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Culture

“Prendre le large” avec Gaël Morel

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Après six ans d’absence, le cinéaste Gaël Morel revient avec son nouveau long métrage  »Prendre le large », porté par la comédienne Sandrine Bonnaire. Le réalisateur revient sur ce qui l’a poussé à écrire ce film et sur les relations mère-fils.

Le film raconte l’histoire d’Edith, une ouvrière de 45 ans (Sandrine Bonnaire) dont la vie est bouleversée par la délocalisation de l’usine où elle travaille. Loin de son fils Jérémy (Ilian Bergala), elle accepte le reclassement qu’on lui propose et part vivre à Tanger, au Maroc. Sur place, elle se lie d’amitié avec Mina (Mouna Fettou) et son fils Ali (Kamal El Amri).

Quitterie Hervouet – Le film part d’une idée originale. Généralement les salariés se font licencier économiquement et n’acceptent pas de se faire reclasser dans un pays où ils vont gagner moins d’argent.

Gaël Morel – En fait, l’idée ne s’incarne pas dans une seule idée. C’est un faisceau d’éléments. Le principal élément est que je viens d’un milieu ouvrier. Mon père est ouvrier et ma mère s’occupait des enfants. Nous étions une famille nombreuse vivant en province. J’étais vraiment dans un milieu social qui correspond au film et j’avais envie de me reconnecter avec mon milieu pour faire un film sur quelqu’un qui serait issu de cette classe. Depuis quelques films, j’avais un peu abandonné ce milieu, où en tout cas, je ne le traitais pas comme je l’aurais aimé. Quand mes parents ont été voir mon précédent film qui était interdit aux moins de 16 ans et qui était un film très très dur, mon père est sorti de la salle. Et je me suis dit, en effet, ce n’est pas du tout un film pour lui. En faisant ce film « Prendre le large », je voulais me réconcilier avec l’endroit d’où je viens. C’était la raison principale. L’usine que vous voyez au début du film, c’est l’usine de mon père où il a passé toute sa vie d’ouvrier. Donc, on a pu avoir accès à cette usine à moindre coût grâce à mon père. Comme quoi on peut venir de n’importe quel milieu. Ce fut une vraie économie de pouvoir tourner dans un endroit comme celui-ci, plutôt que de le louer à quelqu’un qu’on n’aurait pas connu. De plus, il y avait l’histoire des tissus, du textile, qui est vraiment sinistré dans notre région. Il y a aussi des usines qui ont été délocalisées. La proposition des responsables est : « soit vous acceptez le plan de licenciement, soit vous suivez l’usine ». Evidemment, personne  ne va suivre l’usine parce qu’on est payé au prix des locaux, et puis évidemment qu’on ne délocalise pas dans un pays riche. Même si on délocalisait dans un pays très riche comme les Émirats, on sait très bien que la main-d’œuvre est sous-payée. On est dans l’esclavagisme. Ce film, c’est vraiment la rencontre entre des éléments très personnels, très autobiographiques et des éléments presque mondialisés.

Il y a un élément hyper important également, c’est que je voulais absolument trouver un beau rôle, un personnage, pour approcher Sandrine Bonnaire et pour travailler avec elle. Et ça pour moi, ce n’est pas un élément moindre.

QH – Vous l’avez donc écrit en pensant à elle dans le rôle principal ?

GM – Je l’ai écrit pour elle, même plus que ça. Ce fut mon modèle. C’est Robert Bresson qui faisait la distinction entre les acteurs et les modèles. Et pour le coup, Sandrine a vraiment été un modèle à l’écriture pour débloquer la situation avec mon co-scénariste (NDRL – l’écrivain marocain Rachid O). Ça nous a vraiment aidé parce que c’est une des rares actrices qui par son existence invente des personnages. C’est parce qu’elle existe Sandrine que j’ai inventé ce personnage, parce que d’un seul coup cette chose folle qui fait qu’elle va tout plaquer et partir ; on y croit parce que c’est elle.  Il y a beaucoup de très bonnes actrices qui peuvent jouer des partitions comme ça, mais de carrément susciter un personnage, je ne trouve pas qu’il y en ait beaucoup.

QH – Vous ne jugez pas ce qui se passe dans l’usine à Tanger. Était-ce un choix de votre part ? 

GM – Oui. C’est très compliqué parce qu’en fait vous êtes dans un pays étranger, ce n’est pas mon pays. Evidemment, j’avais l’appuie de Rachid O, mais quand même. Et puis, je me disais, ce sont des pauvres gens dans cette usine. Et je voulais leur trouver des circonstances atténuantes, mais je voulais également qu’il y ait une forme de bienveillance dans mon regard, et même sur Najat, la contremaître (Farida Ouchani). J’ai fait une scène où elle m’émeut. C’est quand elle vient de se faire sermonner par cette dame Madame Serrai, la chef (Soumaya Akaaboune) et que l’on comprend que cette femme finalement est traitée comme elle traite les autres, sauf qu’elle le répercute de manière plus violente. Mais Madame Serrai qui est beaucoup plus fréquentable est terrible. Il y a cette froideur technocratique.

QH – Dans l’usine au Maroc, Edith éprouve des difficultés…

GM – Quand Edith commence à vouloir que quelque chose aille mieux, la situation s’empire. Elle comprend bien que dans cette entreprise, que dans ce pays, que dans ce travail et que dans cette classe sociale, les gens sont tenus par la peur et que si on outre passe ça, il faut se désolidariser.

QH – Edith n’a pas de très bonnes relations avec son fils. En arrivant au Maroc, elle se lie d’amitié avec Ali (Kamal El Amri). On a l’impression qu’elle tombe sur un deuxième fils. 

GM – Ah oui tout à fait. C’est un jeu de miroirs, comment ça pourrait se passer, comment ça aurait pu se passer et en même temps, comment ça s’est passé. Là-dedans, il y a un mélange du passé, du présent, de la relation de ces gens et d’un futur, parce qu’il y a l’illusion que ça dure toujours sauf que Ali (Kamal El Amri) n’a pas encore l’âge de partir de la maison. Ça me plait que vous en parliez parce que c’est un vrai sujet du film pour moi. Comment le départ d’un fils peut impacter la vie d’une mère ? Je pense que c’est une vraie angoisse qui est rarement évoquée parce qu’elle est un peu triviale et peut-être un peu anecdotique. Mais pour moi, elle est capitale. On ne fait pas des enfants pour être seul.


Crédit photos: Les Films du Losange

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Culture

Une épicerie déclarée coupable d’avoir faire de la pub uniquement dans une autre langue que le français au Québec

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L’Office québécois de la langue française (OQLF) annonce que, le 15 mars 2019, l’entreprise 9304-7207 Québec inc. (Épicerie Deli Queen), a été déclarée coupable d’une infraction à l’article 58 de la Charte de la langue française. L’entreprise s’est vu imposer une amende de 1 500 $.

Il était reproché à cette entreprise (l’épicerie) de faire de l’affichage public et de la publicité commerciale uniquement dans une autre langue que le français. L’infraction a été commise le 27 juillet 2016 au 4968, chemin Queen-Mary, porte B, à Montréal.

L’article 58 de la Charte de la langue française prévoit que l’affichage public et la publicité commerciale doivent se faire en français. Ils peuvent également être faits à la fois en français et dans une autre langue pourvu que le français y figure de façon nettement prédominante.

L’Office québécois de la langue française (OQLF) rappel qu’il veille à ce que le français soit la langue normale et habituelle du travail, des communications, du commerce, des affaires et de l’Administration. Il enrichit la terminologie et offre des outils et des services linguistiques. Il assure également le respect de la Charte de la langue française et surveille l’évolution de la situation linguistique du Québec.

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Théâtre

Découvrir la relève du théâtre montréalais aux Auditions générales

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La 34e édition des Auditions générales du Théâtre de Quat’Sous se tiendra les 26 et 27 mai prochains.

Cet événement représente une occasion pour les finissants des écoles de théâtre de pouvoir se faire connaître du milieu professionnel. Il se propose comme un tremplin professionnel dans le paysage culturel québécois.

Cette année, le Théâtre de Quat’Sous accueillera 83 participants. Ils se partageront les blocs horaires, regroupés en duos, trios ou quatuors et interpréteront chacun deux scènes de registre différent, extraites de pièces de théâtre ou de scénarios de film.

« Pour la première fois de leur vie, de jeunes acteurs et actrices fouleront la scène d’un théâtre institutionnel. Ce qui me touche par dessus tout, c’est que cette sortie dans la vie professionnelle s’effectue sur la scène du Théâtre de Quat’Sous, au rapport si intime et si particulier avec le public – presque mystique ! » souligne Olivier Kemeid, directeur artistique.

Créées en 1985 par Pierre Bernard, Suzanne Léveillé et Andrée Lachapelle, les Auditions générales sont devenues un rendez-vous incontournable pour nombre de professionnels du théâtre, de la télévision et du cinéma.

Elles permettent à de jeunes artistes émergents, finissants des écoles de théâtre de se faire connaitre par les employeurs du milieu culturel. Pour une quatrième année, Diversité artistique Montréal intègre les Auditions générales.

Création de La Jeune Troupe du Quat’Sous

Pour la saison 2019-2020 du Théâtre de Quat’Sous, Olivier Kemeid a prévu une nouveauté importante qui découlera des Auditions Générales : la création et la mise sur pieds de La Jeune Troupe du Quat’Sous. Le projet réunit des interprètes issus des Auditions générales, donc de la relève, choisis par le comité d’artistes associés.

Des metteurs en scène du comité travailleront avec cette troupe tout au long de la saison prochaine. Mani Soleymanlou accompagnera la troupe pour une activité prévue pour le 4 mai 2020 dans le cadre des Salons de la découverte.

Pour plus d’infos ici

Lire aussi : Montréal : Revivre l’ambiance du XVIIIe siècle grandeur nature

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Cinéma

Le cinéma italien à l’affiche pendant la saison estivale

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Le Festival du Film Italien Contemporain (ICFF) sera de retour à Montréal cette année pour une nouvelle édition qui aura lieu du 13 au 21 juin 2019 dans plusieurs salles de la métropole.

Cette édition estivale marque le 7ème anniversaire du festival qui célèbre le cinéma italien dans les quatre coins du pays, à Toronto, Montréal, Québec, Vaughan, Ottawa, Hamilton et Vancouver.

Cette année la programmation présente des long-métrages dans les genres comédie, drame et horreur, des documentaires et des court-métrages.

Pour consulter la programmation à Montréal ici

Des projections en plein air

L’ICFF consacre un volet spécial à la Petite-Italie. Et ça sera à la belle étoile au parc Dante.

Le Ciné-Parc Dante se tient du 3 juillet jusqu’au 28 août et propose une large variété de films italiens. Les projections seront gratuites durant les neufs soirées cinéma à partir de 21h chaque mercredi soir.

Pour suivre l’actualité des projections ici

Lire aussi : La 2e édition des Laboratoires ouverts sur la diversité et les peuples autochtones présente Médée-Yaa

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