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Culture

Résistances Plurielles bouleversent le commun de la danse

Hanen Hattab

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Crédit photo Agora de La Danse

Icône Pop, décoder le geste, se défaire du stéréotype

Le public a été déplacé. Au lieu de se dérouler dans une salle conventionnelle, la représentation s’est appropriée un stationnement dans un sous-sol d’immeuble. Outre l’effet de surprise, les conditions auxquelles sera soumis le corps sont interrogées. L’humidité, le froid, la rugosité du sol attendent une performeuse habillée bling bling, mais toc jusqu’à la démarche. Tout est faux : un pastiche. Voilà comment il faut les voir ces personnalités à halos, mais aussi ces stéréotypes qu’on manipule dans l’espace public. Mélanie Demers transforme son corps pendant 35 minutes en sculpture vivante. Les mouvements des figures féminines archétypales qu’elle incarne sont exagérés et du coup, ils s’en trouvent décodés, déshabillés, exactement comme son tour de    strip-tease au ralenti fade et brut : c’est le désenchantement. Le flou et l’aura qui entourent la mère noire dépravée du film américain, la star, la piéta, sont tour à tour délayés, notamment sous la gravité de la musique et la voix de Mykalle Bielinski. Un rire hystérique et artificiel met fin à la représentation, histoire de rendre l’improbable risible.

Instant Community, des corps et des projetés

Peter Quanz n’a pas voulu fatiguer ses artistes, mais il leur a quand même élaboré des figures acrobatiques. Il suffit d’être bien synchronisé, quoi de plus naturel pour un danseur, pour utiliser de concert les caméras des tablettes connectées entre elles, des vidéos et son corps. Les citations iconographiques sur la nature sublime et violente sont difficiles à interpréter lorsque l’installation chorégraphique technologique est entrain de se faire, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive à la fin qu’on est invité à un pique nique. Le public pris par surprise a très vite compris qu’il faut fixer les endroits où les interprètes mèneront et leurs corps et leurs écrans. Les images virtuelles s’accumulent, s’assemblent, formant des corps hybrides, construits en temps réel par les danseurs, se projettent sur les murs du studio, sur les peaux, les visages, là où elles s’échouent au gré des déplacements. Le public est invité à utiliser les téléphones intelligents pour participer à l’œuvre. Tous les coins de l’espace sont envahis par des mises en abîmes comiques et astucieuses. La trame sonore poursuit elle-même cette stratégie. Les participants sont invités à manger autour d’un feu. Entre le crépitement des flammes et le craquement des chips, la logique de la représentation est « mise à nu par ses invités, même ».

Recurrent Measures, sept danseurs et une installation circumambulatoire

Le dispositif est efficace : Des plateaux tournants sur lesquels les danseurs performent une rythmique circulaire et répétitive. Les motifs de danseurs en solo, en couple ou en groupe de six se succèdent. Leur répartition symétrique et orthogonale est presque scopique, sans pour autant trop se regarder, se toucher, ils se font échos par leurs conditions de danseurs-tourneurs.

Des contrastes sont fabriqués avec le public éparpillé au milieu de la salle Wilder, relaxé sur des pouffes et des tabourets, libre de circuler, de partager les espaces des performeurs, de les filmer, de les prendre en photos. Avec l’ordre et le désordre, le mouvement machinal et le comportement naturel, les déplacements et les positions stationnaires, l’installation de George Stamos se veut graphique et sonore. Les performances corporelles et chorégraphiques des interprètes ne sont pas mises en exergue par les projecteurs ; malgré leurs présences, ils sont dissous par la multiplicité des champs de vision, des regards qui ne savent pas par où et quand les figures vont comparaître et changer de forme. Colorée, fraîche et vertigineuse, Recurrent Measures est un plaisir visuel sobre à consommer en prenant en considération comme on l’a annoncé, le défi physique et proprioceptif du danseur.

Ces trois œuvres tentent, sous le thème de Résistances Plurielles, de décloisonner les frontières de l’espace de représentation et de briser la solitude de la spectature. Elles sont présentées jusqu’au 27 janvier, à l’Agora de La Danse.

Crédit photo:
Crédit photo Agora de La Danse

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Culture

Semaine du français au travail : la FTQ en action pour la francisation des entreprises au Québec

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Photo FTQ

Dans le cadre de la Semaine du français au travail, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), en collaboration avec le Secrétariat à la promotion et à la valorisation de la langue française du ministère de la Culture et des Communications, présente cette année une exposition qui retrace les 50 ans d’actions de la FTQ en matière de francisation.

« La FTQ est fière du chemin parcouru, bien que, encore aujourd’hui, le français reste menacé par l’envahissement de l’anglais dans le monde du travail et dans notre quotidien. Plus que jamais, il faut se retrousser les manches et prendre des actions pour imposer le français dans nos milieux », déclare le président de la centrale syndicale FTQ, Daniel Boyer.

« Le français reste menacé par l’envahissement de l’anglais »

La francisation des entreprises n’étant pas une « tâche facile », pour y répondre, la FTQ annonçait dans les années 1980 la création de son service permanent de la francisation qui coordonne les actions de la FTQ en matière de francisation. Il s’agissait entre autres, de rencontre annuelle de francisation, du bulletin Travailler en français, d’une campagne d’affichage et de sensibilisation dans les milieux de travail ou soutien aux comités de francisation.

À lire aussi : La Société St-Jean Baptiste, pour un Québec libre et francophone

C’est en novembre 1969, lors du 11e Congrès de la FTQ, que les délégués ont ratifié la première politique linguistique de la FTQ affirmant que « le français doit devenir la langue de travail normale et courante à tous les paliers de l’activité économique au Québec », indique un communiqué de la centrale syndicale.

« Revendiquer le respect de notre langue qu’est le français »

Selon la plus grande centrale syndicale au Québec (FTQ), qui représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses, les défis que représente la francisation dans les milieux de travail et dans la société en général sont immenses. « Plus que jamais, il faut serrer les rangs et ne pas hésiter à revendiquer le respect de notre langue qu’est le français », a souhaité M. Boyer, martelant que la mondialisation exerce une « immense pression » sur « nos sociétés et nos organisations ». « C’est pourquoi, encourage le président de la FTQ, il ne faut pas hésiter à revendiquer le respect de notre langue commune ».

À lire aussi : Francisation : l’OQLF lance les Mérites du français 2019

C’est le lieu d’indiquer que cette exposition sur la francisation qui se tiendra dans le hall du Fonds de solidarité de la FTQ, situé au 545, boulevard Crémazie Est à Montréal, intervient deux jours avant la Journée internationale de la Francophonie, célébrée le 20 mars chaque année.

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Culture

Événements culturels à ne pas manquer ce weekend

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Avant-Première MTL est à l’affût des événements culturels de Montréal. Voici notre sélection pour cette fin de semaine.

Danse

Phenomena

La dernière représentation de Phenomena aura lieu ce samedi, 15 mars, à l’Édifice Wiler de l’Agora de la danse à partir de 19h.

L’artiste Ismaël Mouaraki questionne le corps et les nouvelles technologies numériques. « Il s’interroge sur notre évolution, tant d’un point de vue sociologique ou scientifique, que philosophique. Si la technologie continue dans la direction de ces dernières années, finira-t-elle par intégrer totalement le corps et devenir imperceptible ? »

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Théâtre

Le mystère Carmen

Ce spectacle musical d’Eric‑Emmanuel Schmitt se termine demain au Théâtre du nouveau monde.

« Eric‑Emmanuel Schmitt partage la scène avec l’envoûtante soprano Marie‑Josée Lord, tous deux guidés par Lorraine Pintal, pour nous entraîner à la rencontre d’un génie sublime et précoce, Georges Bizet, qui n’a trouvé sa voie qu’à l’âge de 36 ans avec la création de Carmen : or, un infarctus le foudroie trois mois après la première. Ensemble, ils retracent le trajet bouleversant de ce génie musical qui disparaît trop tôt pour réaliser qu’il a révolutionné l’opéra et, surtout, qu’il venait de créer un nouveau mythe féminin. »

Billetterie et infos

La mode s’expose

Thierry Mugler Couturissime

L’exposition tant attendue du célèbre créateur Thierry Mugler a commencé au début du mois et se termine le 8 septembre prochain. L’événement « dévoile les multiples univers de cette figure artistique incontournable – couturier visionnaire, metteur en scène, photographe et parfumeur – en revisitant notamment ses créations prêt-à-porter et haute couture. »

Billetterie et infos

Lire aussi : La comédie culte « Tanguy, le retour » à l’affiche bientôt

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Cinéma

La comédie culte « Tanguy, le retour » à l’affiche bientôt

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La suite du film français Tanguy, sortie en 2002, a été annoncée en novembre 2017 sur Europe 1 par l’acteur André Dussollier. La comédie française culte sortira en France et au Québec le mois prochain et mettra en vedette les acteurs qui ont joué les personnages principaux de la première partie.

Le film « Tanguy, le retour » sera à l’affiche au Québec et en France dès le 19 avril prochain. Le public retrouvera les acteurs André Dussollier (Adopte un veuf, Belles Familles, Diplomatie), Sabine Azéma (Knock, Cezanne et moi, Raid dingue!) et Éric Berger (Ma famille t’adore déjà!, Un homme à la hauteur ) dans leurs rôles mythiques, sous la direction d’Étienne Chatiliez (L’Oncle Charles et Agathe Cléry).

Synopsis 

16 ans plus tard, Tanguy, qui a maintenant 44 ans, revient chez ses parents avec sa fille Zhu sous le bras car Meï Lin l’a quitté. Catastrophés de voir leur « tout-petit » dans cet état, Paul et Édith font tout pour lui redonner goût à la vie, sans réaliser que ce faisant, ils tressent la corde pour se pendre. Car Tanguy recommence à se sentir bien chez ses parents…

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