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Culture

Straight Jacket Winter ou la figure d’une solitude à deux

Hanen Hattab

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Straight Jacket Winter est une représentation théâtrale qui prend un sens particulier en fin d’année, période de l’herméneutique de soi ou avec des termes plus familiers de réflexion sur les bonnes résolutions. Elle joue du 11 au 16 décembre au théâtre La Licorne.

Esther et Gilles quittent Montréal pour s’installer à Vancouver. Croyant qu’ils vont expérimenter une nouvelle vie bien remplie, ils se sont trouvés seuls, vivant un quotidien monotone et désertique. Incapables de se faire des amis et de retourner à Montréal, une solitude à deux les a engloutis.  

Une scénographie fait main participait à imager de concert avec la mise en récit par les protagonistes, et à la vue du public, les événements et les épisodes marquants de cette expérience. Quatre acteurs jouent les rôles d’Esther et Gilles mettant en oeuvre un subtil dédoublement du dispositif actoral alternant deux formes d’énonciation.

Crédit photo 2PAR4

Les acteurs Julie Trépanier et Frédéric Lemay ont performé sur une scène dépeignant un séjour modeste. Se trouvant le plus souvent sur les bords des côtés cours et jardin, Esther Duquette et Gilles Poulin-Denis racontent les souvenirs et créent in situ les bruitages et les images de cette aventure projetées sur le plan en face.

Le couple vit une histoire d’exil pas comme les autres. Ils sont au Canada et pourtant ils se sentent étrangers, seuls et désarmés. Les questionnements frustrants qui les animent et le vide social sont mal digérés. La raison d’être ensemble et la passion transforment ces sentiments en une folie esthète. Confrontant la langue et la culture d’accueil avec auto-dérision, les protagonistes se déchaînent. Trépanier et Lemay ont remarquablement performé l’emportement sensuel et violent du couple.

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Les témoignages, énoncés par les quatre personnages échangeant les rôles de narrateurs, font figure de mémoire partagée. C’est le passé qui se raconte en regardant un miroir, en scrutant son arrière plan. Le texte, écrit par Duquette et Poulin-Denis, représente avec douceur et vigueur la nostalgie exilique, s’adressant de fait aux immigrants de tous bords. L’universalité du thème est étayée par une interprétation du roman L’hiver de force, de Réjean Ducharme. En le citant, le texte met en exergue les remous existentiels provoqués par la solitude.

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Actualités

« Le Rêve français », les non-dits de l’exil ultramarin

Hanen Hattab

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Photo libre de droits

L’Homme noir n’a eu aucun moment de répit. De la colonisation à l’esclavagisme moderne, son histoire est prise dans le filet du pouvoir blanc, qui s’est calcifié par les alliances militaires et économiques depuis le siècle dernier. « Le Rêve français », le dernier né du réalisateur français Christian Faure, est une fiction inspirée de faits réels. Elle propose une lecture de quelques lignes sur l’exil créole, du début des années 1960 jusqu’au XXIe siècle.

Affiche du film « Le Rêve français »

Au commencement du film, la caméra regarde dans les yeux d’adolescents pétillant d’amour et de projets de vie commune. Sur les côtes paradisiaques de la Guadeloupe leurs destins croisent la fabrique du rêve français.

Samuel et sa bienaimée Doris, et son frère Noël ont une idée vague et fallacieuse de la France. La métropole est fantasmée à partir des bribes de témoignages sur Paris en pleine effervescence économique après la deuxième guerre mondiale.

Dans le premier épisode, les valeurs sociales archaïques et les conditions économiques déchirent les familles de Doris et Samuel. Comme tous les ultramarins, leurs vies ont été marquées par la misère, la révolte ouvrière, le combat anticolonial et la recherche d’un avenir meilleur. La série fait échos à la vague d’immigration créole orchestrée par le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer (le Bumidom).

Séparés par des facteurs aussi différents que causals, les trois amis se retrouvent au bout de quelques années à Paris. Un renversement de situation introduit le public au deuxième épisode et change la relation entre les protagonistes.

La précipitation de l’intrigue par la suite n’est pas due seulement à l’effet du retournement. Lors de la séance de discussion après la projection du film, le réalisateur et le coscénariste Alain Agat ont expliqué que le déroulement des événements, dans cette partie, reflète le rythme accéléré du quotidien avec le développement des technologies de l’information.

Ils ont révélé notamment que le récit est aussi bien inspiré des parcours communs des migrants des départements d’outre-mer que d’autres faits réels découverts pendant le travail de documentation sur l’esclavagisme actuel.

La fiction n’a pas omis d’esquisser des topiques et des figures en lien avec le colonialisme et l’hégémonie occidentale comme celle de l’expat, du collabo, les enlèvements politiques et les crimes fédéraux, etc. Au fil des déceptions, des échecs et des trahisons, s’esquissent des portraits de déracinés courageux, forts, résistants et humains malgré tout.

De cette saga tragique se dégage l’espoir et la force des sentiments authentiques que les acteurs ont admirablement interprété.

La série dure 3h 6min. La première partie est parue le 21 mars 2018, et la deuxième le 28 du même mois.

« Le Rêve français » joue le samedi 21 avril à 12h30, à la Cinémathèque Québécoise, dans le cadre du Festival Vues d’Afrique 2018.

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Culture

Trio Fahmi Riahi & Sabri Mosbah, une palette lyrique de la chanson populaire tunisienne

Hanen Hattab

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Crédit photo Tunisian live session

Les prévisions annoncent une fin de mois printanière et la météo culturelle promet une soirée musicale inédite et chaleureuse venant de la Tunisie. Un pur plaisir attend les dilettantes le 27 avril au théâtre Rialto.

La musique populaire tunisienne, sacrée ou profane, est célèbre par ses orchestres de percussions. Les différentes appropriations des artistes locaux et étrangers ne cessent d’enflammer les scènes avec leurs rythmes endiablés. Les métissages avec le hip hop, le rock, le jazz, le funk, etc., témoignent d’un engouement grandissant pour ses répertoires soufi, mezoued ou zendali.

Que reste-t-il aux genres populaires si on leurs ôte les incontournables darbouka, tbal (tambourin), zokra (une sorte de hautbois sans clefs) et mezoued (cornemuse) ?

Nous dirions l’âme des faubourgs et leurs interminables soirées estivales.

Le versant passionné et envoutant de l’héritage arabo-berbère

Dans la nouvelle génération, Fahmi Riahi et Sabri Mosbah sont deux noms qui se démarquent par une nouvelle forme d’exploration des grands classiques et nouveaux succès de la chanson populaire.

Dans un style souple et frais, leurs interprétations mettent en exergue les éléments mélodiques de compositions où dominent souvent le r’boukh, c’est-à-dire leur expression rythmée et festive.

Chantonnées ou interprétées sur un ton vibrant et accompagnées de cordes, les paroles tranchantes des ghettos des médinas se transforment en pure lyrisme envoutant. Il en résulte un contraste extraordinaire entre les thèmes grivois et l’interprétation douce et poétique des deux chanteurs aux voix suaves et délicates.

Cette découverte qui réjouira mélomanes et amateurs de musiques maghrébines est le premier événement organisé par “Tune Easy Events”, une nouvelle boîte montréalaise d’organisation d’événements culturels lancée par le journaliste et présentateur radio-télé, Ahmed Aissaoui.

La soirée Trio Fahmi Riahi & Sabri Mosbah aura lieu le 27 avril à 21h au théâtre Rialto.

Le spectacle est un partenariat avec les plates-formes médiatiques Radio Medias Maghreb 1450 AM / 104.5 FM et Al-Hiwar Ettounsi (l’émission 360’).

Les informations sur les billets sont ici : https://rialto.ticketpro.ca/?lang=fr&server=ww1&aff=rialto#achat_RIA27DS18

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Actualités

La Tunisie ouvre le festival Vues d’Afrique 2018

Redaction Avant Premiere

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Crédit photo Festival Vues d'Afrique

Le festival Vues d’Afrique 2018 a rendu hommage au pays qui a donné son nom au continent noir. La Tunisie a ouvert le bal avec sa brise révolutionnaire, mais pas que !

L’ouverture de cette grande rencontre du cinéma a eu lieu au cinéma Impérial le 13 avril 2018. D’emblée, les notes fraîches et énergiques jouées par la Chorale El Malouf Montréal ont transporté les invités en Tunisie.

Gérard Le Chêne, le président directeur général international du festival Vues d’Afrique. Crédit photo Avant Première Mtl

Gérard Le Chêne, le président directeur général international du festival et les membres de son équipe ont chaleureusement accueilli les personnalités invitées dont l’ambassadeur de la Tunisie au Canada, son excellence M. Mohamed Imed Torjmane ; et Mme Lamia Siala, la consule de la Tunisie à Montréal.

L’ambassadeur de la Tunisie au Canada, son excellence M. Mohamed Imed Torjmane ; et Mme. Lamia Kedadi Siala, la consule de la Tunisie à Montréal. Crédit photo Avant Première Mtl

« La Tunisie est présente ce soir par ses cinéastes talentueux, hommes et femmes, qui continuent à marquer la scène cinématographique et lui donner cette vigueur et cette dynamique nécessaires pour développer encore la sensibilité et la beauté dans une société comme la notre. La révolution de la dignité a amplifié cela, en donnant au cinéma tunisien cette inconditionnelle et indispensable liberté de création », a souligné M. Torjmane.

La fébrilité créatrice de l’après printemps tunisien a excavé l’atmosphère tendue qui y règne avec des regards encore plus aiguisés à l’égard de la société d’hier et d’aujourd’hui. Le film « Aya » de Moufida Fedhila, « Zizou » de Farid Boughdir et « El Jaida » de Salma Baccar figurent dans la programmation qui se propose comme un espace d’échange et de réflexion sur la femme.

Moufida Fedhila, ambassadrice du cinéma féminin

La productrice, réalisatrice et plasticienne Moufida Fedhila. Crédit photo Avant Première Mtl

Cette 34e édition est dédiée aux femmes qui ont marqué le 7ème art. La productrice, réalisatrice et plasticienne Moufida Fedhila, lauréate du Tanit d’Or aux Journées Cinématographiques de Carthage 2017 pour son court métrage « Aya », a été honorée lors de cette soirée, en lui décernant le trophée du Conseil International des Radios et Télévisions d’Expression Française (CIRTEF).

« Aya », sorti en 2017, dure 23 minutes. Il raconte l’histoire d’une fille qui grandit au sein d’une famille tourmentée par le radicalisme religieux. La réalisatrice questionne ainsi ce bouleversement identitaire en mettant l’accent sur la fragilité de la condition féminine : un sujet qu’elle n’a pas manqué de rappeler dans son intervention.

« Cet hommage, je le dédie à chaque femme tunisienne qui se bat quotidiennement pour ne jamais céder à l’obscurantisme et à l’injustice. Le regard chargé de courage et plein de force, elles participent chacune à sa manière au devenir de la Tunisie »

« Zizou » de Farid Boughdir, la bonne humeur pour lancer le festival

Le cinéaste Farid Boughdir. Crédit photo Avant première Mtl

Dans cette période où l’avenir s’avère inquiétant, Farid Boughdir transcende par l’amour des réalités économiques et sociales aux prises avec le tournant politique. Sa comédie sociale comique a ouvert le festival avec une fiction légère et sarcastique. Le réalisateur a annoncé que le film, paru en 2016, « est la suite de la trilogie commencée avec « Halfaouine », l’enfant des terrasses. »

« Zizou » est un personnage naïf qui s’embarque dans une suite d’aventures humaines et de galères sentimentales avant le 14 janvier 2011. Les images pittoresques du film et les dialogues badins et concis de Taoufik Jebali ont enchanté le public qui a interagi autant avec les scènes risibles qu’avec les situations absurdes. La fiction se découvre à Montréal une substance à portée universelle. M. Le Chêne nous a confié que « Zizou » est un film qui lance le festival dans une ambiance de bonne humeur.

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