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« Tout ce qui va revient » un jeu de miroir entre auto-conditionnement performatif et réceptif

Hanen Hattab

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Louise Bédard. Crédit photo Robin Pineda

Tout ce qui va revient est une mise en spectacle des matériaux de la scène et de la condition de l’artiste. L’envers de la représentation n’est-il pas des êtres qui se désubjectivisent, se morcellent pour se métamorphoser en figures-objets contemplées et scrutées ?

Dans cette astucieuse trilogie, l’objet social symbolisé par l’art vivant, et l’être qui se conditionne pour le porter se regardent mutuellement sur l’espace ultime de la visibilité.  En voulant exprimer son rapport à la performance, Catherine Gaudet a invité trois performeuses à autopsier leurs expériences par la conceptualisation de « la représentation de soi » et « la tension d’être vue et entendue ».

Les trois solos de Sarah Dell’Ava, Clara Furey et Louise Bédard abordent des personnages et des scénarios différents. Dans son interaction avec le public, chacune met celui-ci dans la posture du regardeur regardé. Un malaise s’installe lorsqu’elles déclenchent des dialogues qui semblent spontanés et s’avèrent par la suite à sens unique, d’une admirable incongruité.

Clara Furey. Crédit photo Robin Pineda

La mise en lumière de Frédérik Gravel prédispose cette inversion des rôles subrepticement, l’effet est quasi-naturel. Le dispositif change aussi suivant les besoins des solos. Au début, sa délicate scénographie a instauré une atmosphère conviviale pour passer par la suite au rendu de surexposition des concerts musicaux et enfin à l’effet de théâtralisation.

Du motif à sa dissolution

Rictus douloureux et moqueurs, rires impulsifs et sarcastiques construisent les monologues d’êtres éreintés joués par Sarah et Louise. Entre les interpellations intempestives des spectateurs, les corps esquissent, sur des rythmes en crescendo, des motifs chorégraphiques similaires. Et les visages dessinent continuellement une palette d’expressions à une cadence telle qu’il est difficile de distinguer les émotions les plus contrastées. Les figures répétées du corps aux mouvements monstrueux de Louise et la danse-convulsion de Sarah sont ébranlés par des gesticulations involontaires. Corps et faciès forment des unités chaotiques et instaurent des renvois entre anti-représentation et représentativité. Alors que Sarah a introduit son solo par le thème de l’anniversaire, Louise a fait irruption sans histoire.

Sarah Dell’Ava. Crédit photo Robin Pineda

La performance de Clara crée une continuité entre les répétitions et le moment ultime, la rencontre du spectateur. Du privé au public, l’art du spectacle s’avère un automatisme aliénant. La composition sonore qui l’accompagne mêle son expression respiratoire, dénotant parfois la fatigue, et plus souvent l’ardeur, à un mush-up musical live, reprenant la chanson Drunk in Love de Beyoncé, interprété par Tomas Furey et Frédérik. Clara a terminé ses exercices avec une remarquable efficacité devant le micro comme une pop star. Elle a impeccablement agrémenté sa représentation de détails narratifs sobres et élégants.

Le solo de Louise Bédard, l’indéfectible pouvoir du performeur entre les mains d’une performance étourdissante

Avec la force magistrale du jeu de Louise, on peut tirer deux moutures de la performance : la capacité du performeur à surprendre le public et les artifices intersubjectifs qu’il invente dans un semblant de naturel pour l’apprivoiser et lui imposer la position de spectature. Comme un tour de magie, elle a projeté avec brio l’auto-conditionnement du performeur sur celui du récepteur; lorsque ce dernier doit respecter son rôle, de l’autre côté de la scène, jusqu’à accepter sans réactions d’être chosifié et raillé.

Tout ce qui va revient joue au théâtre La Chapelle, du lundi au jeudi 15 mars 2018.

Crédit photo:
Louise Bédard. Crédit photo Robin Pineda

Hanen Hattab est doctorante en sémiologie à l’UQAM. Ses recherches portent sur les pratiques d’art et de design subversifs et contre culturels comme le vandalisme artistique, le sabotage et les détournements culturels dans l’illustration, les arts graphiques et la sculpture.

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Le Canada concocte un plan pour chasser 10 000 « faux immigrants » par an

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Selon des informations révélées récemment par Radio-Canada, le gouvernement canadien prépare activement un nouveau plan de renvoi massif d’immigrants illégaux dans leur pays d’origine par le biais de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

De l’ordre de 6 000 en 2018, l’expulsion d’immigrants illégaux par le Canada devrait atteindre 10 000 dans les prochaines années. Une liste de 18 000 personnes seraient en attente de renvoi. Mais parmi ces derniers, il y aurait environ 5 300 cas pour lesquels il ne semblerait pas y avoir d’obstacle au renvoi.

L’ASFC met en œuvre la procédure de renvois accélérés

L’ASFC qui est chargé de ces opérations d’expulsion aurait pour première cible les demandeurs d’asile entrés illégalement au pays et ayant été débouté par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR), ainsi que les personnes considérées comme étant un problème de sécurité nationale, en liaison avec le crime organisé, les crimes contre l’humanité et autres actes criminels. Non sans oublier les personnes arrivées au Canada avec un visa de court séjour et qui refuseraient de partir après expiration de leur sésame.

Si l’ASFC soutient que « le Canada demeure un pays ouvert et accueillant », puisque le pays continue à « traiter équitablement, avec compassion les demandes d’asile », l’Agence estime toutefois que les personnes entrées illégalement et dont les demandes de statuts de réfugiés ont été refusées n’ont pas le droit d’y vivre.

À lire aussi : Canada : L’immigration fait passer la population à plus de 37 millions

Au nombre des 68 000 demandeurs d’asile qui seraient entrés au Canada depuis le début de 2017, dont un grand nombre d’Haïtiens fuyant les États-Unis, seulement « moins de 1 % avait été expulsé du pays » alors qu’il devrait en avoir un peu plus selon l’ASFC. C’est sans doute pour prêter main forte à l’ASFC, que le gouvernement canadien aurait versé un supplément de 7,5 millions de dollars dans son dernier budget afin d’accélérer les « renvois des demandeurs déboutés, ayant épuisé tous les recours légaux d’appel et pour lesquels on a rempli toutes les exigences au plan administratif ».

Environ 500 Haïtiens expulsés du Canada en 2018

En plus de mettre à exécution son plan des renvois accélérés des immigrants illégaux au Canada, le gouvernement fédéral travaillerait à l’instauration des cibles nationale et régionales en la matière. Rappelons que dépuis le début de l’année, environ 500 Haïtiens qui ont été renvoyés du Canada.

À lire aussi : Immigration : le Canada veut accueillir 330 000 immigrants économiques en 2019

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Québec-France : 3 000 acteurs et décideurs aux Entretiens Jacques Cartier 2018 à Lyon

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Du lundi 12 novembre au mercredi 14 novembre, pour la 31ème année consécutive, les acteurs académiques, scientifiques, culturels, économiques et institutionnels du Québec et de la France se rassemblent pour renforcer l’écosystème franco-québécois lors des conférences, événements et rencontres de réseautage des Entretiens Jacques Cartier (EJC), organisés par le Centre Jacques Cartier en Auvergne-Rhône-Alpes à Lyon.

Plus de 3 000 acteurs et décideurs aux Entretiens Jacques Cartier! Cette année, les participants échangent autour de huit grands thèmes : la santé/sciences de la vie, l’énergie et le développement durable, la mobilité/territoires et villes intelligentes, les enjeux sociaux et économiques, la finances et les affaires juridiques, le numérique et la technologies, l’entrepreneuriat, la culture, l’art et la performance.

Tenu chaque année alternativement en Auvergne-Rhône-Alpes et à Montréal, l’événement est devenu un rassemblement incontournable et référent, comme en témoigne la présence d’institutions publiques et académiques telles que l’Université Concordia ou la Métropole de Lyon, ainsi que d’entreprises de renom telles que Pure Vodka ou Michelin.

Un carrefour d’échanges féconds pour les territoires en mutation

Au total, ce sont 440 conférenciers, dont 39 % sont québécois et 61 % français, dont 38 % sont des femmes et 62 % des hommes, qui animeront les 35 événements au programme. À ce jour, plus de 14 000 conférenciers et plus de 70 000 acteurs ont été rassemblés autour de 600 évènements et conférences dans le cadre des éditions des EJC.

En plus des entreprises privées effectuant le déplacement jusqu’à Lyon pour participer aux échanges, ce sont près de quinze partenaires officiels québécois qui organisent cette année des missions pour contribuer à la perpétuation d’un réseau dynamique et coopératif.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), qui participe aux Entretiens Jacques Cartier depuis plus de 15 ans, croit savoir que « l’internationalisation et l’exploration de nouveaux marchés constituent une étape incontournable pour les entreprises qui souhaitent accélérer leur croissance ». « La Chambre et ses experts Acclr en commerce international sont ainsi heureux d’accompagner une délégation de 27 entreprises dans le cadre de la mission en Auvergne-Rhône-Alpes et de les appuyer dans le renforcement de leurs liens commerciaux avec l’Europe », fait valoir M. Leblanc.

Selon le patron de la CCMM, « les Entretiens Jacques Cartier représentent l’occasion d’établir une relation durable avec de futurs partenaires et de tirer profit de la récente entrée en vigueur provisoire de l’Accord économique et commercial global ».

Le baromètre des EJC : regards croisés sur l’entrepreneuriat!

Pour la deuxième année consécutive, un baromètre a été proposé à 50 participants triés sur le volet et représentant des institutions et organismes québécois et français. Les répondants ont ainsi pu partager et comparer leurs visions de l’entrepreneuriat. À l’unanimité, français et québécois, s’accordent à dire que « posséder un bon réseau est une condition essentielle à la réussite d’un entrepreneur. La créativité et l’innovation, à 66 % chez les répondants québécois et à 50 % chez les répondants français, marquent la deuxième caractéristique essentielle au succès d’une entreprise.

Selon Frédéric Bove, directeur général du Centre Jacques Cartier, le baromètre de l’entrepreneuriat Lyon-Montréal est « un outil utile et disponible pour toutes les organisations intéressées (universités, chambres de commerces…) proposant des axes de réflexion et des tendances qui nourrissent les activités des Entretiens Jacques Cartier, et notamment notre forum des Entrepreneurs France-Québec ».

Au cœur de nombreux débats, à la question « laquelle de ces affirmations vous semble la plus juste concernant la place des femmes dans l’entrepreneuriat? », 44 % des répondants français et 29 % des répondants québécois affirment que « les femmes n’ont pas encore la place qu’elles méritent dans le champ entrepreneurial ». Cette divergence de point de vue demeure depuis 2017, démontrant que les répondants français considèrent que la femme ne possède pas la place méritée dans le monde de l’entrepreneuriat.

En tout état de cause, pour les organisateurs, le baromètre des Entretiens Jacques Cartier vise à faire connaître les besoins des entrepreneurs pour adapter les initiatives d’accompagnement à l’entrepreneuriat, comprendre les attentes des entrepreneurs Français, Québécois et Canadiens et favoriser les échanges d’affaires entre les deux territoires.

Source : Centre Jacques Cartier

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Le Canada appuie l’entrepreneuriat comme perspective professionnelle

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À partir de ce lundi, 12 novembre, on célèbre partout dans le monde la semaine de l’entrepreneuriat. Pour encourager les nouvelles générations à entreprendre plusieurs événements et outils sont lancés en outre la semaine des entrepreneurs à l’école.

À l’occasion de cet événement mondial, le premier ministre Justin Trudeau a noté l’importance de l’entrepreneuriat dans la création d’emplois et la stimulation de la créativité. Il a notamment rappelé les enjeux du gouvernement pour augmenter et soutenir la communauté entrepreneuriale.

« Les célébrations de cette année soulignent l’importance d’appuyer les entrepreneures et les jeunes diplômés qui souhaitent lancer et bâtir de nouvelles entreprises. Nous devons également créer une communauté d’entrepreneurs plus inclusive et plus axée sur la collaboration », a-t-il dit.

Au Québec, OSEntreprendre va à la rencontre des jeunes

Forte de deux ans d’expériences La semaine des entrepreneurs à l’école revient avec pour objectif de doubler son public cible. À partir d’aujourd’hui et jusqu’au 23 novembre, des jeunes du primaire à l’université rencontreront un entrepreneur de leur communauté. Alors qu’en 2017, l’événement a touché plus de 10 000 élèves de partout dans la province, cette année, l’initiative vise 20 000 jeunes.

« J’ai eu l’opportunité de redonner aux plus jeunes en tant que conférencière dans le cadre de la Semaine des entrepreneurs à l’école 2017. J’ai visité mon ancienne école secondaire l’Aubier et je suis heureuse d’avoir pu inspirer des jeunes à entreprendre et à oser relever des défis! » Leattytia Badibanga, fondatrice Les Pattes jaunes, Chaudière-Appalaches.

Entrepreneuriat et éducation

Des centaines de conférences seront données durant la semaine afin d’initier les élèves et les étudiants à l’entrepreneuriat. OSEntreprendre, créateur de l’événement, considère cette action en outre d’un point de vue pédagogique. Pour Manon Théberge, présidente-directrice générale de la semaine, il s’agit d’une approche « qui génère des retombées significatives sur le développement des jeunes et leur réussite éducative. »

À savoir : L’année 2018 a été marquée par le lancement de la première Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat du Canada.

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