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Opioïdes : À la source de la crise

Saoud Maherzi

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Libre de droit.

Cette semaine dans le New Yorker, le journaliste Patrick R. Keefe raconte l’histoire d’une famille philanthropique, les Sackler. Parmi les plus grosses fortunes américaines, ils sont reconnus partout dans le monde pour leur investissement dans l’art et de nombreuses ailes de musée, de centres artistiques portent leur nom. Les Sackler ont bâti leur fortune dans l’industrie pharmaceutique. Ils sont propriétaires de l’entreprise Purdue Pharma acquise par la famille en 1952. Le produit phare fabriquée par Purdue Pharma est l’OxyContin, un médicament principalement composé d’oxycodone et lancé en 1995. Cousine de l’héroïne, l’oxycodone est un opioïde d’ordonnance puissant dont le risque de dépendance est très élevé. Alors qu’il est deux fois plus puissant que la morphine, l’OxyContin était prescrit pour soulager des douleurs modérées et sévères, répandant ainsi son usage. Du mal de tête aux douleurs cancéreuses, OxyContin était présenté comme un remède adéquat. Une grande campagne de promotion du médicament a été mise en place par Purdue au sein du milieu médical. Appâtés par le gain ou la croyance sincère dans les bienfaits du médicament, les médecins ont commencé à les prescrire massivement. Résultat après cinq ans : un milliard de dollars en chiffres d’affaires annuels et une expansion vers le Canada.

En 2001, l’OxyContin arrive donc au Canada. En Octobre 2016, lors d’une session à la chambre des communes, Dr David Juurlink, chef de la division de la pharmacologie clinique et de la toxicologie du Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto, livre un témoignage édifiant – disponible sur le site de la chambre des communes – quant au changement de paradigme opéré suite à l’introduction de l’OxyContin sur le marché. « Au début des années 1990 […], lorsque des patients se présentaient à la pharmacie avec une ordonnance pour de la morphine, il s’agissait de patients qui avaient le cancer ». Quelques années après, avec l’arrivée de l’OxyContin, Dr Juurlink, à l’époque étudiant en médecine interne, se rappelait que le médicament était devenu « largement prescrit pour soulager des douleurs chroniques au dos, des douleurs à la hanche, […], etc. Il était même prescrit pour traiter des blessures mineures à la cheville. »

Concernant les efforts de l’industrie pharmaceutique pour répandre l’utilisation des opioïdes, M. Juurlink raconte que « ces compagnies envoyaient des représentants pharmaceutiques aux cabinets des médecins, mais il y avait plus encore. Des leaders d’opinion dans le domaine du traitement de la douleur de partout en Amérique du Nord donnaient des conférences dans le cadre de la formation médicale continue, dans de grands restaurants. J’ai moi-même assisté à certaines de ces conférences, où on nous disait non seulement que nous devrions prescrire ces médicaments, mais aussi que, si nous ne les prescrivions pas, nous serions perçus comme étant des médecins allergiques aux opioïdes qui privaient leurs patients d’un traitement éprouvé. On a vanté les vertus de ces médicaments. Les compagnies pharmaceutiques se sont infiltrées dans des institutions, notamment ma propre école de médecine. Des personnes à la solde de ces compagnies ont enseigné à des étudiants en médecine pendant des années sans dévoiler leur conflit d’intérêts et ils ont exagéré l’utilité de ces médicaments. » Ces mêmes firmes semblent également avoir sous-évalué le risque de dépendance aux opiacés. Dans un autre témoignage également disponible sur le site de la Chambre des communes, Dr Evan Wood, professeur de médecine à l’Université de Colombie-Britannique, a confirmé que « les insinuations selon lesquelles l’OxyContin est un produit sécuritaire qui ne cause pas de dépendance étaient clairement fausses. L’influence qu’a l’industrie pharmaceutique sur les médecins a eu d’énormes répercussions négatives ». Suite à cette période où l’on a pu voir des efforts marketing conséquents de la part de compagnies pharmaceutiques comme Purdue Pharma, le Canada est devenu le plus grand prescripteur d’opioïdes après les États-Unis.

Alors qu’aucune étude n’a été menée pour démontrer les effets à long terme des médicaments à base d’opioïdes chez les patients, Santé Canada et son équivalent américain, la FDA (Food and Drug Administration) ont, tout de même, approuvé l’utilisation, à long terme, de ces médicaments. Vingt ans plus tard, Dr Jurliink affirme dans son témoignage que « presque toutes les personnes qui prennent quotidiennement ces médicaments en sont dépendantes ». Aux risques mortels liés à la dépendance directe aux opioïdes chez les patients, s’ajoutent des conséquences indirectes non moins graves, notamment chez les nouveaux nés. Toujours selon le docteur Jurliink, « en Ontario, entre 1992 et 2011, le nombre de bébés nés avec une dépendance aux médicaments a été multiplié par 15 ».

Bien qu’on ne connaisse pas le nombre de décès canadiens dus aux opioïdes, celui des États-Unis est révélateur. Sur une période de vingt ans, près de 250 000 personnes sont mortes aux États-Unis à cause des opioïdes. Plus de la moitié de ces victimes consommaient des opioïdes sur ordonnance tels que l’OxyContin.

En 2012, suite à l’évidence des dérives ou peut-être parce que le brevet de l’OxyContin arrivait à échéance, le médicament a été remplacé par l’OxyNEO, un opiacé non injectable limitant ainsi les utilisations toxicomaniaques. Toutefois, le mal était déjà fait. Avec près de 17% des canadiens de 15 ans et plus ayant consommé des opioïdes d’ordonnance durant l’année 2012, soit environ 4,9 millions de canadiens, la dépendance était créée et répandue. Après avoir créé un marché, Purdue Pharma a lancé une reformulation de l’OxyContin, qui a poussé les consommateurs à se tourner vers d’autres opioïdes comme le fentanyl et l’héroïne.

Le Fentanyl est un opiacé 100 fois plus puissant que la morphine et 40 fois plus fort que l’héroïne. Face à la demande créée par l’industrie pharmaceutique et l’opportunité d’argent facile engendrée par la vente illégale du Fentanyl sous ses différentes formes, le crime organisé s’est ingéré dans l’affaire. D’après le témoignage cité plus haut du docteur Juurlink, un kilogramme de fentanyl peut être acheté en Chine pour 10 000 ou 20 000 dollars, qui peut ensuite être vendu illégalement et entraîner un profit de 20 millions de dollars.

D’où la crise actuelle. Le trafic engendre l’abondance du produit et sa disponibilité sous formes de drogue illicites, permettant non seulement de faire perdurer la dépendance mais également de sortir du relatif contrôle des prescriptions médicales. Les utilisateurs ne savent plus ce qu’ils consomment ni les quantités qu’ils consomment. Ils reçoivent parfois des dérivés du fentanyl, comme le carfentanil, un produit 100 fois plus puissant que le fentanyl lui même. L’ignorance engendre le mauvais dosage, et le mauvais dosage l’overdose. D’après un rapport du comité permanent de la santé de la Chambre des communes datant de décembre 2016, la Colombie-Britannique serait la principale province canadienne touchée par la crise du fentanyl, notamment à cause de « ses ports maritimes et de la proximité relative de la Chine ». Dans cette province, la part de décès liés à la consommation de drogues illicites contenant du fentanyl est passée de 5% en 2012, à 60% en 2016. La crise actuelle au Québec serait la résultante de cette vague de dépendance créée par l’industrie pharmaceutique puis reprise par le crime organisé.

Contactée par Avant Première, la compagnie détentrice de l’OxyContin a déclaré que « Purdue Pharma (Canada) a toujours lancé ses produits sur le marché conformément à la monographie approuvée par Santé Canada et en conformité avec les règles, régulation et codes, notamment la loi sur les aliments et drogues.

Purdue Pharma (Canada) soutient une approche basée sur la recherche scientifique dans la gestion de la douleur qui peut ou non inclure des produits disponibles sur ordonnance, en combinaison avec d’autres traitements efficaces. En même temps, les opioïdes sur ordonnance restent un traitement sûr et efficace pour de réels patients qui sont sélectionnés et suivis de manière appropriée. Toutefois, comme tout médicament, les opioïdes sur ordonnance comportent des risques et malheureusement, le mauvais usage, l’usage détourné et l’abus de médicaments contre la douleur peuvent amener à de tragiques conséquences, notamment l’addiction, la surdose et la mort.

La crise des opioïdes est un cas de santé publique complexe dans lequel toutes les parties prenantes, y compris l’industrie, ont un rôle à jouer pour fournir des solutions pratiques et durables »

La crise a de fait atteint un seuil critique et risque de devenir une urgence nationale, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. La solution devra également être massive et drastique pour saisir le problème dans toute son ampleur. Pour autant, faudra t-il inclure l’industrie pharmaceutique dans la solution ?

Diplômé de HEC Montréal, Saoud a écrit depuis 2013 dans divers médias. Il dédie le plus clair de son temps libre à la lecture, l’écriture et à la boxe trouvant une cohérence dans l'unité de ces activités. "Find what you love and let it kill you" - Bukowski

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Les préposés au péage de l’autoroute 30 en grève à partir d’aujourd’hui

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Après l’échec des pourparlers, les employés, représentés par le Syndicat des préposés au péage de l’autoroute 30-CSN, ont décidé de tenir ce vendredi, 19 juillet, dès 9 h, une première journée de grève.

« Nous sommes très déçus de voir que l’employeur a décidé de ne pas négocier hier, alors qu’il avait la possibilité de dénouer la situation et d’éviter le conflit», a souligné d’entrée de jeu le président du syndicat CSN, Alain Courtemanche.

Les discussions avec la partie patronale ont porté sur l’offre salariale et les conditions de travail insupportables des grévistes.

«Il manque de climatisation l’été, de chauffage l’hiver. Les bancs sont troués et souvent, il n’y a même pas de dossier. Il n’est pas rare que deux pouces d’eau se retrouvent dans les cabines et que les fenêtres peinent à s’ouvrir. Souvent, les employés ne parviennent même pas à voir le montant qui doit être payé », a dépeint Annette Herbeuval, la présidente du Conseil central de la Montérégie-CSN.

Des salaires inéquitables

Les travailleurs s’indignent notamment de leurs salaires inéquitables par rapport aux salariés d’entreprises similaires et à leurs collègues du service à la clientèle. Ces derniers bénéficient d’un horaire fixe et d’un salaire d’entrée plus élevé que les préposés au péage et travaillent dans de meilleures conditions.

À ce propos, le syndicat cite aussi l’exemple des préposés au péage du pont de la Confédération qui gagnent plus de 18 $ l’heure en commençant, alors que le salaire des grévistes débute à 14,25 $ l’heure et plafonne à 15,25 $.

Mme Herbeuval a affirmé que le vote de grève montre à quel point les membres sont déterminés à se faire respecter, et qu’ils vont avoir la CSN derrière eux pour les soutenir.

Lire aussi : L’Institut Pinel, un cas exemplaire de la pénurie dans la santé et les services sociaux

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80% des travailleurs de la construction partiront bientôt en vacances

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Les vacances de la construction débutent ce dimanche, 21 juillet, et se terminent le samedi 3 août. La valeur totale des chèques de vacances transmis aux travailleurs montre que le secteur connait une hausse de ses activités.

La Commission de la construction du Québec (CCQ) a annoncé ce jeudi, 18 juillet, avoir transmis au cours des dernières semaines près de 159 000 chèques de vacances aux travailleurs de la construction du Québec. Au total, la somme, versée par les employeurs, représente plus de 447 M$.

Bien que les vacances demeurent obligatoires pour l’ensemble de l’industrie de la construction dans tous les secteurs, certains travailleurs ne prennent pas ce congé estival à fin d’assurer des travaux de génie civil et de voirie, des travaux d’urgence, de réparation, d’entretien, de rénovation ou de modification. Ainsi environ 80% de la main d’œuvre, travailleurs et employeurs, partiront en vacances durant ces deux semaines.

L’activité du secteur en chiffres

Cette année, la CCQ a constaté une hausse de plus de 6 % de la valeur totale des versements, comparativement aux montants versés à l’été 2018 (421 M$). « Cette variation s’explique principalement par la hausse de l’activité de construction enregistrée durant l’année », précise le communiqué de la CCQ.

En effet, en 2018, le nombre d’heures travaillées dans l’industrie a monté de 10 % par rapport à 2017, atteignant 163 millions d’heures.

« Sans dépasser le sommet atteint en 2012, une hausse de cette envergure des activités de construction assujettis à la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction (Loi R-20), n’a pas été observée depuis 2004 », indique la CCQ.

À savoir : En 2019, le plus grand montant de sommes de chèques de vacances versés a été émis dans la région Laval–Laurentides—Lanaudière. Il s’élève à 121 202 939,07 $

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Sécurité nationale et renseignement : comment les activités du gouvernement canadien seront examinées

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La Loi sur l’OSSNR a reçu la sanction royale dans le cadre du projet de loi C-59 le 21 juin 2019. La Loi, qui est entrée en vigueur le 12 juillet 2019, met sur pied une nouvelle entité fédérale, l’Office de surveillance des activités en matière de sécurité nationale et de renseignement (OSSNR).

La Loi sur l’OSSNR comble les lacunes du cadre de responsabilisation en matière de sécurité nationale d’abord relevées par le juge O’Connor dans le rapport Arar de 2006 et par plusieurs autres par la suite. Avant la mise sur pied de l’OSSNR, seuls quelques organismes spécifiques disposaient d’organismes d’examen spécialisés indépendants qui ne pouvaient ni collaborer ni échanger des informations classifiées. 

L’OSSNR, au contraire, a le mandat d’examiner toutes les activités du gouvernement du Canada en matière de sécurité nationale et de renseignement, de manière intégrée, quel que soit le ministère ou l’organisme dont relèvent les activités.

Afin de remplir son mandat, l’OSSNR est autorisé à recevoir toute l’information que détiennent des entités fédérales que l’OSSNR considère comme pertinente pour mener ses examens, peu importe la classification ou la nature délicate. Il peut s’agir également d’information assujettie à un privilège juridique. L’unique exception est l’information classée à titre de documents confidentiels du Cabinet.

Examiner les activités de la GRC en matière de sécurité nationale et de renseignement…

L’OSSNR sera dirigé par un maximum de sept membres, d’éminents Canadiens nommés par le gouvernement en consultation avec l’opposition. L’OSSNR sera appuyé par un secrétariat de la sécurité nationale et par des experts juridiques.

En outre, l’OSSNR recevra des plaintes du public concernant les activités du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), du Centre de la sécurité des télécommunications (CST) et, lorsqu’elles sont étroitement liées à la sécurité nationale, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). L’OSSNR recevra également les plaintes concernant le processus d’habilitation de sécurité du gouvernement du Canada.

L’OSSNR remplace le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) dont l’examen se limitait au SCRS. L’OSSNR remplace également l’ancien Bureau du commissaire du CST (BCCST) qui examinait les activités du CST. 

De plus, l’OSSNR est chargé d’examiner les activités de la GRC en matière de sécurité nationale et de renseignement. La Commission civile d’examen et de traitement des plaintes (CCETP) continuera d’examiner toutes les autres activités de la GRC.

Le premier rapport annuel public de l’OSSNR sera déposé au Parlement en 2020.

Source : CSARS

À lire : Le PQ réitère sa demande contre le transfert de données québécoises au secteur privé

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