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Simon Lavoie, réalisateur de La petite fille qui aimait trop les allumettes se confie sur son dernier film !

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Crédit photo: Max Rheault

La petite fille qui aimait trop les allumettes, scénarisé et réalisé par Simon Lavoie, est une adaptation libre du roman éponyme du même nom de l’auteur Gaétan Soucy. Au casting du film, vous pouvez retrouver Marine Johnson, Antoine L’Écuyer, Jean-François Casabonne et Alex Godbout.

Synopsis : Elevés seuls par leur père dans l’obscurantisme et le mensonge, deux adolescents sans nom vivent reclus dans un manoir décrépi à la campagne.

Sortie Québec – 11 novembre 2017
Séance au TIFF Bell Light Box à Toronto, le 19 et le 20 janvier

Entrevue réalisée pendant le TIFF 2017.


 Crédit photo:Max Rheault
Quitterie HERVOUET – C’est un film un peu déroutant, étonnant. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter le livre de Gaétan Soucy?

Simon Lavoie – En lisant ce livre il y a très longtemps, on parle de l’automne 1998 à sa sortie, j’étais tout jeune. Il m’a semblé que ce roman était profondément marquant. C’est peut-être une déformation professionnelle, mais je lis pas mal. A chaque fois que je lis un livre, j’ai vraiment des cadrages de la mise en scène, des films dans ma tête. En lisant La petite fille, il y avait quelque chose d’extrêmement fort qui m’évoquait le fait que ce livre pouvait faire un beau film. Évidemment, il a coulé de l’eau sous les ponts avant que je puisse pouvoir être en position pour réaliser ce genre de long métrage d’époque assez complexe, mais j’ai toujours gardé cette idée dans mon esprit.
Pour la petite histoire, Marcel Giroux – producteur du film – m’a contacté plusieurs années après parce qu’il avait acquis les droits de ce roman depuis très longtemps. Je me suis alors demandé ce qu’il advenait de cette adaptation. Il m’a demandé si ça me tentait d’embarquer sur ce film. Ce fut un moment formidable pour moi. J’avais adapté, il y a quelques années, la nouvelle d’Anne Hébert Le torrent ; et faire cette adaptation me permettait à nouveau de plonger dans ce Québec d’avant La Révolution tranquille, ce Québec de l’époque des Canadiens français, où il y avait ce joug de la religion catholique un petit peu castratrice et cette difficulté d’émancipation, cette époque de la survivance. Ça me donnait l’occasion de replonger dans ses motifs poétiques qui me sont chers.

QH – Vous avez décidé de faire une adaptation libre du roman, pourquoi?

SL – Nous avons bien insisté sur ce libellé : « librement adapté », parce que c’est un roman qui est très connu, c’est un roman culte. C’est vraiment le roman québécois de la littérature contemporaine, le plus traduit à l’étranger. On savait donc qu’il y allait avoir des attentes. Et c’est important de dire que c’est une adaptation libre parce que c’est un roman qui est inadaptable comme tel. Il ne peut pas être transféré comme ça parce qu’il y a une grande part d’intérêt littéraire qui tient juste sur des jeux de dialectique, de langage, des mises en abyme qui ne peuvent pas être adaptés au cinéma. Ce qui m’intéressais dans le roman, ce n’est pas le jeu sur le langage, mais c’est l’histoire, ce récit fort, ces personnages, cette espèce de situation étrange, les rapports troubles, et l’inceste dans cette famille. C’est ça qui m’est resté, c’est ce que j’ai voulu transposer. Je crois qu’en faisant une adaptation cinématographique, il ne faut pas seulement faire un succès d’une année ou une pâle copie de l’œuvre, mais il faut l’emmener ailleurs. J’ai voulu faire de cette adaptation une sorte de relecture personnelle du roman de Gaétan Soucy.

QH – Vous avez écrit le scénario. Est-ce que ce fut difficile d’adapter ce roman?

SL – Je crois beaucoup au scénario. Je suis quelqu’un qui aime être préparé ; alors pour moi, une scénarisation très précise s’imposait. Il y a deux aspects dans le travail : Tout d’abord, comprendre cette œuvre, son positionnement, sa valeur, son sens pour pouvoir la restituer à l’écran sans trahir son essence. C’est très important pour moi ; Et l’autre aspect, c’est évidemment comment faire fonctionner un scénario qui se tient parce qu’on efface un matériau littéraire qui est assez impressionniste de la réminiscence d’une jeune protagoniste qui se raconte. En fait, il y a eu beaucoup de travail de restructuration à l’écriture, mais aussi au montage. C’est vraiment un cliché de dire ça, mais le montage c’est vraiment une écriture, on a fait des permutations, on a réécrit des passages au montage.

QH – Est-ce que vous avez tâtonné pour trouver le meilleur montage possible?

SL – Oui, je l’avoue candidement. On a monté presque pendant 21 semaines, ce qui est énorme à l’échelle des films québécois. Quand on l’a mis dans l’ordre du tournage, ça ne fonctionnait pas. C’est comme si il y avait des moments, des situations, qui ont pris un sens insoupçonné. Ce n’était pas prévu au scénario. Et donc, il ne fallait pas lutter contre ça. Avec la monteuse, on a essayé de retourner toutes les pierres, d’essayer toutes les configurations possibles parce que ça vaut vraiment la peine quand on fait un film.

QH – Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour le film?

SL – Je ne suis pas passionné du noir et blanc mais éventuellement dans le processus de pré-production, avec le directeur de la photographie et la directrice artistique, on a constaté à quel point le réel était implacable. On voulait faire un film qui transcendait le réel qui voulait aller dans une sorte de décalage, qui voulait même aller dans le fantastique. Et puis le réel, la réalité, l’aspect concret des décors, des costumes, de la végétation, ça nous tirait vers le bas. Il y avait quelque chose d’un peu frustrant. On se battait contre tout ça avec notre faible budget. En faisant des tests, en regardant en noir et blanc, c’est comme si soudainement on n’était plus dans la réalité. On faisait déjà un pas vers un univers fantastique, un peu particulier. C’était également un processus technique. On a découvert qu’il y a une caméra très rare qui existait sur le marché et qui n’enregistrait une image qu’en noir et blanc. Il y a quelque chose qui m’a réconcilié avec le fait de tourner en noir et blanc. Le fait de tourner en couleurs et de switcher, en postproduction en noir et blanc, je trouvais ça fade, je trouvais ça pauvre. Il a fallu convaincre toute notre équipe, distributeur et producteur du bien-fondé du noir et blanc.

QH – Comment avez-vous préparé le film avec vos acteurs?

SL – Les deux personnages principaux vivent dans la dureté. Entre eux, ils se chamaillent beaucoup. Je ne pouvais pas concevoir que ces gens-là puissent se parler librement. La liberté, les élans sont brimés, sont rabattus au sol par le père. Ça imposait que les choses se passent dans les regards, dans les interactions, et puis aussi ça imposait aux acteurs un jeu physique, qu’ils jouent avec leur corps. Puisque les personnages avaient peu de choses à dire, il fallait des faciès évocateurs, des visages qui parlent. On a choisi des acteurs expressifs. On a fait un gros travail de répétition. Parfois, on répétait des scènes muettes. Les acteurs étaient un peu décontenancés. Pendant le tournage, on a fait en sorte que les scènes où on établit un peu plus la dynamique familiale soient un petit peu plus légères. On a commencé le tournage avec celles-là pour aller peu à peu vers les scènes les plus difficiles pour que les acteurs puissent s’acclimater. Je crois beaucoup au travail de table, aux répétitions. Dans l’économie de production dans lequel on se trouve, il faut pouvoir réussir à travailler en amont pour pouvoir réussir à faire des choses.

QH – Comment avez-vous choisi vos acteurs?

SL – J’ai eu la chance dans le contexte de production de pouvoir trouver des rôles au mérite. Souvent, on fait du name dropping. On agence des vedettes entre elles. Je voulais faire des auditions et que le meilleur gagne. C’est vraiment un luxe, de plus en plus c’est difficile de faire ça. On devait créer une famille, donc il fallait des ressemblances physiques pour qu’on y croie. Notre pierre angulaire c’était d’abord la jeune fille. C’est vraiment le personnage clé de ce film. On a fait une longue série d’auditions. Ça a été difficile de dénicher Marine (Johnson). J’ai beaucoup vu de jeunes actrices qui font des séries télés, qui sont très jolies, qui sont très lisses. On a donc souvent été frustrés en processus d’audition. Quand on a trouvé Marine, on a été chaviré parce qu’elle a une expérience de vie. Elle a de la profondeur pour son âge. Elle a cette espèce de côté androgyne. Elle peut jouer la dureté et puis soudainement elle redevient une enfant de 10 ans. C’est extrêmement touchant. Alors on est parti d’elle. On avait Antoine L’Écuyer qui était dans notre collimateur depuis quelques années. On l’a revu en audition. Mais même s’il était devenu un peu trop vieux pour le rôle, on n’a pas hésité à réécrire le rôle pour en faire un grand frère au lieu d’un petit frère dans le livre. On a fait les auditions et Antoine était au-dessus de la mêlée.

QH – Et pour le rôle de Père, qui pouvait interpréter cette espèce de folie? Qui pouvait avoir un jeu expressif?

SL –Éventuellement dans le processus d’audition, on s’est aperçu que Jean-François Casabonne était quelqu’un qui portait quelque chose de très particulier, une sorte d’exubérance qui pouvait bien coller à Père. On a fait ce trio familial, et de là ont découlé tous les autres rôles.

QH – Gaétan Soucy n’est plus là aujourd’hui. A t-il pris connaissance du scénario?

SL – En fait ce qui est particulier, c’est que dans le contrat d’adaptation, il y avait une clause qui disait que Gaétan (Soucy) avait un droit de regard sur la personne qui allait scénariser et adapter son œuvre. Il y a deux cinéastes québécois qui se sont attelés à la tâche. Je suis le troisième à m’essayer. Alors, quand je suis rentré dans le projet, il fallait que je sois choisi par Gaétan. J’ai dû le rencontrer, lui faire part de mon approche et de ma vision. Il avait vu mon film précédent. On a eu un certain nombre d’échanges. On lui a remis une première version, mais il est brusquement décédé en juillet 2013. A ce moment, mon rapport à cette adaptation a changé. Je me sentais comme une espèce de responsabilité morale. Cela a été peut-être un peu castrateur, ou un peu paralysant peut-être. Puis, je me suis souvenu que Gaétan de son vivant avait approuvé ma démarche.


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« 2040: L’an/demain », le futur comme si vous y êtes

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À l’occasion de la 16e édition de la Nuit blanche, le centre Phi organise des activités nocturnes qui plongeront les visiteurs dans l’an 2040.

L’événement est gratuit et commence à 21h.

La programmation de la nuit « 2040: L’an/demain » questionne l’avenir de l’humanité à la lumière des dernières études scientifiques sur les changements climatiques.

La programmation multidisciplinaire invite les festivaliers à vivre des expériences immersives et multisensorielles. En plus des installations numériques et des performances musicales, le centre abritera une station de «nourriture du futur».

Les visiteurs pourront s’imaginer dans un cadre post-apocalyptique en dégustant « des aliments dits durables, tels que des protéines alternatives et des légumes et fruits «rescapés» », dans la station Énergie Naak.

Pour en savoir plus sur l’événement ICI

Lire aussi : On va de moins en moins voir des films québécois

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On va de moins en moins voir des films québécois

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Alors que la 37e édition des Rendez-vous Québec Cinéma approche (20 février-2 mars), les statistiques de 2018 montrent que le public a été moins attiré par les films québécois. De plus, la chute de fréquentation des salles obscures du Québec se poursuit depuis 2009. En 2018, la province a enregistré une baisse de 2 % par rapport à 2017.

L’Institut de la statistique du Québec a publié ce mercredi, 13 février, les résultats de l’Enquête sur les projections cinématographiques. Comme un peu partout dans le monde, on va de moins en moins au cinéma.

En outre, les chiffres ont révélé que les cinémas ont vendu moins de tickets pour les films québécois (- 0,8 M d’entrées) et américains (- 0,2 M) par rapport à l’année passée. Par ailleurs, l’on constate un attrait pour les films britanniques (+ 0,6 M).

Malgré la baisse enregistrée, les films québécois ont comptabilisé un plus grand taux d’occupation des fauteuils, se chiffrant à 12,2 %, par rapport à l’ensemble des films non québécois (9,5 %).

Quelles sont les préférences des Québécois ?

Le public est toujours plus friand de film de genre. En 2018, les films d’aventures ont attiré plus de spectateurs. Les Québécois ont été nombreux à regarder les films suivants : Avengers : La guerre de l’infini, Panthère noire, Monde Jurassique : Le royaume déchu et Jumanji : Bienvenue dans la jungle.

Ainsi pour la quatrième année consécutive le genre aventure a connu une hausse de fréquentation qui s’élève à 23 %. En parallèle les genres suivants ont observé un chute des entrées : le drame (- 12 %), la comédie (- 16,3 %) et l’animation (- 18 %).

Lire aussi : Prix Écrans canadiens 2019 : Tous les longs métrages en nomination pour le prix du meilleur film sont du Québec

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« L’homme de Hus », un être de chair et de bois ?

Hanen Hattab

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Dans un nuage de sciure de bois, un homme coriace tente de maîtriser le déséquilibre spatial d’une peuplade d’objets en bois. Il les superpose, les organise, les entrecroise et les chevauche. C’est Camille Boitel, qui serait semble-t-il « L’homme de Hus », le titre de la représentation qui se déroule du 11 au 16 février à La Chapelle Scènes Contemporaines.

En essayant de manipuler une chaise, une table, une échelle et des empilades de tréteaux, l’interprète infatigable enchaîne les maladresses, les faux-pas, les gestes inintentionnels, les réactions absurdes et les opérations complexes et sans fins.

Ses trois compagnons lui viennent en aide, ramassent derrière lui. Bref, ils sont là apparemment pour remettre de l’ordre dans un capharnaüm en mouvement. Elle est déroutante cette création, signée Camille Boitel et Bénédicte Le Lamer, où les protagonistes interpellent des choses anodines avec autant de sensualité que de brutalité maîtrisée au millimètre près.  

Il faut savoir d’abord que les scènes n’illustrent pas seulement les épreuves physiques que subit le personnage principal. Son parcours dégage une poésie spatiale et existentielle qui joue avec les ratages contrôlés et la création des obstacles pour soi-même.

Gags et autres surprises menaçantes

Ces accidents de la vie courante, son versant entropique et la rupture de son continuum, amènent Camille à exécuter des acrobaties qui apparaissent spontanées. Les gestes de maladresse et les flips sont en fait orchestrées afin d’alterner sans disloquer le chorégraphique et l’improvisé.

Chaque action ratée survient comme un gag, mais avant cela l’artiste, dans sa camisole déchirée, aurait tenu en haleine son public par des figures risquées et menaçantes. Ses intrusions côté spectateurs arrivent comme un danger imminent et se dénouent en subjugations et soulagements.

Crédit photo Olivier Chambrial

Après un enchaînement de jeux qui ont provoqué craintes, tensions et rires, l’histoire s’avére encore plus palpitante avec l’entrée du personnage globuleux et des machines primitives en bois. À ce stade s’est confirmée le caractère clownesque et grave admirablement joué par Camille.

L’élément sensoriel que la mise en scène dépeint notamment par les bruits de fracassements et de grincements s’est décliné en morceaux de charbon qui échappent du corps aux gesticulations comiques. Cette parenthèse fantastique amène à interroger l’ontologie des personnages. Sommes-nous face à des êtres de chair ou des créatures surnaturelles ? À cette question, les vers de Camille peuvent apporter un petit éclairage :

« l’homme de Hus vient d’avant, de très loin avant,

Il se raconte de manière préhistorique,

dans l’obscurité, avec le corps et la matière,

il se raconte sans se dire, en ayant lieu. »

Infos et billetterie ICI

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