information traitée en temps réel. Dire que le cinéma conceptuel de Norman McLaren (qui a inspiré ce travail), présentant ses images digitales multimédias en devenir, avait devancé l’électronique actuel.

Le plan de projection se transformait par moments en diptyque montrant ce qui se passe devant le public et ce que les rideaux et la façade cachaient. En ayant recours aux techniques du théâtre des ombres, la mise en lumière de la pièce est devenue une composition aérienne et diaphane mariant des calques d’images-mouvements, des ombres en filigranes et des faisceaux jetés sur toutes les surfaces du théâtre.

La mise-en-abîme de l’image-mouvement faisait de toute la scène une sorte de grand écran cinématographique de réalité augmentée, un plan sur lequel les frontières, entre image vivante et image filmée, entre concret et virtuel, se dissipent ; d’où la pertinence interartiale de l’œuvre. Se crée, en ce moment précis de chevauchement des images, notamment sous l’effet des bandes sonores d’inspiration cinématographique du suspens et de l’horreur, l’effet liminaire de la foule en délire.

Major Motion Picture. Crédit photo Michelle Doucette

Une mise en abîme de la monstruosité

La figure du monstre a été illustrée individuellement et par les deux foules. Parce qu’on les a vu crier dans un micro et un haut-parleur, et fuir les projecteurs, la créature sans tête semble représenter le système au pouvoir, cachant plusieurs personnes, sans chef de file, inidentifiable. Une fois les danseurs qui composent l’acéphale se délient, rejoignent la foule, une fois les groupes s’échangent les cagoules, les rôles et le grand manteau de la créature, l’on saisit la difficulté de penser le monde actuel en mode binaire. Difficile de savoir qui est le monstre, qui sont les victimes.

Ça se passe à l’Agora de la dance, du 8 au 11 novembre.

 

Crédit photo:
Major Motion Picture. Crédit photo Michelle Doucette

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Réouverture d’une grande affaire de contrefaçons d’œuvres de Rodin

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L’affaire a commencé en 2001 lorsque le musée Rodin a déposé plainte concernant la circulation de copies illégales réalisées à partir des œuvres du sculpteur français.

Les reproductions des sculptures « Le penseur », « Le baiser », « La main de Dieu » et d’autres œuvres, ont été exposées et vendues à l’étranger comme étant des originaux.

Selon l’AFP, quatre hommes et la société italienne « Gruppo mondiale » ont comparu devant la cour d’appel de Paris, ce mercredi, 20 février. Le nombre des reproductions est impressionnant. On estime que 1.700 pièces ont été tirées à partir de 52 oeuvres de l’artiste.

Lire aussi : Échec de la vente aux enchères des tableaux d’Hitler

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AQAADI : lueur d’espoir pour les 18 000 dossiers d’immigration annulés par Québec ?

Baba-Idriss FOFANA

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Suite à la décision du gouvernement du Québec d’annuler « 18 000 dossiers d’immigration » pour cause d’une réforme de l’Immigration à travers le nouveau projet de loi PL9, l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI) a décidé, mercredi, d’attaquer en justice cette décision qu’elle juge « illégale ». Elle souhaite que Québec revienne à de meilleur sentiment en traitant avec « urgence » ce dossier.

L’affaire des 18 139 dossiers fait grand bruit non seulement au Québec mais ailleurs dans le monde. Estimés à entre 50 000 et 60 000 personnes, ces candidats à l’immigration ont vu leur « rêve brisé » depuis quelques jours. Cette décision qualifiée « d’inhumaine et d’inacceptable » a été rejetée à l’unanimité par l’opposition québécoise depuis l’introduction du projet de loi PL9 le 7 février dernier par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI).

Le projet de loi PL9 de la discorde…

Le 14 février dernier, dans une lettre ouverte adressée au ministre québécois de l’Immigration, 94 avocats en droit de l’immigration issus de de l’AQAADI, s’étaient opposés à la volonté du gouvernement Legault de jeter 18 000 dossiers d’immigration à la poubelle, tout en l’invitant à changer d’avis. « Dans le meilleur intérêt de tous, nous vous demandons officiellement de traiter ces dossiers, de rassurer la population, et ce, tout en travaillant ensemble à parfaire le nouveau système sans préjudicier nos candidats actuels. Qu’on en prenne plus ou qu’on en prenne moins, avant toute chose, l’important c’est d’en prendre soin », avaient suggéré les avocats signataires.

« Le PL9 vise à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes ; à offrir les bases légales nécessaires pour améliorer la francisation, l’intégration et l’adéquation entre les besoins de main-d’œuvre du Québec et le profil des candidats sélectionnés. »

Le ministre Québécois de l’Immigration, Simon Jolin Barrette, avait émis une « fin de non-recevoir » à cette requête des avocats, voulant plutôt contacter les candidats pour leur fait part des programmes disponibles notamment le Programme d’expérience québécoise (PEQ) et la déclaration d’intérêt à travers le portail Arrima. Or, d’après les révélations de M. Barrette, plus de 91 000 personnes ont fait une demande d’immigration par le biais d’Arrima sans avoir reçu un retour de la part du MIDI en six mois. Et ce, pendant que le Québec fait face à une pénurie de main-d’oeuvre sans « précédent ».

18 000 dossiers d’immigration «encombrants»

Au départ, le gouvernement s’était engagé à payer 19 millions de dollars pour se débarrasser des 18 000 dossiers d’immigration devenus « encombrants » pour mettre en branle la réforme promise par la Coalition avenir Québec (CAQ). Mais les avocats en droit de l’Immigration, tout comme les partis d’opposition, ont soutenu qu’il est « plus judicieux d’investir » ce même montant pour « étudier rapidement » les dossiers en question.

À lire aussi : Québec «hanté et tourmenté» par les 18 000 dossiers d’immigration annulés!

Pour forcer le gouvernement a traité les 18 000 dossiers, l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration a décidé de le poursuivre devant la justice. Est-ce que ce recours est déjà un « soulagement » pour les personnes concernées? Sans connaître l’issue de cette bataille judiciaire qui va se déclencher, tout porte à croire que Québec est tiraillé de tous les côtés sur sa nouvelle vision de l’immigration.

Rappelons qu’au lendemain du dépôt du projet de loi PL9 sur l’immigration par le gouvernement dirigé par François Legault, le gouvernement fédéral dirigé par Justin Trudeau a dit « non » à Québec qui réclamait plus de pouvoir en matière de sélection des immigrants.

À lire aussi : Portail Arrima : Québec a reçu près de 100 000 demandes d’immigration, aucun candidat invité en 6 mois…

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STM : les salariés des services d’entretien sommés de cesser tout ralentissement de travail

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À la suite de l’audience publique tenue les 14 et 15 février derniers, le Tribunal administratif du travail (TAT) déclare que le ralentissement de travail et d’activités exercé par les employés des services d’entretien de la Société de transport de Montréal (STM) est illégal.

Le Syndicat du transport de Montréal (qui représente les personnes salariées des services d’entretien), ainsi que ses membres, ses représentants ou ses mandataires ont été sommés de prendre « immédiatement » les mesures requises pour que cesse tout ralentissement de travail et d’activités concerté. De plus, TAT ordonne que les membres du Syndicat fournissent le travail habituel requis par l’employeur en exécutant toutes et chacune de leurs tâches usuelles, sans moyen de pression.     

Le Tribunal retient que les données présentées par l’employeur démontrent une diminution du nombre d’autobus disponibles, et ce, malgré le nombre d’heures travaillées supérieur à celui des autres années.

Par exemple, le 4 février dernier, sur 1800 autobus de la STM, 1 270 étaient disponibles alors que 1 424 sont requis en cette période de l’année. Le 8 février également, le directeur général de la STM, Luc Tremblay, avait reconnu à l’émission Gravel le matin, que près du tiers de tous les autobus de la STM sont en réparation.

Le Tribunal précise dans sa décision que le procureur syndical a fait un travail considérable pour mettre en relief les différents éléments susceptibles d’affecter le nombre d’autobus en circulation. Cette preuve pourrait expliquer une certaine variation, mais pas de l’ampleur de celle qui est constatée.

À lire aussi : Métro de Montréal : un renfort de 153 nouvelles voitures de type Azur

Enfin, le Tribunal autorise le dépôt de sa décision au greffe de la Cour supérieure du district de Montréal et il rappelle aux parties que ce dépôt confère à l’ordonnance le même effet que s’il s’agissait d’un jugement de la Cour. Le défaut de s’y conformer peut-être sanctionné par une procédure d’outrage au Tribunal.

À lire aussi : Licenciements, ADT Canada reconnue coupable d’action antisyndicale

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